Juin s'ouvre sur des records, des taux sous tension et une IA toujours souveraine
Les marchés abordent juin avec un paradoxe de plus en plus visible: l’environnement macroéconomique se dégrade, mais l’appétit pour le risque reste intact. La semaine dernière a été dominée par l’attente d’un accord entre les États-Unis et l’Iran, alors que le détroit d’Ormuz demeure fermé et que le conflit dure depuis trois mois. Les investisseurs semblent désormais miser sur une prolongation de 60 jours du cessez-le-feu, la réouverture du détroit et l’ouverture de discussions sur le nucléaire iranien, même si la validation politique reste suspendue aux décisions de Donald Trump.
La résilience des actifs risqués tient surtout à la vigueur persistante de Wall Street et à l’euphorie autour de l’intelligence artificielle. Les grands indices américains poursuivent leur ascension, portés par des bénéfices solides et par la révision en hausse des prévisions de résultats 2026. La dynamique est moins uniforme en Europe, davantage exposée au choc énergétique et à une BCE plus encline à durcir sa posture. Les banques centrales du Japon, du Royaume-Uni, de la zone euro et des États-Unis ont toutes orienté leur discours vers de possibles hausses de taux. Le marché avance donc sur une ligne étroite: records boursiers, inflation ravivée, pétrole sous surveillance et IA comme principal amortisseur narratif.
Notre portefeuille Europe a progressé de 0,87% sur la semaine, contre 0,23% pour le STOXX Europe 600, porté notamment par Indra Sistemas, en hausse de 7,97%, Renault, en progression de 6,21%, et Auto1, qui a gagné 5,65%. La semaine européenne a confirmé une dynamique plus mesurée qu’aux États-Unis, mais plusieurs dossiers d’entreprises ont fourni des relais précis. Renault s’est distingué avec un accord préliminaire en Espagne visant à pérenniser 6’000 emplois directs et à produire cinq nouveaux modèles dans ses usines de Palencia et Valladolid, dont des véhicules électriques. L’accord, couvrant salaires, flexibilité, emploi et mesures sociales pour 2026-2028, doit encore être ratifié par les syndicats concernés.
Indra Sistemas a de son côté remporté un contrat lié à la modernisation du centre de formation du service de secours aérien polonais, avec la livraison d’un simulateur complet de niveau D pour l’hélicoptère EC135 P3. Le groupe sera également impliqué dans la construction d’un nouveau bâtiment de formation, la rénovation d’une salle existante et le support de maintenance. Le dossier reste toutefois accompagné d’interrogations managériales après le choix de Josep Maria Recasens, perçu comme logique par Oddo BHF grâce à son profil industriel et politique, mais susceptible d’ouvrir une phase de réorganisation interne.
Dans les semi-conducteurs, ASM International a bénéficié d’un point d’activité solide au premier trimestre 2026, conduisant ING à relever ses prévisions. Rio Tinto a lancé la mise en service de l’extension de sa fonderie AP60 au Québec, pour un investissement de 1,5 milliard USD. Prosus a demandé à l’Union européenne d’abandonner son exigence de cession de titres Delivery Hero, dans le cadre du rachat de Just Eat Takeaway.com. L’Europe avance ainsi sans euphorie, mais avec des catalyseurs industriels tangibles.
Notre portefeuille USA a bondi de 5,85% sur la semaine, contre 1,43% pour le S&P 500, grâce notamment aux envolées de Dell Technologies, en hausse de 42,59%, Okta, qui a gagné 33,64%, et ServiceNow, en progression de 21,78%. La semaine américaine a été dominée par la puissance du thème IA, qui continue de transformer les trajectoires boursières et opérationnelles des entreprises exposées. Dell en a offert l’illustration la plus spectaculaire. Le chiffre d’affaires a progressé de 88% sur un an et le profit d’exploitation de 214%, tandis que les ventes de serveurs optimisés pour l’IA ont été multipliées par huit. Ces serveurs sont devenus le premier contributeur aux revenus du groupe, devant l’activité PC.
