Après des mois lors desquels la Banque centrale européenne (BCE) a pu sembler faire l’autruche vis-à-vis de poussée de fièvre inflationniste, la qualifiant de «temporaire», l’autruche s’est finalement muée en faucon, déterminé à lutter contre l’inflation agressivement.

Par Clément Inbona, Fund Manager et Olivier de Berranger, CIO

 

Clément Inbona
Clément Inbona, fund manager

Ce jeudi 9 juin 2022 sera donc à marquer d’une pierre noire pour la BCE. Le conseil des gouverneurs, par la voix de sa présidente, Christine Lagarde, a sonné la fin de la récréation. Dans un contexte où l’inflation semble lui filer entre les doigts, la BCE reprend fermement les choses en main en annonçant à la fois la fin de l’expansion de son bilan, ainsi que, surtout, sa première hausse de taux. Une décision inédite depuis 2011.

Il faut dire qu’il y a urgence, car les prix à la consommation se sont envolés de 8,1% sur un an pour l’ensemble de la zone euro. 18 mois plus tôt, seulement, ceux-ci s’inscrivaient en baisse. L’inflation dépasse même 15% dans l’ensemble des pays baltes!

Il y a urgence sur les taux directeurs d’abord. L’annonce d’une remontée du taux de dépôt de 0,25% n’a rien d’anodin ni sur le fond ni sur la forme, car elle sera effective lors de la prochaine réunion du 21 juillet. La coutume veut en effet que les hausses de taux soient d’abord suggérées en amont, pour ensuite être actées le jour J d’une réunion. Cette fois-ci, l’annonce six semaines à l’avance marque la volonté d’une reprise en main de son tempo, mais également la nécessité pour l’institution d’être précautionneuse afin d’éviter de prendre les marchés à rebours et leur donner de la visibilité à court terme tout du moins. La BCE en a parfaitement conscience puisqu’elle n’a pas manqué de préciser que si cette mesure risque de générer du stress sur les marchés financiers à court terme, elle n’en reste pas moins nécessaire pour stabiliser les conditions financières sur un horizon plus lointain. Il faut d’abord faire «mal» pour après soulager.

Olivier de Berranger
Olivier de Berranger, CIO

Urgence sur les achats d’actifs ensuite. Après avoir lesté son bilan de plus de 4’000 milliards d’euros supplémentaires depuis l’émergence du covid, la BCE cessera d’acheter des obligations d’Etat dès le 1er juillet prochain. Terminé donc le soutien direct au financement des Etats; place à la libre confrontation de l’offre et de la demande sur les marchés obligataires, au risque d’une remontée significative du coût de financement des Etats, déjà lourdement endettés pour beaucoup d’entre eux.

Enfin, la suite n’est guère réjouissante car le chemin de crête du resserrement monétaire dans laquelle s’engage la BCE est à la fois étroit et vertical. Première difficulté à l’horizon dès septembre:  la porte est d’ores et déjà ouverte à une double hausse de 0,50%, si l’inflation ne refluait pas dès l’été, éventualité qui, pour le moment, paraît peu probable.

S’il est «urgent d’aller plus loin», il n’est pas ne faut pas non plus aller trop loin, au risque de précipiter une croissance déjà fragile dans les abîmes. Bonne route Christine!

 

Rédaction achevée le 10.06.2022


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