Les investisseurs institutionnels sont de plus en plus incités à investir de façon durable.

Par Fabio Pellizzari, Head of Products and Engineering

 

En mars 2018 l’UE a présenté son plan d’action pour le financement d’une croissance durable, une des initiatives visant à favoriser la protection du climat et le développement durable par l’intermédiaire de projets d’investissement durable. De plus, ce plan avait pour objectif d’épauler la réalisation des dispositions de l’Accord de Paris sur le climat ainsi que les objectifs de développement durable des Nations Unies (ODD) à l’horizon 2030.

Il se compose de dix mesures concrètes. Entre autres, les investisseurs institutionnels et les gestionnaires de fortune sont expressément incités à prendre en compte les critères de durabilité dans leurs décisions relatives aux placements et à exposer en toute transparence leur processus en la matière aux investisseurs finaux. Par ailleurs, la Commission déterminera si les compagnies d’assurance et les caisses de pension devront intégrer les risques liés aux facteurs climatiques et environnementaux à leurs stratégies de gestion des risques et si les exigences de fonds propres applicables aux banques devront être recalibrées dans le cadre de la directive idoine. Ce plan d’action s’est concrétisé en avril 2019 par trois directives et un règlement européens.

En Suisse également, les investisseurs institutionnels et privés s’intéressent de plus en plus à la finance durable. Même si l’intégration des critères ESG au processus de placement ne fait pour le moment l’objet d’aucune réglementation globale, les caisses de pension sont fortement incitées par différentes parties prenantes à prendre davantage en compte la durabilité dans leurs placements. Par exemple, les ONG appellent les gros investisseurs à assumer leurs responsabilités et les assurés attendent de leur caisse de pension qu’elles investissent leur argent de manière responsable.

L’exclusion: le minimum absolu

Les gestionnaires d’actifs qui se targuent d’agir de manière transparente et responsable accordent une grande importance aux rapports destinés aux investisseurs et aux rapports d’impact. Pour de nombreux investisseurs, l’application de critères d’exclusion constitue la première étape vers l’investissement durable. Ces critères d’exclusion peuvent être plus ou moins stricts et s’appliquer à des pays, secteurs ou entreprises individuelles. Par exemple, il peut s’agir d’éviter les pays qui ne respectent pas les droits de l’homme, les secteurs liés à la production d’énergies fossiles ou au tabac seront exclus ou les entreprises qui recourent à des tests sur les animaux ou au travail des enfants. Dans les rapports de durabilité, les critères d’exclusion font office de standard minimum. L’effet des exclusions est facile à mesurer et à représenter. Les critères d’exclusion peuvent être standardisés ou définis par le client au moyen de limites quantitatives. À des fins de comparaison, ce processus peut également comprendre une évaluation de la pondération dans l’indice de référence du critère choisi.

Intégration des critères ESG dans l’analyse financière

En plus des critères d’exclusion, l’intégration de critères ESG dans les portefeuilles doit être évaluée. Le RobecoSAM Sustainability Report mesure la durabilité d’un portefeuille d’actions ou d’obligations à l’aide de critères ESG sélectionnés applicables à un large éventail d’entreprises. Ainsi, le rapport donne un aperçu de la performance d’un portefeuille en matière de durabilité par rapport à l’indice de référence correspondant.

Il compare la note globale moyenne pondérée (le Score) des entreprises composant le portefeuille dans chacun de ces critères avec la note globale moyenne des entreprises représentées dans l’indice de référence. Les résultats indiquent si le portefeuille obtient une performance supérieure ou inférieure à l’indice au niveau de ces critères et met en lumière les forces et les faiblesses relatives dans ces domaines.

Le diagramme en radar montre à quoi ressemble un rapport d’analyse d’un portefeuille d’actions par rapport à l’indice de référence MSCI Europe. Le rapport de durabilité constitue la référence absolue en matière de mesure et de communication des effets tant positifs que négatifs du comportement des entreprises sur les portefeuilles d’investissement. Toutefois, cette représentation dépend fortement des données. Des analyses approfondies et détaillées sont indispensables et dépendent de la fiabilité et de la solidité des données disponibles sur les entreprises. Les rapports des entreprises sur les critères environnementaux et certains critères sociaux (par exemple, la diversité hommes-femmes) sont généralement plus avancés et quantifiables que ceux relatifs à de nombreux autres critères de durabilité plutôt qualitatifs. Ainsi, nous pouvons mesurer et quantifier de manière plus précise et complète l’impact, et donc la durabilité, de ces premiers critères dans les portefeuilles de nos clients que celui d’autres critères plutôt qualitatifs, mesurés et communiqués par les entreprises à intervalles moins réguliers.

