L'IA secoue les marchés, les résultats reprennent la main

La dernière semaine de juillet a été dominée par une volatilité spectaculaire, concentrée sur les valeurs technologiques et les semi-conducteurs. Les inquiétudes sur la soutenabilité des investissements dans l’intelligence artificielle et sur l’émergence d’une concurrence chinoise ont d’abord provoqué une correction brutale. Le Nasdaq 100 a ainsi perdu 6,6% sur l’ensemble du mois de juillet, tandis que le KOSPI sud-coréen a plongé de 17% en trois séances avant de rebondir de 18% vendredi. Les publications de Microsoft et d’Amazon ont finalement inversé la tendance, en rappelant que les investissements massifs dans l’IA produisent déjà une croissance tangible dans le cloud et les infrastructures numériques.

La réunion de la Réserve fédérale a laissé davantage de questions que de réponses. Les taux sont restés inchangés, mais trois membres du FOMC ont voté en faveur d’un relèvement. Le marché évalue désormais à environ 60% à 66% la probabilité d’une hausse de 25 points de base en septembre. Kevin Warsh souhaite réduire la communication de la Fed et pousser les investisseurs à se concentrer sur les données. Cette stratégie commence pourtant à se retourner contre lui. La baisse du dollar et la hausse des taux longs après sa conférence de presse traduisent un doute croissant sur sa volonté de combattre l’inflation.

Le PIB américain n’a progressé que de 1,5% au deuxième trimestre, contre 2% attendu, sans remettre en cause la solidité de la consommation ni celle des investissements liés à l’IA. Le recul du Brent, revenu vers 80 à 90 USD après une baisse hebdomadaire d’environ 10 USD, offre en parallèle un peu d’oxygène aux banques centrales. Le risque géopolitique reste toutefois bien présent autour du détroit d’Ormuz et de la mer Rouge.

Notre portefeuille Europe a progressé de 1,14% sur la semaine, contre 0,73% pour le STOXX Europe 600, porté notamment par SAP, en hausse de 12,47%, Prosus, de 8,73%, et Indra Sistemas, de 6,45%. L’indice européen a parallèlement inscrit un nouveau sommet historique et achevé juillet sur une progression de 1,2%, son quatrième mois consécutif de hausse.

Euronext a livré l’une des publications les plus solides de la semaine. Son chiffre d’affaires ajusté a progressé de 16,9%, à 544,4 MEUR, tandis que l’EBITDA ajusté a augmenté de 21,1%, à 360 MEUR. La marge d’EBITDA a atteint 66,1%, grâce à une croissance organique soutenue et à une discipline de coûts supérieure aux attentes. Les activités non liées aux volumes ont largement contribué à la surperformance, mais la négociation actions, les ETF et les marchés primaires ont également bénéficié de la volatilité.

Nordex a confirmé son redressement opérationnel. Le chiffre d’affaires trimestriel a augmenté de 16,3%, l’EBITDA de 107% et le bénéfice net a atteint 111,5 MEUR, contre 31 MEUR un an plus tôt. Le carnet de commandes record de 11,6 MdsEUR offre une visibilité appréciable, tandis que la marge 2026 devrait se situer dans la moitié supérieure de la fourchette de 8% à 11%.

Les banques ont également répondu présent. BBVA a dégagé plus de 6 MdsEUR de bénéfice semestriel et lancé un nouveau rachat d’actions de 2 MdsEUR. Intesa Sanpaolo a publié les six meilleurs mois de son histoire, avec un bénéfice net de 5,6 MdsEUR, tout en maintenant son offre sur Monte dei Paschi. Enfin, Sandoz a sécurisé la résolution de ses principaux litiges américains pour environ 478,5 MUSD, sans modifier ses perspectives 2026.

Notre portefeuille USA a gagné 3,77% sur la semaine, contre 1,05% pour le S&P 500. Amazon s’est distingué avec une progression de 17%, devant Brinker International, en hausse de 14,29%, et ServiceNow, de 12,60%. Ces performances masquent toutefois une fracture profonde : le marché sanctionne les groupes dont les dépenses d’IA restent difficiles à traduire en revenus et récompense brutalement ceux qui apportent des preuves.

Amazon appartient clairement à la seconde catégorie. Les revenus progressent encore de 14% en Amérique du Nord sur le semestre, tandis que le résultat opérationnel de la région augmente de 30%. AWS accélère grâce aux besoins d’infrastructure liés à l’IA, avec un revenu annuel récurrent de 25 MdsUSD dans cette activité et un carnet de commandes de 496 MdsUSD. La croissance d’AWS pourrait approcher 39% au second semestre et dépasser 40% en 2027. La contrepartie est lourde : Amazon prévoit 220 MdsUSD d’investissements en 2026, presque deux fois plus qu’en 2025.

