Entre conflit au Moyen-Orient, fragilités croissantes du crédit privé et repositionnement des investisseurs, le premier trimestre 2026 marque un tournant pour les marchés financiers, qui évoluent dans un environnement plus que jamais incertain.

Par Gianluca Lobefalo, Conseiller en investissement senior

 

Les premières frappes israélo-américaines fin février en Iran ont propulsé l’indicateur de risque géopolitique établi par le Financial Times à des niveaux inédits depuis le début des données en 1982. Une montée des tensions qui, contrairement aux réflexes habituels, ne s’est pas immédiatement traduite par une forte correction des marchés d’actions.

Des marchés actions relativement épargnés

En réalité, l’impact du choc géopolitique s’est d’abord diffusé vers d’autres classes d’actifs, affectant d’abord les taux d’intérêt, les devises et les matières premières, une dynamique particulièrement visible dans les indices de volatilité implicite.

Du côté des actions, l’indice VIX, qui mesure la volatilité du S&P 500, a connu un pic à près de 30, contre plus de 50 en avril dernier lors de l’annonce des droits de douane réciproques par l’administration Trump. Pour rappel, le Vix était ensuite rapidement revenu à des niveaux proches de ceux de février.

À l’inverse, la volatilité implicite de l’ensemble des marchés — incluant taux, devises et matières premières — a bondi de 40 à 65, flirtant avec les niveaux observés en avril, et redescend beaucoup plus lentement.

Des signaux divergents sur les matières premières

La résilience des marchés d’actions reflète notamment l’anticipation d’un choc temporaire comme l’illustre très bien le marché pétrolier. Sur le Brent, les prix spot — pour livraison immédiate — ont bondi de près de 40 dollars depuis le début du conflit au Moyen-Orient en raison du blocage du détroit d’Ormuz, véritable carrefour pétrolier et gazier mondial.

En revanche, les tensions sont nettement moins marquées sur les contrats à terme. Par exemple, le prix pour une livraison en octobre n’a progressé « que » de 20 dollars, un écart révélateur d’un marché qui anticipe une accalmie relativement rapide des hostilités.

Ajoutant à cette lecture contrastée, l’or et l’argent surprennent par leur manque de réaction. Cette relative stabilité qui pourrait sembler contre-intuitive en période de stress s’explique toutefois par des contraintes de liquidité, sachant que les investisseurs institutionnels doivent parfois vendre les actifs les plus liquides — comme l’or — pour compenser des positions moins liquides, notamment en dette privée.

Les métaux industriels, eux, rappellent que les tensions géopolitiques dépassent largement le seul théâtre iranien. Pénalisé par l’instabilité politique au Pérou, l’un des principaux producteurs mondiaux, le cuivre en est une bonne illustration.

La dette privée, angle mort du marché

Moins visible que la géopolitique, la dette privée constitue pourtant l’un des principaux risques structurels du moment, alors que ce marché est devenu systémique, tant par son ampleur que par ses interconnexions avec le private equity et le système bancaire. Certes, la situation n’atteint pas de l’ampleur de la crise financière de 2008, mais les premiers signes de tension sont bien présents, notamment sur les segments les plus risqués du crédit, comme le haut rendement.

Face à ces fragilités, les autorités américaines ont déjà injecté des liquidités pour stabiliser le système. Une intervention qui souligne, en creux, la sensibilité croissante de ce marché…

Les banques centrales restent prudentes

Dans ce contexte volcanique, les banques centrales avancent à tâtons. La Réserve fédérale américaine (Fed) a ainsi opté pour le statu quo, faute de visibilité. Par rapport aux données macroéconomiques et à la capacité d’évaluer pleinement l’impact de la situation actuelle, Jerome Powell a reconnu: «We just don’t know».

Les trajectoires de politique monétaire restent en effet suspendues à l’évolution du conflit et à son impact sur l’inflation, via notamment les prix des matières premières. En cas de retour de pressions inflationnistes, les banques centrales pourraient être contraintes de relever leurs taux. La Fed dispose toutefois d’une plus grande marge de manœuvre en raison de son double mandat, qui l’oblige à également tenir compte de la situation sur le marché de l’emploi.

Une toile de fond inchangée

A contrario, si les marchés d’actions ont raison et que le choc actuel s’avère temporaire, les grandes dynamiques d’investissement devraient rester intactes. L’intelligence artificielle continue notamment de structurer les anticipations de long terme, même si les impacts concrets de l’IA sur la productivité restent encore à démontrer.

Une accalmie au Moyen-Orient pourrait par ailleurs relancer le rééquilibrage des marchés, au profit notamment des marchés émergents et des petites capitalisations, après plusieurs années de domination des grandes valeurs américaines.

Reste que la prudence s’impose. L’issue du conflit demeure indécise et les équilibres restent fragiles. Dans un environnement où les certitudes s’effacent, il ne s’agit plus tant de prévoir que de rester prêt.


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