Les obligations crient, les actions n'écoutent que l'IA
Mi-septembre, les 5% sur le 10 ans américain ressemblaient à un plafond. Le seuil a cédé mercredi, le rendement touchant 5,05%, un sommet depuis 2007, avant de s’aventurer au-delà de 5,2%. Le détonateur est venu de S&P Global. L’indice PMI composite flash a bondi à 58,4 en septembre, contre 56 en août, au plus haut depuis 2021, porté par des services qui signent leur plus forte hausse d’activité en plus de cinq ans. Les nouvelles commandes accélèrent, les carnets gonflent à un rythme inédit depuis mai 2022 et les entreprises embauchent comme jamais depuis juin 2022. Le même rapport contient pourtant sa mauvaise nouvelle: les coûts des intrants grimpent au plus vite depuis octobre 2022, sous l’effet du carburant, du transport et d’une reprise des pressions salariales.
La Fed, qui a relevé son taux directeur de 25 points de base la semaine précédente, hérite d’un dossier à charge. Le marché anticipe désormais quatre nouvelles hausses dans les prochains mois, contre trois avant la publication, et une adjudication à 2 ans a montré des investisseurs plus exigeants. L’inflation campe autour de 3% et notre modèle, fondé sur les prix à l’import et à l’export, la voit réaccélérer. Les 9% de croissance du chiffre d’affaires attendus pour le S&P 500 sur l’exercice 2027 supposent une croissance nominale proche de 6,5%, contre 4 à 5% avant le Covid. Aimantés par ce chiffre, les taux longs ont encore de la marge pour monter.
Le pétrole brouille les cartes. Le Brent a regagné 105 USD, soutenu par les attaques houthies et les drones ukrainiens sur les raffineries russes, pendant que le WTI chutait de 5,9% à 92,70 USD sous la menace de restrictions américaines sur les exportations de diesel. L’écart entre les deux références atteint 12 USD. Les indices actions finissent pourtant quasi stables, et le Nasdaq a même aligné de nouveaux records grâce à l’IA.
Notre portefeuille Europe a progressé de 1,14% sur la semaine, plus du double du STOXX Europe 600 (+0,53%), emmené par ASML Holding (+5,30%), ASM International (+3,78%) et Sandoz (+3,70%). Petite ironie, ASML brille la semaine où son vice-président exécutif, Frank Heemskerk, lâche à Amsterdam que le groupe ne vend absolument rien en Europe, faute d’usines de puces en construction. Les États-Unis, la Chine et l’Inde se disputent ses capacités, le Vieux Continent regarde passer le train. ASM International a lancé XP8 Vertos Flowable Carbon, un film déposé par PECVD qui réunit comblement et planarisation en un seul procédé, déjà en production de masse. Sandoz s’est associé à mAbxience pour un biosimilaire de l’Hemlibra, marché de 5,7 milliards USD, et a obtenu au Canada le feu vert pour son générique de l’Ozempic.
Semaine poussive pour notre portefeuille USA, en hausse de 0,09% contre 1,21% pour le S&P 500, malgré les envolées d’Amphenol (+8,43%), de Teradyne (+7,24%) et d’Okta (+7,03%). Le marché avait les yeux rivés sur Meta. Son agent IA Muse s’est hissé en tête des téléchargements de l’App Store, l’action a bondi de 14% et le groupe se rapproche à nouveau des 2 000 milliards USD de capitalisation. Les dommages collatéraux ont été immédiats : banques, assureurs, télécoms et plateformes de voyage, toutes ces valeurs qui prospèrent sur l’inertie des consommateurs selon Goldman Sachs, ont été vendues. Instacart, lui, a préféré se brancher sur Muse.
Notre portefeuille Asie-Pacifique a gagné 0,43% sur la semaine, en retrait du MSCI AC Asia Pacific GDP Weighted (+1,38%), avec en tête MediaTek (+12,21%), Sumitomo Electric (+6,27%) et Tencent (+4,2%). MediaTek a dévoilé le Dimensity CX C10 Max, gravé en 3 nm chez TSMC, dont le NPU de 55 TOPS doit faire tourner Gemini dans un futur Googlebook haut de gamme sans ventilateur. Tencent prépare l’APEC de novembre à Shenzhen avec TenPayGo, une application de paiement acceptant Visa, Mastercard et Apple Pay pour les visiteurs étrangers.
La Fed jugée sur pièces
Le retour du stress obligataire n’a pas entamé la foi des actionnaires dans l’intelligence artificielle, mais le terrain reste miné pour les taux. La semaine prochaine soumettra les deux mandats de la Fed, les prix et l’emploi, à l’épreuve des chiffres. Mercredi, l’inflation PCE d’août dira si les tensions repérées dans les PMI ont déjà gagné les prix à la consommation. Vendredi, les données de septembre sur le marché du travail confirmeront ou non la vigueur des embauches décrite par les enquêtes. Deux publications solides valideraient les quatre hausses de taux désormais intégrées par le marché. Une déception offrirait au 10 ans son premier répit depuis des semaines. Plusieurs banquiers centraux prendront par ailleurs la parole, de quoi entretenir la nervosité.
Hors des États-Unis, la Banque de réserve d’Australie devrait opter pour le statu quo mardi. Mercredi, l’Allemagne, la France et l’Italie publieront leurs chiffres d’inflation de septembre, qui risquent de montrer une accélération.
Côté entreprises, la plupart bouclent leur troisième trimestre fiscal, mais trois noms rendront des comptes. Micron, la star des puces mémoires, sera scrutée par tous ceux qui ont porté le Nasdaq vers ses records. Accenture donnera le pouls des budgets de conseil, tandis que Nike, toujours convalescent, devra prouver que sa rééducation avance. En Europe, plusieurs petites valeurs publieront leurs résultats, en particulier en France.
Le verdict pourrait pourtant venir d’ailleurs. Mercredi dernier, une soixantaine de navires commerciaux ont franchi le détroit d’Ormuz avec 22 millions de barils à bord, alors même qu’aucun accord politique n’est acquis à New York. Si Américains et Iraniens transforment ce trafic en réouverture officielle, le baril offrirait au marché obligataire le bol d’air que la Fed n’a aucune intention de lui accorder.