Empreinte carbone des portefeuilles: «attention aux faux pas»

Le bilan écologique du portefeuille se mesure au moyen d’indicateurs environnementaux concrets. Il donne aux investisseurs un aperçu des effets du portefeuille sur l’environnement par dollar investi. Font partie des indicateurs quantitatifs mesurés au niveau des entreprises les émissions de gaz à effets de serre, la consommation énergétique, l’utilisation de l’eau et la génération de déchets. La comparaison des résultats de cette analyse avec le groupe de pairs montre les entreprises en tête dans chaque domaine. En outre, cette même analyse peut être effectuée pour chaque entreprise représentée dans l’indice de référence concerné, ce qui permet de mettre en lumière les écarts de performance environnementale du portefeuille de placement par rapport à son indice de référence. Une analyse d’attribution de l’indice de référence choisi aide les investisseurs à déterminer si les effets de leur portefeuille sur l’environnement sont imputables principalement à l’allocation sectorielle ou à la sélection d’actions.

Évaluation des valeurs immatérielles

En tant que société d’investissement spécialisée exclusivement dans les investissements durables, RobecoSAM est persuadée depuis toujours qu’une analyse financière n’est pas complète si elle ignore des facteurs extrafinanciers essentiels. Les tendances en matière de durabilité, comme la raréfaction des ressources, le changement climatique et le vieillissement de la population, caractérisent l’environnement concurrentiel des entreprises. RobecoSAM est convaincue que les entreprises qui sont capables de relever ces défis de manière innovante, qualitative et productive peuvent générer une valeur ajoutée supérieure à long terme. C’est pour cette raison que RobecoSAM a mis au point son évaluation de la durabilité des entreprises («Corporate Sustainability Assessment», CSA) en 1999. Effectuée chaque année, la CSA identifie les entreprises qui reconnaissent les opportunités et les défis issus des tendances globales et sectorielles plus précocement et qui y réagissent mieux que la concurrence.

Lors de sa CSA, RobecoSAM évalue chaque année quelque 4700 entreprises à travers le monde. Nous posons de 80 à 120 questions sur des facteurs économiques, environnementaux et sociaux jouant un rôle essentiel dans la réussite des affaires de l’entreprise, mais qui ne sont pas suffisamment pris en compte dans les analyses traditionnelles des entreprises. Aujourd’hui, la CSA produit quelque 1 000 points de données pour chaque entreprise.

RobecoSAM revoit la méthodologie de sa CSA en permanence afin d’évaluer des aspects ESG pertinents sur le plan financier mais encore inexplorés ou sur lesquels les entreprises communiquent encore trop peu. Ainsi, la CSA place la barre toujours plus haut chaque année et permet d’identifier les entreprises qui sont mieux positionnées pour saisir les opportunités et relever les défis futurs en matière de durabilité. Cette évolution continue de la CSA encourage la préparation de rapports portant aussi bien sur les thèmes actuels pertinents en matière de durabilité que sur les récents développements dans ce domaine et leurs répercussions financières potentielles pour les entreprises.

Gros plan sur la pertinence financière

La performance financière reste une question incontournable. La corrélation entre durabilité et pertinence financière est par conséquent au cœur des activités de recherche de RobecoSAM. Depuis plus de 20 ans, RobecoSAM est l’un des seuls gestionnaires d’actifs qui se spécialisent exclusivement dans les placements durables. Ainsi, l’entreprise dispose d’outils éprouvés et affiche une expertise unique lui permettant de définir les informations ESG pertinentes sur le plan financier, de les intégrer aux hypothèses et aux modèles financiers pour un large éventail de produits d’investissement et de mesurer avec précision leur impact sur ses portefeuilles.

Nous considérons comme pertinents sur le plan financier tous les facteurs immatériels qui peuvent se répercuter sur la valeur d’une entreprise : sa croissance, sa rentabilité, la rentabilité de ses capitaux, ainsi que les risques auxquels elle est exposée. En font partie des facteurs tels que la capacité d’innovation, l’aptitude à attirer et à retenir les personnes talentueuses, mais aussi la capacité à anticiper les modifications de la réglementation.

Autant de facteurs importants du point de vue de l’investisseur, car ils ont des incidences significatives sur la compétitivité et la réussite financière à long terme des entreprises. C’est pourquoi nous investissons du temps et des efforts dans le développement et la mise à jour de notre «analyse de matérialité». Cette dernière se base sur plus de 20 ans d’expérience de l’intégration des facteurs de durabilité dans le processus d’investissement. L’importance que nous accordons à l’interaction entre la durabilité et la réussite des entreprises est notre marque distinctive. Nous identifions les facteurs immatériels qui influent le plus sur la capacité des entreprises à accroître leur valeur à long terme. Notre mission consiste à générer des rendements attrayants à long terme pour nos clients grâce à des stratégies d’investissement durable.