La décision était attendue mais l'unanimité du vote offre au président Warsh la protection institutionnelle dont il pourrait avoir besoin.
Par Salman Ahmed, Global Head of Macro and Strategic Asset Allocation

La hausse de 25 points de base décidée par la Réserve fédérale était largement anticipée. Le message plus important est que la fonction de réaction de la politique monétaire se précise.
La décision a été prise à l’unanimité. C’est un élément qui compte: il offre au président Kevin Warsh une couverture institutionnelle à un moment où l’administration fait pression en faveur d’un assouplissement. Il ne s’agit pas d’un vote serré ni contesté. L’ensemble du comité a estimé que l’inflation et la résilience de l’activité économique justifiaient un resserrement de la politique monétaire.
Les projections ont renforcé ce message. Le point médian indique une hausse supplémentaire en 2026 et aucune baisse en 2027. Plus frappant encore, le retour de l’inflation à la cible de 2% n’est pas attendu avant 2029. C’est là le principal signal macroéconomique issu de cette réunion.
Si les prévisions de la Fed s’avèrent globalement exactes, les États-Unis auront passé environ huit ans avec une inflation au-dessus de la cible avant que la stabilité des prix ne soit rétablie. Ce scénario s’inscrit dans la droite ligne du régime intégré dans nos hypothèses à long terme sur les marchés de capitaux, où nous anticipons depuis un certain temps une inflation plus persistante, qui se stabilisera au-dessus des niveaux auxquels les investisseurs s’étaient habitués après la crise financière mondiale.
L’enjeu ne se résume pas à une désinflation plus lente que prévu. C’est la structure même de l’économie qui a changé. La fragmentation géopolitique, la sécurité énergétique, des finances publiques plus lourdes, la duplication des chaînes d’approvisionnement et l’intensité capitalistique du cycle d’investissement dans l’IA dessinent un monde où l’inflation est appelée à rester durablement élevée.
Les propres projections de la Fed reconnaissent de plus en plus cette réalité. La conférence de presse de Warsh a été elle aussi de tonalité hawkish, en cohérence avec son discours de Jackson Hole. Il a également indiqué que la Fed avait retiré une partie de l’accommodation monétaire, laissant entendre qu’il considère toujours les taux comme inférieurs au taux neutre à court terme. L’inflation demeure trop élevée et la Fed a besoin de preuves plus solides qu’elle converge vers la cible à un rythme suffisant. D’ici là, le biais reste orienté vers un resserrement.
Il n’y a toujours pas d’orientation prospective conventionnelle. Mais par rapport à juillet, la fonction de réaction est plus lisible. L’inflation reste au-dessus de la cible, l’activité est résiliente et les dépenses en capital sont soutenues. Sauf changement de cette configuration, un resserrement supplémentaire reste une option sur la table.
La réaction du segment long mérite d’être relevée. Les rendements des bons du Trésor à long terme ont reculé malgré la hausse des taux et le signal hawkish des points. C’est un signe encourageant, mais il est trop tôt pour en tirer des conclusions solides sur la crédibilité de la Fed. À tout le moins, les marchés n’ont pas interprété cette réunion comme une aggravation du risque d’inflation à long terme. La question plus fondamentale est de savoir jusqu’où ira le cycle.
Notre hypothèse de travail reste que ce cycle comprendra trois à quatre hausses plutôt qu’un simple ajustement isolé. Cette vue est toutefois conditionnelle au maintien intact du cycle de dépenses en capital lié à l’IA. Ces investissements soutiennent la demande aujourd’hui, même s’ils pourraient à terme accroître la productivité. Les dépenses requises pour les centres de données, les semi-conducteurs, l’énergie, les réseaux, les infrastructures et leur financement sont suffisamment importantes pour peser sur le cycle macroéconomique. Tant que cet investissement reste soutenu, l’économie américaine pourrait absorber des taux plus élevés plus facilement que ne le suggérerait un cadre conventionnel de fin de cycle. Si les dépenses en capital liées à l’IA se contractent significativement, le calcul change rapidement : la croissance devient plus vulnérable à un resserrement supplémentaire et la Fed devrait réévaluer l’équilibre des risques.
Pour l’heure, le message est assez simple. La Fed a repris son cycle de resserrement, le comité est uni et les points suggèrent que le cycle n’est pas terminé. Plus important encore, la Fed projette désormais une période bien plus longue d’inflation au-dessus de la cible, en cohérence avec le régime d’inflation structurelle que nous avons intégré dans nos hypothèses sur les marchés de capitaux.
La trajectoire de la politique monétaire restera tributaire des données. Mais si le cycle d’investissement dans l’IA reste intact et que l’inflation demeure persistante, nous continuons de penser que ce cycle de resserrement a encore de la marge devant lui.
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