Le déclenchement, le 28 février, de l’opération américano-israélienne «Epic Fury» à l’encontre du régime iranien a entraîné un épisode de stress sur les marchés financiers. Au-delà de l’accentuation de l’instabilité géopolitique au Moyen-Orient, c’est le sujet des hydrocarbures – et du pétrole en particulier – qui inquiète les investisseurs. En filigrane, les souvenirs de la révolution iranienne de 1978-1979, à l’origine du deuxième choc pétrolier et d’une récession mondiale. Sans remonter aussi loin, les effets du conflit russo-ukrainien sur les prix des matières premières et l’inflation mondiale restent très présents dans les esprits.

Par Enguerrand Artaz, Stratégiste et et Michel Saugné, CIO

 

Enguerrand Artaz

La réaction des marchés est, pour l’heure, caractéristique des crises géopolitiques incluant un risque de choc d’offre sur des matières premières : baisse des actions, hausse (modérée) du dollar, hausse des métaux précieux, hausse des matières premières impliquées dans le conflit (en l’occurrence, pétrole et gaz). Le marché des taux réagit également de manière classique, les taux courts montant sur fond de craintes d’inflation à court terme et d’une moindre latitude pour les banques centrales, tandis que les taux longs sont un peu moins affectés, car ils anticipent partiellement un impact négatif à long terme sur la croissance.

Quels développements possibles?

A ce stade, il est évidemment difficile d’établir un scénario certain. Les Etats-Unis affirment vouloir une intervention relativement courte, de l’ordre de 4 à 5 semaines et sont en faveur d’un changement de régime en Iran, sans qu’il soit très clair si leur préférence va à un renversement immédiat et total du régime des Mollahs ou à une évolution progressive du leadership politique. En parallèle, la mort au cours de l’opération d’une partie importante des dirigeants iraniens ne permet d’avoir une vision claire de la stratégie du pays, alors que la chaîne de commandement militaire a été disloquée.

Michel Saugné

Le scénario le plus central à cette heure, qui est également l’un des plus favorables, est celui d’une opération militaire de courte durée, entraînant une évolution du régime iranien vers une ouverture avec les Etats-Unis sur la question nucléaire et les capacités militaires du pays, sans renversement complet du régime des Mollahs. Dans un tel scénario, on peut considérer que le plus gros du chemin est fait sur le prix du baril, dont la hausse a commencé bien avant l’opération «Epic Fury». Le Brent est en effet passé de 60$ début janvier à près de 80$, une amplitude qui n’a toutefois rien d’exceptionnel pour le pétrole. Il pourrait encore progresser mais ne devrait guère dépasser les 85$. L’impact sur l’économie et les marchés d’un tel scénario serait temporaire et d’amplitude modérée. Il existe toutefois plusieurs points à surveiller, qui pourraient faire basculer vers un scénario plus adverse.

La durée du conflit: c’est l’un des principaux enjeux. Plus le conflit sera amené à durer longtemps, plus l’impact sur la circulation du pétrole, notamment via le détroit d’Ormuz, pourra être affecté et ce même en l’absence de tout blocage physique des routes maritimes ? En effet, la forte hausse du coût du risque a conduit certaines compagnies d’assurance à annuler les polices pour les traversées du détroit, empêchant ainsi les navires d’utiliser cette route maritime. Même en l’absence d’attaque directe sur les infrastructures pétrolières de la zone, cela pourrait entraîner un fort renchérissement du prix du baril si la situation perdure.

Un blocage complet du détroit d’Ormuz: ce serait le scénario le plus problématique pour les prix de l’énergie. Sachant qu’environ 20% du pétrole et du GNL mondial transitent par cette voie, une fermeture complète et durable du détroit aurait un impact considérable. Ce scénario nous paraît toutefois peu probable. D’une part, il marquerait un point de non-retour pour le régime iranien, entraînant certainement une riposte drastique côté américain et privant le pays de ressources financières cruciales. D’autre part, il est loin d’être sûr que l’Iran ait la capacité de bloquer totalement le détroit.

Une interruption totale des exportations iraniennes de pétrole: l’Iran compte pour 2 à 3% de la production mondiale de pétrole, avec une production estimée à 4 millions de barils/jour, bien plus que le Vénézuéla (moins d’1 million de barils/jours). Le choc d’offre serait assez significatif, en particulier pour la Chine, premier consommateur du pétrole iranien. A ce stade, les frappes sont concentrées sur la région de Téhéran, au nord du pays, tandis que les infrastructures pétrolières sont situées au sud et à l’ouest. Une intensification et une extension dans le temps du conflit augmenterait toutefois les risques que les installations finissent par être touchées.

Une riposte iranienne sur les installations des pays proches : les attaques de drones qui ont touché la raffinerie de Ras Tanura, détenue par Saudi Aramco sur la côte est de l’Arabie Saoudite, et entraîné sa fermeture symbolisent le risque de voir les ripostes iraniennes menacer les infrastructures pétrolières des pays du Golfe. Si la défense anti-aérienne de ces pays se montre pour l’heure efficace, le risque demeure présent.

Que faire sur les marchés?

Si nous suivons de près les risques d’escalade listés ci-dessus, nous estimons qu’il faut éviter toute surréaction négative à ces évènements. Rappelons que, dans la grande majorité des cas, les performances des marchés actions européens et américains sont positives à horizon 1 et 3 mois après le début d’un conflit armé[1]. Il est donc nécessaire de rester rationnels et disciplinés dans cet environnement.

De plus, les très fortes baisses enregistrées sur certains titres et certains compartiments de marché peuvent offrir des opportunités pour renforcer à bon compte des valeurs qualitatives ou initier des positions sur des sociétés dont la valorisation nous paraissait auparavant trop élevée. Nous conservons par ailleurs dans certains fonds, notamment nos fonds diversifiés, des stratégies de protection initiées au cours des derniers mois.

[1] Source : Deutsche Bank

 

Rédaction achevée le 3 mars 2026


Les opinions émises dans le document correspondent à l’analyse et aux anticipations de marché de LFDE au moment de la publication. Elles sont susceptibles d’évoluer en fonction des conditions de marché et ne sauraient en aucun cas engager la responsabilité de LFDE.