Le Dow Jones a pris plus de 1'500 points hier, sa meilleure séance depuis avril 2025, le jour où Trump avait mis ses droits de douane au congélateur. Et tout ça parce qu'en une nuit, les démocrates sont passés du statut de bande de losers incapables à celui d'êtres de lumière. Ils vont arrêter la guerre en Iran, donc faire baisser le pétrole, donc l'inflation, donc la Fed n'aura plus besoin de monter les taux. Ensuite, ils guériront le cancer, feront revenir l'être aimé et remarcher les paralytiques.

L’Audio du 5 novembre 2026

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Petit détail : le nouveau Congrès ne siégera qu’en janvier. On a donc acheté le Messie deux mois avant la livraison, sans garantie et sans facture. Mais après deux ans d’errance, on a enfin trouvé LA SOLUTION POUR GUÉRIR LE MONDE, et la solution, c’est les démocrates !!! Qui l’eût cru.

Du gouffre aux records

Dans la nuit de mardi à mercredi, quand la vague bleue s’est confirmée, alors qu’elle était déjà certaine à 99%, les futures du Nasdaq perdaient jusqu’à 2,5% et la falaise des 7’500 points du S&P ressemblait à un plongeoir. Douze heures plus tard, le S&P clôturait à 7’688, en hausse de 1,6%, le Nasdaq prenait 1,4%, le Dow 3%, et le VIX, l’indice de la peur, se faisait démolir de 20%. On est passé de bipolaire à schizophrène sans passer par la case départ. Le marché n’a pas changé d’avis, il a changé de religion. Et le déclencheur n’est même pas venu des démocrates. JD Vance a écrit noir sur blanc que les républicains avaient perdu à cause de la guerre, et Trump a expliqué qu’il travaillerait « probablement » avec les démocrates, qu’ils avaient fait du « bon boulot », et que les électeurs n’étaient pas contre la guerre, mais contre le prix de l’essence. Le mec leur vomit dessus depuis deux ans, et soudain, ils sont plutôt cools. Le marché a entendu « il accepte le résultat » et « la guerre coûte trop cher ». Il n’en fallait pas plus. Les magasins où tout coûte un dollar s’envolent de 7 à 8%, ce qui veut dire que le grand gagnant du rallye de l’espoir, c’est le magasin où on achète quand on n’a plus d’espoir.

Revenons sur terre douze secondes. Il y a deux ans, ces mêmes démocrates étaient des incapables qui allaient passer une décennie à se reconstruire. Ce matin, quand un démocrate s’approche de la mer, elle s’écarte pour le laisser passer, et il ne peut plus passer devant une boulangerie sans que les pains se multiplient. Ils n’ont rien voté, rien signé, ils ne savent même pas encore où sera leur bureau, et on leur prête déjà la fin d’une guerre et l’amitié indéfectible de la Fed. Sauf que les droits de douane, la politique étrangère et les frappes se font par décret. Le Congrès peut couper le robinet des crédits militaires, il ne peut pas empêcher un président vexé de péter un plomb à deux heures du matin.

Le pétrole et les taux

Le Brent a perdu 8,7% hier à 94,62 dollars, et près de 17% depuis lundi. Si la semaine se termine comme ça, ce sera sa pire semaine depuis avril 2020. Pourtant, rien n’est signé avec l’Iran, un haut responsable iranien explique que les deux camps sont encore « loin » d’un accord, et rien n’a bougé sur le terrain. On ne trade pas la paix, on trade l’idée que Trump n’a plus les moyens politiques de faire la guerre. C’est beaucoup plus flou. Côté taux, c’est aussi la fête au village : un Congrès bloqué ne vote plus de baisses d’impôts à crédit, le pétrole s’écroule, et le dix ans recule à 4,88%, contre 5,36% le 7 octobre. Sauf qu’un gouvernement divisé ne réduit pas le déficit de 2’000 milliards par an, il évite juste d’en rajouter. Le blocage, c’est arrêter de creuser. Ce n’est pas reboucher le trou. Et l’ADP qui sort à 86’000 emplois contre 67’000 attendus, avec des prix payés à 73 dans les services, raconte plutôt l’histoire d’une Fed qui monte quand même en décembre. Mais ces chiffres datent d’AVANT les midterms. DONC, c’est la faute de Trump. Ceux du mois prochain seront forcément meilleurs.