La réaction du marché a été brutale et favorable: le titre Dell a bondi, entraînant dans son sillage Super Micro Computer, Hewlett Packard Enterprise et HP. Les analystes ont relevé leurs objectifs de cours, tandis que l’entreprise a mis en avant sa capacité à traverser les tensions sur la mémoire grâce à sa taille critique, ses relations fournisseurs et les rendements élevés de son activité de serveurs IA.
Okta a également rassuré. Son chiffre d’affaires du premier trimestre de l’exercice 2027 a atteint 765 millions USD, en hausse de 11%, au-dessus des attentes, avec un bénéfice ajusté par action de 0,91 USD. Le taux de rétention net est remonté à 107%, tandis que la marge de free cash flow s’est élevée à 35,5%. ServiceNow a prolongé cette lecture avec une stratégie centrée sur l’IA agentique, la gouvernance des agents, Workflow Data Fabric, RaptorDB et le CRM ciblé. Le Nasdaq a clôturé autour des 30’000 points, symbole d’un marché américain où l’IA absorbe encore une grande partie des inquiétudes macroéconomiques.
Notre portefeuille Asie-Pacifique a progressé de 0,26% sur la semaine, contre 3,47% pour le MSCI AC Pacific, avec de solides contributions de CATL, en hausse de 8,53%, Quanta Computer, qui a gagné 7,28%, et Sumitomo Electric, en progression de 6,47%. En Asie, la semaine a surtout confirmé le déplacement du centre de gravité boursier mondial vers les infrastructures critiques de l’intelligence artificielle. Taiwan est devenue la cinquième plus grande place boursière mondiale, tandis que la Corée du Sud suit désormais de près, portée par SK Hynix et Samsung Electronics. Cette ascension reflète moins la taille des économies que leur exposition aux semi-conducteurs, à la fonderie avancée et à la mémoire indispensable aux infrastructures IA.
TSMC reste l’acteur le plus structurel de cette dynamique, avec une position quasi monopolistique dans la fonderie avancée et une place centrale dans la chaîne de valeur mondiale. Son directeur général, C.C. Wei, a informé les salariés d’une hausse moyenne de plus de 30% de leur intéressement, soutenue par la croissance des résultats liée à la demande en IA. En Corée du Sud, SK Hynix et Samsung bénéficient d’un goulet d’étranglement sur la mémoire, avec un effet spectaculaire sur les profits. SK Hynix et Micron ont même franchi le seuil symbolique des 1 000 milliards USD de capitalisation.
La Chine poursuit, elle, son effort de réduction de dépendance aux puces étrangères. La production locale couvrirait désormais 41% de la demande chinoise en puces IA, contre 10% en 2021, avec un objectif de 86% en 2030. En Australie, le ton est plus prudent. Westpac a révélé la montée rapide des dépenses de ses clients en abonnements IA, mais les banques australiennes restent fragilisées par le ralentissement attendu du crédit immobilier, la hausse des provisions, les taux élevés et une forte dépendance aux prêts résidentiels.
Du côté macroéconomique, deux rendez-vous domineront la semaine du 1er au 5 juin 2026. Mardi, l’inflation européenne de mai donnera un signal décisif sur la capacité de la BCE à composer avec le choc énergétique et les tensions de prix. Vendredi, le rapport sur l’emploi américain de mai sera scruté à l’aune d’une Fed désormais plus hawkish, dans un environnement où la question n’est plus seulement celle d’une baisse de taux repoussée, mais celle d’un éventuel durcissement supplémentaire.
L’agenda microéconomique apportera lui aussi de la densité. Hewlett-Packard, Palo Alto, Broadcom, CrowdStrike et Inditex figurent parmi les publications à suivre. Les résultats de Hewlett-Packard permettront de prolonger la lecture du cycle des serveurs, des PC et des infrastructures IA après l’envolée de Dell. Broadcom et CrowdStrike offriront de nouveaux points d’observation sur les semi-conducteurs, la cybersécurité et la monétisation de l’IA. Inditex donnera une indication utile sur la consommation européenne. La semaine à venir devra donc arbitrer entre trois forces : inflation, emploi et capacité des entreprises exposées à l’IA à justifier des attentes déjà élevées.
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