L’ensemble du secteur assume cette fuite en avant. Amazon, Alphabet, Meta et Microsoft devraient investir collectivement 742,5 MdsUSD cette année, alors que leurs flux de trésorerie disponibles cumulés sont tombés à leur plus bas niveau depuis une décennie. Les résultats d’Alphabet ont par ailleurs brouillé la lecture de la saison : sur 112 MdsUSD de résultat net trimestriel, 98 MdsUSD provenaient d’autres produits, essentiellement des gains latents sur SpaceX et une autre société privée. Le résultat opérationnel, en hausse de 31%, donne une image plus fidèle de l’activité.

La demande d’infrastructure irrigue désormais toute la chaîne. Amphenol a relevé ses prévisions après une envolée de 85% des ventes de sa division Communications Solutions. Teradyne a dépassé les attentes et prévoit un chiffre d’affaires trimestriel compris entre 1,20 et 1,30 MdUSD. American Electric Power a également relevé ses objectifs, portée par les besoins électriques des centres de données.

Notre portefeuille Asie-Pacifique a progressé de 4,18% sur la semaine, contre 2,38% pour le MSCI AC Pacific. Advantest a gagné 12,28%, NEC Corporation 11,56% et Zhejiang Leapmotor 9,96%. Cette surperformance repose largement sur le retour de l’appétit pour les acteurs asiatiques exposés aux semi-conducteurs et aux infrastructures numériques.

Advantest a publié des résultats qui illustrent l’ampleur de la demande. Son bénéfice net trimestriel a bondi de 93,8%, à 174,78 MdsJPY, tandis que son chiffre d’affaires progressait de 39,3%, à 367,47 MdsJPY. Le groupe a relevé ses prévisions annuelles de manière spectaculaire : il vise désormais un chiffre d’affaires de 1 714 MdsJPY, contre 1 420 MdsJPY précédemment, et un bénéfice net de 660 MdsJPY, contre 465,5 MdsJPY. L’essor des puces d’inférence et la complexité croissante des composants d’IA alimentent directement le marché des équipements de test.

NEC a également surpris favorablement, avec un bénéfice attribuable en hausse de 157%, à 49,7 MdsJPY, et un chiffre d’affaires en progression de 15%, à 819,8 MdsJPY. Sumitomo Electric a presque doublé son bénéfice net, à 66,4 MdsJPY, et relevé ses prévisions annuelles.

La Chine a, elle aussi, envoyé un message clair. Le fabricant de mémoires CXMT s’est envolé de plus de 500% lors de son introduction à Shanghai, jusqu’à devenir la première capitalisation du marché chinois. Dans le même temps, Shanghai Aishengna Electronic Technology Group aurait commencé la production de masse de machines de lithographie DUV. La menace concurrentielle pour les fournisseurs occidentaux reste encore difficile à mesurer, mais elle a suffi à alimenter la nervosité du secteur.

TSMC développe enfin une technologie avancée de packaging de puces d’IA comparable à celle d’Intel, tandis que Hansoh Pharmaceutical a obtenu des résultats positifs en phase 3 dans l’ostéosarcome.

Les rendez-vous qui trancheront le rebond

Cette semaine s’ouvre sur une interrogation devenue centrale: le rebond des valeurs liées à l’intelligence artificielle marque-t-il la fin de la correction amorcée fin juin, ou seulement une respiration après plusieurs semaines de liquidation ? La reprise observée jeudi et vendredi a été puissante, nourrie par Microsoft, Amazon et les équipementiers de semi-conducteurs. Elle devra désormais résister à une nouvelle vague de publications.

Plus de 200 entreprises appartenant au STOXX Europe 600 et au S&P 500 doivent encore présenter leurs résultats. Aux États-Unis, Palantir, SpaceX, Eli Lilly et Sandisk figureront parmi les sociétés les plus suivies. Palantir sera attendue sur la dynamique de ses activités d’intelligence artificielle, tandis que Sandisk permettra de jauger l’état du cycle de la mémoire après les prévisions très favorables d’Advantest et d’ASM International. Eli Lilly apportera une lecture plus défensive de la saison, loin des mouvements extrêmes observés dans la technologie.

En Europe, HSBC, Siemens et Allianz prendront le relais. Les résultats de Siemens permettront notamment d’évaluer la solidité de la demande industrielle, alors que l’électrification, les centres de données et les infrastructures continuent de soutenir les carnets de commandes. Allianz et HSBC offriront une nouvelle photographie de la rentabilité du secteur financier après les excellentes publications de BBVA, Intesa Sanpaolo et Euronext.

Le dernier rendez-vous majeur arrivera vendredi avec le rapport sur l’emploi américain de juillet. Sa lecture pèsera directement sur le débat monétaire de septembre. Une économie toujours vigoureuse renforcerait les partisans d’une hausse de taux. Un ralentissement plus marqué compliquerait encore la tâche de Kevin Warsh. Après une semaine où les résultats ont sauvé les indices, les données macroéconomiques reprendront donc le dernier mot.