Les banques centrales du monde entier sont contraintes de resserrer drastiquement les conditions financières pour combattre l’inflation et précipitent de ce fait leurs économies au bord du précipice.

Par Alexis Bienvenu, Fund Manager et Olivier de Berranger, CIO

 

Alexis Bienvenu, Fund Manager, LFDE

Toutes? Non: une banque centrale – outre celle du Japon, qui semble sur le point d’évoluer à court terme – résiste et fait exactement le contraire: la «Banque du peuple chinois» (People’s Bank of China). Elle assouplit ses conditions monétaires pour soutenir l’économie car, loin de s’envoler, l’inflation chinoise plafonne à 2,1%, et même à 0,9% pour l’inflation hors produits énergétiques et alimentaires. Et les prix à la production, qui en octobre menaçaient la stabilité économique en s’élevant à plus de 13%, se sont nettement assagis, à 6,4% de progression annuelle. Une situation dont rêvent les banquiers centraux occidentaux.

Il est heureux que la banque centrale chinoise puisse soutenir son économie car celle-ci en a bien besoin. Le pays a souffert ces derniers mois davantage que lors du déclenchement de la crise Covid au printemps 2020, qu’elle a pourtant vu naître. L’immobilier résidentiel a subi un ralentissement inquiétant en 2021, reflété par la situation de quasi-faillite d’un des principaux promoteurs immobiliers, Evergrande. Mais grâce au soutien des autorités, l’effondrement général a été évité. Le sommet de cette crise semblant passé, une autre est apparue au printemps 2022: de nombreux cas de Covid à Shanghai et Pékin notamment. La politique inflexible de  ̎zéro Covid ̎ imposée par Xi Jinping a conduit au confinement brutal de dizaines de millions de personnes. Les enquêtes d’activité économiques ont alors plongé: le PMI composite est passé de 51,2 en février à 42,7 en avril, signalant une quasi-récession sur le deuxième trimestre 2022.

Olivier de Berranger
Olivier de Berranger, CIO

Mais les injonctions du gouvernement pour stimuler l’octroi de crédit, assouplir les conditions financières via la banque centrale et desserrer l’emprise réglementaire sur le secteur digital ont porté leurs fruits: ce même PMI a rebondi à 54,1 en juin. Il faut certes prendre les données chinoises avec des pincettes, mais elles contiennent vraisemblablement un part de vérité. Les actions chinoises (au sens du MSCI China en USD) ont d’ailleurs acté cette embellie et progressant légèrement sur le second trimestre, alors que les actions mondiales reculent de plus de 15%.

La Chine sort donc de l’ornière. Dans le même temps, la peur de la récession s’étend dans le reste du monde. Un parfait mouvement de balancier s’instaure. A ceci près que la récession, si elle se confirme, risque de frapper l’Occident plus durement que la Chine, car en période d’inflation les banques centrales ne peuvent pas soutenir l’économie. Et la guerre en Ukraine s’y ajoute. Deux facteurs qui épargnent jusqu’à présent l’Empire du Milieu – du moins tant qu’il n’attaque pas directement Taiwan.

Dans une certaine mesure, la guerre en Ukraine favorise même la Chine. Car d’une part l’Occident exhorte la Chine à ne pas soutenir totalement la Russie – et pour cela, le G7 est certainement prêt à quelques concessions économiques ou politiques. Et d’autre part, le pays commence à bénéficier, comme l’Inde, de la redirection vers l’Orient des exportations énergétiques russes qui ne trouvent plus de débouché en Europe. Cette manne inespérée d’énergie peu chère, couplé à une politique nucléaire volontariste, assure des moyens de relance importants. Et les réacteurs EPR construits en Chine fonctionnent…

Ainsi, même si la Chine terrifie les Etats-Unis par sa dynamique économique et géopolitique, elle devient de plus en plus indispensable à l’économie occidentale, qui a besoin d’un pôle de production et de consommation pleinement fonctionnel en Chine afin de modérer le prix de ses biens importés et de trouver des consommateurs prompts à dépenser – la consommation occidentale étant étranglée par l’inflation. Comme à chaque crise depuis 2008, la Chine vient malgré elle au secours de l’Occident, qui aimerait s’en passer mais le peut de moins en moins. De même que la Russie, de plus en plus inféodée au destin de son immense rivale orientale.

La route de la soie devient ainsi un chemin de croix politique pour l’Occident à mesure qu’il devient son issue de secours économique.

Rédaction achevée le 01.07.2022

 


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