Russie, Turquie, Grèce, Europe de l’Est: quelque peu délaissés par les investisseurs, ces marchés européens présentent aujourd’hui d’excellentes opportunités, notamment sur le segment des Small & MidCaps.

Arrash Zafari, gérant de la stratégie “New Europe”

Qu’entendez-vous plus exactement par Nouvelle Europe?

Par «Nouvelle Europe», nous entendons les pays d’Europe de l’Est, la Russie et certains pays périphériques comme la Grèce et la Turquie. Cette zone connait des taux de croissance supérieurs aux marchés plus matures d’Europe occidentale, grâce à de fortes dépenses d’infrastructure et à l’émergence d’une classe moyenne. D’une manière générale, ces marchés sont largement sous-évalués, non seulement par rapport aux pays développés mais aussi en comparaison avec d’autres zones émergentes. On y trouve des valeurs de qualité qui se traitent à des P/E à un seul chiffre et offrent des rendements du dividende supérieurs à 5%. Ainsi, le ratio Cours sur Bénéfice ajusté du cycle, ou ratio Shiller, pour les émergents européens n’est que de 5, contre 24 pour le marché américain, 17 pour l’Europe et 11.7 pour l’ensemble des émergents.

 

Comment expliquez-vous les sous évaluations importantes qui prévalent sur ces marchés?

Les investisseurs ont souvent l’esprit grégaire et privilégient les grands noms, un phénomène accentué par le développement considérable des fonds indicés. A l’inverse, que ce soit par facilité ou simplement à cause de ressources d’analyse limitées, les PME sont souvent mal connues et délaissées. Si l’on accepte de sortir des sentiers battus et de faire un effort de recherche supplémentaire, on peut ainsi dénicher de vraies perles rares. La «Nouvelle Europe» – et l’Europe de l’Est en particulier – reste largement sous le radar de la majorité des investisseurs. Si l’Europe occidentale connait quelques titres oubliés, en Europe de l’Est, ce sont des marchés entiers qui sont oubliés!

 

Pourquoi privilégier les petites et moyennes capitalisations?

Les grandes sociétés d’Europe de l’Est sont plus vulnérables aux risques extérieurs, y compris le risque politique. A l’inverse, les plus petites entreprises d’Europe orientale sont plus libres d’agir et peuvent se concentrer sur ce qu’elles savent faire. Par ailleurs, investir dans les petites entreprises est souvent le seul moyen de s’exposer à des secteurs en forte croissance, comme la technologie, car dans beaucoup de ces pays, les grandes valeurs se trouvent encore souvent dans des secteurs liés aux matières premières, qui présentent aujourd’hui un potentiel bien moindre.

 

Comment choisissez-vous vos titres?

Au cours des trois dernières années, j’ai visité plus de 300 entreprises par an et j’ai rencontré de nombreux managements de qualité. Je prête une attention particulière à la gouvernance, qui est un aspect critique dans ces marchés, ainsi qu’aux aspects ESG, qui constituent la condition de toute création de valeur durable. Je concentre mes investissements sur 30 à 40 titres, sur un univers qui en compte plusieurs milliers, et je les conserve généralement plusieurs années. J’ai donc un taux de rotation très faible, inférieur à 25%.

 

Dans cet univers, certains secteurs sont-ils plus attrayants?

Parmi les secteurs qui nous intéressent particulièrement, on trouve les sociétés financières, qui bénéficient d’une forte demande de crédit et de l’augmentation de la propension à épargner, l’industrie et les biens de consommation durable et non durable, qui profitent de la soif de consommation de la nouvelle classe moyenne.

 

Quels exemples d’entreprises vous paraissent les plus attrayants?

Selon Arrash Zafari, la Grèce de Tsipras commence aujourd’hui à retrouver les faveurs des investisseurs.

A l’heure actuelle, nous privilégions la Grèce, qui bénéficie de l’amélioration du sentiment des investisseurs, ainsi que la Russie et la Turquie, car nous aimons investir à contre-courant. Parmi nos titres préférés, on trouve ainsi trois sociétés grecques. La première, Quest Group, est active dans l’informatique, les transactions électroniques, les services de courrier et l’énergie propre. La seconde, GEK Terna, un leader de la construction qui s’est diversifié dans l’infrastructure et l’énergie renouvelable, a fortement bénéficié de la crise grecque qui a affaibli ses concurrents. La troisième, OPAP, qui détient le monopole des loteries et des paris sportifs, se lance dans les terminaux de paris qui devraient générer d’importants revenus récurrents. Nous aimons également Getin Holdings, un groupe financier polonais à forte croissance, et la banque kazakhe Halik.

 

Quels sont les principaux leviers de croissance dont bénéficient aujourd’hui ces marchés?

Pour la Grèce, on voit que le sentiment des investisseurs est en train de changer, après la diminution des craintes d’un éclatement de l’UE et la relance du plan d’aide du FMI. De plus, les problèmes géopolitiques en Turquie et au Maghreb ont fortement bénéficié au tourisme grec. En ce qui concerne l’Europe de l’Est, on peut citer les investissements significatifs consentis actuellement dans la région par l’UE, notamment en Pologne qui reçoit un soutien de plus de EUR 70 milliards pour les exercices budgétaires 2014 à 2020. Des pays plus petits, comme l’Estonie, la Hongrie, la République Tchèque et la Bulgarie, reçoivent également un support important de la part l’UE.

 

En termes de performance, quelles performances génère votre Nouvelle Europe sur 3, 5 ou 10 ans?

Notre fonds dédié à cette stratégie est très récent et il est encore trop tôt pour parler de ses résultats. En revanche, nous gérons depuis plus de trois ans une «poche» dédiée à cette région au sein de notre stratégie Petites et Moyennes capitalisations Européennes. Les résultats sont très encourageants, puisqu’elle a enregistré une hausse de +41% sur cette période de 3 ans, alors que l’indice FTSE Eastern Europe n’a progressé que de +7.32% et que certains indices comme le MSCI Emerging Europe et STOXX Eastern Europe 50 ont baissé respectivement de 4.5% et de 7.3%.

 

Cet article a été publié initialement dans le magazine SPHERE
(N°8 – janvier/mars 2018)

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