Pour l’instant, le déconfinement de l’économie française est un succès. Le climat de confiance s’est vivement amélioré chez les entreprises depuis deux mois, de manière plus hésitante chez les ménages. Le recours massif au chômage partiel a limité la casse, mais l’onde de choc se diffuse sur le marché du travail. Chaque jour ou presque, des plans de réduction d’effectifs sont annoncés. Le rythme de désépargne des ménages, et donc la reprise, dépendra en partie des conditions d’emploi. Au plan politique, le président Macron s’est bombardé en quelque sorte Premier ministre sous l’avatar de Jean Castex. Jean qui? Castex. C-a-s-t-e-x

Focus France par Bruno Cavalier, Chef Economiste

Situation économique

Enquête PMI du secteur manufacturier

Ces dernières semaines, la majorité des indicateurs économiques ont continué de se reprendre, souvent de manière plus vive qu’attendue, à mesure que la réouverture de l’économie s’étendait. Le plus frappant concerne le climat des affaires. Les indices PMI français sont revenus au même niveau qu’avant la crise du coronavirus (graphes). Toutefois, ce n’est pas le cas de l’activité.

Selon la Banque de France, la production se situait 27% sous la normale en avril, 17% en mai, 9% en juin, pour une baisse moyenne au T2 de -14% t/t (-46% en rythme annualisé). Vu l’acquis de croissance au début du T3, un rebond de même ampleur (+68% en rythme annualisé) est possible si l’épidémie reste sous contrôle durant l’été.

Enquête PMI du secteur des services

Nous pensons que le point bas des révisions a été touché avec les prévisions du FMI du 24 juin, qui envisage une contraction du PIB de 12.5% en 2020 et un rebond de 7.3% en 2021 (nos prévisions: -10%/+8.3%).

Des révisions à la hausse sont désormais envisageables.

Deux conditions sont nécessaires pour que la reprise se confirme réellement. La première tient à la situation sanitaire. L’hypothèse de base est qu’il n’y aura pas besoin de reconfiner l’économie.

La seconde est que les ménages puisent largement dans l’épargne forcée qu’ils ont accumulée durant trois mois. Le taux d’épargne a bondi de 5 points au T1, sans doute de 10 pts au T2 (graphe).

Taux d’épargne des ménages

Les ménages se sont déjà bien rattrapés pour leurs dépenses en biens, mais pas encore sur les dépenses en services. Face à un choc involontaire, il est rare que les comportements d’épargne s’ajustent instantanément.

Dans le cas présent, les ménages ont un motif sérieux de garder une épargne de précaution plus élevée qu’avant le choc, à savoir la dégradation des perspectives d’emploi (graphe).

Le système d’activité réduite a permis de protéger entre 8 et 9 millions de personnes durant le confinement mais la tendance du chômage est repartie à la hausse.

Enquêtes sur les conditions d’emploi

Vu le temps de diffusion de l’onde de choc (défaillances, licenciements), le pic du chômage ne sera pas atteint avant 2021. Dans cet intervalle, il est indispensable que la politique de stabilisation reste très activiste.

Les prochains rendez-vous

Emmanuel Macron donnera un entretien TV le 14 juillet, renouant avec l’usage, qu’il avait délaissé de 2017 à 2019, qui voit le président s’adresser au Français le jour de la fête nationale. Ce sera l’occasion pour lui de préciser ses priorités d’ici à la fin de son mandat en mai 2022. Signe, s’il en était besoin, que le président veut être celui qui décide tout, le discours de politique générale du nouveau Premier ministre devant l’Assemblée a été repoussé au 15 juillet. Macron avait déjà agi ainsi en 2017, en s’exprimant devant le Congrès la veille du discours de son PM d’alors.

 

Source : INSEE, Oddo BHF Securities