Le grand écart de l’IA

C’est là que la séance devient émouvante. D’un côté, l’indice des semi-conducteurs perd 3,1% à un plus bas de six mois, Micron se prend 7%, CoreWeave près de 10%, et tout ce qui vend des câbles ou des turbines pour data centers se fait défenestrer. De l’autre, Microsoft prend 6,7% et Amazon 6,1%, soit 424 milliards de capitalisation en plus en une journée. Le raisonnement : au Texas, la nouvelle gouverneure démocrate veut un moratoire sur les nouveaux data centers, et le Texas, c’est près de 30% de la capacité américaine prévue. Donc les nouveaux projets seront plus durs à construire. C’est mauvais. Mais ceux qui existent déjà deviennent plus rares et plus chers à louer, et ils appartiennent aux hyperscalers, qui en plus ne pourront plus dépenser autant, donc leur free cash-flow va remonter. C’est bon. C’est TRÈS bon. Pendant deux ans, on les a punis parce qu’ils dépensaient trop, hier on les a récompensés parce qu’ils vont être obligés d’arrêter. C’est la Lex Weber appliquée à l’IA : ceux qui ont déjà le chalet à Verbier s’enrichissent sans planter un clou, et les menuisiers, c’est-à-dire les fabricants de puces, trinquent. Ce matin, Hynix perd 9% en Corée, Tokyo Electron 10%, pendant que la tech chinoise bondit de 5% à Hong Kong. Les Américains ont voté pour construire moins de data centers chez eux, et ce sont les Chinois qui sablent le champagne.

Et Oracle a trouvé le moyen de se faire taper dessus par les deux camps la même semaine. D’un côté, son chantier phare pour OpenAI est au Texas. De l’autre, selon le Financial Times, il a dû annuler un contrat de 7 milliards avec Tencent sous la pression de l’administration Trump, alors qu’aucune loi ne l’interdisait. On n’a pas changé la règle, on a passé un coup de fil.

Le programme

Ce matin, l’euphorie a déjà un peu fondu au soleil. Les futures sont stables sur le S&P et le Dow, mais le Nasdaq-100 recule de 0,7% après des résultats décevants de Qualcomm et Arm. L’or est à 4’145 dollars. Au programme : la banque centrale norvégienne à 10h, la Banque d’Angleterre à 13h, qui devrait relever ses taux pour la première fois depuis plus de trois ans, les inscriptions au chômage américaines à 14h30 et Airbnb après la clôture. Les chiffres officiels de l’emploi, c’est demain. Les EXCELLENTS chiffres de l’emploi, pardon.

Ça, c’était la version courte. Dans la chronique complète, il y a tout le reste. Le message du négociateur iranien, signé comme une pub électorale américaine. Les 1’100 litres d’essence que la guerre a coûtés à chaque famille américaine, et pourquoi ce n’est pas l’Iran mais la station-service qui a battu les républicains. Le coup de fil de la Maison Blanche qui a tué le contrat Oracle-Tencent, et pourquoi Pékin a aidé à l’achever. Qualcomm, qui a vécu deux vies en une journée. Le procès d’Arm qui s’est terminé sur des dommages et intérêts de… deux dollars. Et la première apparition de Trump après la raclée, consacrée à un sujet que personne n’attendait. Tout ça, c’est sur Morningbull.ch, et l’abonnement se prend en 2 minutes. Abonnez-vous : quand le marché décide qu’un parti qui n’a encore rien voté va sauver le monde, mieux vaut avoir quelqu’un qui garde les pieds sur terre à votre place.

Passez une excellente journée, surveillez la Banque d’Angleterre à 13h, et on se retrouve demain pour les chiffres de l’emploi et les premiers démocrates qui vont tenter de marcher sur l’eau.

Thomas Veillet

Morningbull.ch

« Les hommes, a-t-on dit fort justement, pensent en troupeau. On verra qu’ils deviennent fous en troupeau, et qu’ils ne recouvrent la raison que lentement, et un par un. »

Charles Mackay