Pendant près de vingt ans, l’idée dominante était que les politiques climatiques seraient le moteur de la transition, les progrès technologiques ne jouant qu’un rôle d’appoint. Ce rapport s’est désormais inversé, avec des conséquences majeures pour les investisseurs.

Par Harry Granqvist, analyste climat

 

Les chiffres témoignent d’une transformation, et non de simples progrès graduels. En seulement cinq ans, le coût actualisé de l’électricité associant solaire photovoltaïque et batteries a été divisé par deux, devenant plusieurs fois inférieur à celui de la production électrique à partir de gaz naturel liquéfié[1]. La capacité mondiale des batteries a été multipliée par vingt depuis 2020[2]. L’éolien, les pompes à chaleur et les véhicules électriques ont atteint la parité des prix d’achat avec leurs équivalents conventionnels sur la plupart des grands marchés[3]. Ces avancées ne dépendent pas de subventions susceptibles de disparaître au prochain cycle électoral. Elles reposent sur des baisses structurelles des coûts, portées par les économies d’échelle dans la production et les progrès techniques. Ce sont des améliorations durables, dont les effets se cumulent et auxquelles les investisseurs devraient prêter une grande attention.

La sécurité énergétique reste un moteur structurel sous-évalué par les marchés

Au-delà de la compétitivité des technologies, un deuxième moteur structurel reste largement sous-évalué par les marchés financiers : l’intérêt des énergies propres pour assurer la sécurité énergétique. Les trois quarts de la population mondiale vivent dans des pays importateurs nets d’énergies fossiles[4]. Les récents chocs d’approvisionnement ont mis en évidence, tant auprès des responsables publics que des dirigeants d’entreprise, la vulnérabilité structurelle liée à cette dépendance. La réponse n’est pas seulement politique, elle est aussi économique. Selon une analyse d’Ember, le déploiement des énergies renouvelables, des véhicules électriques et des pompes à chaleur résidentielles pourrait permettre d’économiser jusqu’à 75 % des dépenses mondiales d’importation d’énergies fossiles, exprimées en part du PIB[5]. Il ne s’agit pas de bénéfices environnementaux abstraits, mais d’économies de devises bien concrètes. Celles-ci justifient le déploiement des technologies propres sur des bases purement financières, indépendamment de tout objectif climatique.

Où en est la transition et quelles conséquences pour les investisseurs

En 2025, l’offre d’énergie propre a augmenté plus de deux fois plus vite que la demande d’électricité[6]. La demande d’énergie a progressé à un rythme deux fois inférieur à celui du PIB mondial[7]. La demande d’électricité a crû plus de deux fois plus vite que la demande totale d’énergie[8]. Ces rapports traduisent une évolution structurelle majeure : l’économie gagne simultanément en efficacité énergétique et en électrification, tandis que sa production électrique se décarbone. Si les trajectoires actuelles se poursuivent, les sources d’électricité propre devraient représenter les deux tiers de la production totale au cours des années 2030. Par ailleurs, l’électricité entraîne généralement 40 % de pertes d’énergie primaire en moins que les sources fossiles[9]. L’accélération de l’électrification amplifie donc les gains d’efficacité déjà engagés.

Pour les investisseurs, il en résulte un paysage nuancé, mais dans lequel il est possible de s’orienter. Le secteur de l’électricité offre certaines des perspectives les plus claires à court terme[10], grâce à des technologies de production propre économiquement viables par elles-mêmes. L’électrification des transports et du chauffage présente un potentiel important à moyen terme, soutenu par une convergence des coûts déjà à l’œuvre. Les possibilités les plus difficiles à exploiter et les plus complexes concernent la décarbonation de l’industrie, notamment du ciment, de l’acier et de la chimie. Leur intérêt pour l’investissement est réel, mais nécessite une évaluation attentive de leur faisabilité technologique et de leur portée financière.

La transition est en marche. Pour les investisseurs, la question n’est pas de savoir s’il faut y participer, mais s’ils disposent du discernement nécessaire pour se positionner sur les segments les plus pertinents.

[1] Ember « The Energy Security Fallout: From Fossil Fuel Fragility to Electric Independence », mars 2026
[2] IEA « World Energy Investment 2026 »
[3] IEA « Global EV Outlook 2026 »
[4] Ember « Energy Security in an Insecure World », avril 2025
[5] Ember « Energy Security in an Insecure World », avril 2025
[6] Ember « Global Electricity Review 2026 »
[7] IEA « Global Energy Review 2026 »
[8] IEA « Global Energy Review 2026 »
[9] Ember « Reframing Energy for the Age of Electricity », février 2026
[10] IRENA, “Flexibility for a secure and affordable power sector transformation”, 2026


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