Ça chauffe pour les puces
Après plusieurs semaines de progression presque mécanique, les marchés ont brutalement retrouvé le goût du risque. La correction des semi-conducteurs, la remontée du pétrole et la reprise des affrontements entre les Etats-Unis et l’Iran ont fait grimper la volatilité, sans toutefois remettre en cause le scénario économique central. La croissance reste solide, les bénéfices continuent d’être révisés à la hausse et la désinflation américaine a offert une réelle surprise positive.
En juin, l’inflation américaine a ralenti à 3,5% sur un an, contre 4,2% en mai. L’inflation sous-jacente est retombée à 2,6%, sous les attentes, tandis que les prix à la production ont décéléré à 5,5%. La détente ne résulte pas d’un effondrement de l’activité. Les ventes au détail progressent encore de 6,7% sur un an, les inscriptions au chômage restent proches de leurs plus bas niveaux et l’indice manufacturier de la Fed de Philadelphie a bondi de 10,3 à 41,4.
Le pétrole vient néanmoins compliquer cette lecture rassurante. Le Brent a gagné près de 12% sur la semaine, autour de 85,60 USD le baril, après avoir brièvement retrouvé les 90 USD. Le WTI évolue au-dessus de 80 USD. Le trafic reste réduit dans le détroit d’Ormuz et les tensions pourraient s’étendre à la mer Rouge.
Les marchés obligataires américains ont peu réagi, signe que les investisseurs considèrent encore cette poussée comme un choc d’offre temporaire. La BCE semble moins sereine. Un statu quo est attendu jeudi, mais une hausse en septembre est désormais envisagée, au risque de répondre une nouvelle fois à une flambée énergétique par un outil monétaire incapable d’en traiter la cause.
Notre portefeuille Europe progresse de 0,07% sur la semaine, contre un recul de 0,72% pour le STOXX Europe 600. Ionos s’est distingué avec une hausse de 5,52%, devant Indra Sistemas à 3,25% et DWS Group à 3,11%, dans un marché rendu plus sélectif par les dégagements sur les semi-conducteurs.
ABB a relevé ses perspectives après une progression organique de 28% des commandes et de 12% du chiffre d’affaires. La demande des centres de données reste particulièrement forte, mais la valorisation élevée du titre limite l’enthousiasme.
Rio Tinto a confirmé ses objectifs annuels après une hausse de 3% de sa production en équivalent cuivre. La production de minerai de fer du Pilbara a atteint son meilleur niveau semestriel depuis 2018, tandis que celle de lithium a bondi de 53%. Surtout, le groupe a fortement réduit ses prévisions de coûts dans le cuivre, soutenu par la productivité d’Oyu Tolgoi et la vigueur des sous-produits aurifères.
Notre portefeuille USA recule de 1,17% sur la semaine, contre une baisse de 1,55% pour le S&P 500. Okta progresse néanmoins de 7,73%, Paychex de 6,37% et McKesson de 4,40%, illustrant la dispersion croissante des performances alors que les investisseurs réduisent leur exposition aux valeurs technologiques les plus recherchées.
Notre portefeuille Asie-Pacifique recule de 4,09% sur la semaine, une performance proche de celle du MSCI AC Pacific, en baisse de 4,02%. Weilong Delicious progresse de 5,63%, tandis que Fujikura et Quanta Computer, malgré des replis respectifs de 13,17% et 13,89%, figurent parmi les valeurs mises en avant cette semaine dans un environnement particulièrement hostile aux titres technologiques.
En Chine, la croissance a ralenti à 4,3%, mais la production industrielle a accéléré à 5,3% et les prix immobiliers ont montré de premiers signes de stabilisation. A Singapour, SGX a enregistré une hausse annuelle de 35% des volumes échangés sur actions, avec une valeur quotidienne moyenne au plus haut depuis dix-huit ans. En Australie, Sandfire Resources pourrait privilégier Kalkaroo et céder Black Butte, jugé moins stratégique.
La BCE face au pétrole, les résultats face aux attentes
La semaine qui débute promet peu de répit. Le compartiment des semi-conducteurs reste le principal foyer de volatilité après des dégagements sévères depuis les sommets de fin juin. La correction s’apparente encore à une rotation après une progression trop rapide plutôt qu’à une remise en cause de la demande liée à l’intelligence artificielle. Les prochaines publications diront si ce diagnostic tient lorsque les valorisations élevées rencontrent des attentes devenues presque impossibles à dépasser.
En Europe, Novartis, Roche, Nestlé, SAP, TotalEnergies et BNP Paribas publieront leurs résultats. Leurs messages permettront de mesurer la solidité de la consommation, la dynamique de l’industrie pharmaceutique, les dépenses technologiques des entreprises, les effets du rebond pétrolier et la capacité des banques à maintenir leurs revenus dans un environnement de taux moins lisible.
Aux Etats-Unis, Alphabet, Tesla, Intel et Philip Morris seront au premier plan. Alphabet devra justifier la poursuite de ses investissements dans l’intelligence artificielle, Tesla défendre une trajectoire opérationnelle déjà très scrutée et Intel convaincre que ses dépenses industrielles peuvent produire un redressement tangible. Après la correction récente, la publication du fabricant de puces pourrait peser sur l’ensemble du secteur.
La BCE rendra sa décision jeudi. Le scénario central reste celui d’un maintien des taux, mais les commentaires sur l’énergie, l’inflation et une éventuelle hausse en septembre seront décisifs. La banque centrale devra éviter de donner le sentiment qu’elle traite un blocage du détroit d’Ormuz comme une surchauffe de la demande européenne.
Vendredi, les indices PMI de juillet en Europe et aux Etats-Unis clôtureront la semaine. Ils permettront de vérifier si la hausse du pétrole et la nervosité financière commencent à affecter l’activité réelle, ou si l’économie conserve la résistance observée jusqu’ici.