Après une période marquée par les tensions sur les taux et l’énergie, l’environnement macroéconomique reste évidemment contrasté mais globalement favorable aux actifs risqués. La sélectivité reste le mot d’ordre. Dans ce contexte, les investisseurs doivent composer avec une volatilité accrue et une plus grande dispersion des performances.
Par Gianluca Lobefalo, Senior Advisor
L’énergie redevient une variable centrale
Après une période de relative accalmie, l’énergie s’est de nouveau imposée parmi les principales préoccupations des marchés. La baisse des réserves de pétrole dans les pays de l’OCDE constitue notamment un point de vigilance. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les stocks se rapprochent désormais de niveaux historiquement bas, tandis que la volatilité du pétrole reste élevée.
L’enjeu dépasse largement les seuls marchés des matières premières. Une hausse durable des prix de l’énergie se répercute en effet sur les coûts de production, l’agriculture et, plus largement, l’inflation. Elle peut également compliquer la tâche des banques centrales. L’énergie est devenue la variable la plus importante dans la dynamique des marchés, devançant l’intelligence artificielle dans l’esprit des investisseurs. Le niveau des réserves et leur évolution constituent donc des indicateurs à surveiller de près dans les prochains mois, alors que les guerres en Ukraine et en Iran perdurent et que de nombreuses infrastructures pétrolières sont menacées d’attaques.
Une Fed jugée crédible
Face aux tensions inflationnistes, la Réserve fédérale américaine (Fed) a d’ores et déjà relevé son taux directeur de 25 points de base en septembre, en rupture nette avec la situation en septembre 2024. À l’époque, l’inflation sous-jacente (core CPI) atteignait 3,3% et la Fed avait abaissé ses taux de 50 points de base. Deux ans plus tard, avec une inflation core ramenée à 2,4%, l’institution a adopté une approche sensiblement différente.
La réaction des marchés est également révélatrice. Alors qu’en 2024, les taux de marché avaient remonté après la décision de la Fed, ils ont cette fois reculé dans son sillage, preuve que les investisseurs ont plutôt bien accueilli la décision, indépendamment des critiques formulées par le président Donald Trump. Ils y voient également un signal en faveur de l’indépendance de la banque centrale.
Dispersion grandissante entre régions et classes d’actifs
Dans un environnement mêlant tensions sur les prix de l’énergie et hausse des taux, l’heure est avant tout à la sélectivité, notamment entre régions du monde. Les marchés émergents disposent encore d’un potentiel de rattrapage par rapport aux États-Unis, dont le poids dans les grands indices mondiaux s’est considérablement accru.
La Chine constitue à cet égard un cas particulier. Son économie traverse une transformation profonde de son modèle de croissance, avec une volonté de réduire sa dépendance à certains secteurs et de renforcer la demande intérieure. Il ne faut pas comparer la Chine d’aujourd’hui avec celle d’il y a cinq ans, le pays s’étant engagé dans un véritable changement de régime économique, notamment dans son industrie et son marché intérieur.
À court terme, les risques politiques et géopolitiques restent néanmoins nombreux, entre les échéances électorales, les tensions commerciales et les conflits en cours, mais nous n’y voyons pas pour autant un scénario particulièrement alarmant. Nous nous attendons davantage à un marché où la volatilité pourrait rester élevée sur certaines classes d’actifs et où les écarts de performance devraient se creuser.
Des taux en hausse, mais soutenables
Sur le front obligataire, il faudrait relativiser le niveau actuel des taux. Aux États-Unis, la croissance devrait rester comprise entre 2,5% et 3%, tandis que l’inflation core, actuellement à 2,4%, pourrait progressivement revenir vers l’objectif de 2%. Dans ce contexte, un rendement à dix ans autour de 5% paraît soutenable.
La structure du marché obligataire a toutefois profondément évolué ces dernières années. Le Trésor américain doit faire face à d’importants besoins de financement, tandis que les émissions d’autres États et de grandes entreprises technologiques viennent concurrencer la dette souveraine américaine. Les hyperscalers pourraient ainsi devenir une source majeure d’émissions, avec des volumes susceptibles d’atteindre plusieurs milliers de milliards de dollars.
Cette configuration devrait amener à une plus grande dispersion des performances en Bourse. Avec les taux au niveau actuel, ce n’est pas un environnement où tout monte. Les entreprises disposant de fondamentaux solides et d’une trajectoire bénéficiaire convaincante devraient davantage tirer leur épingle du jeu, tandis que les sociétés plus fragiles seront davantage pénalisées.
L’or, toujours recherché, mais plus volatil
L’or, lui, conserve une place particulière dans les portefeuilles. Le métal jaune a progressé de 10% en août, mais cette hausse s’est accompagnée d’une forte remontée de sa volatilité.
Cette évolution s’explique notamment par l’ampleur des achats réalisés par les banques centrales, mais aussi par le recours croissant aux produits dérivés. La Chine a ainsi fortement augmenté ses achats d’or au cours des derniers mois et a commencé à intervenir également sur le marché des options. Résultat: le prix de l’or et sa volatilité évoluent désormais dans le même sens, une corrélation inhabituelle.
Cette évolution illustre plus largement les transformations à l’œuvre sur les marchés. Les investisseurs ne se contentent plus de détenir certains actifs, utilisant de plus en plus les instruments dérivés pour ajuster leur exposition et gérer leurs risques. L’or reste un outil de diversification important, mais son comportement mérite désormais d’être observé avec davantage d’attention.
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