Les différents indices Performance Watcher n'ont guère évolué au cours du troisième trimestre, malgré la forte volatilité des marchés.

Par Laurent Perusset, Responsable des solutions d’investissement, SingAlliance (Suisse) SA

 

A travers une allocations stratégique ou tactique, on exprime notre compréhension et interprétation tant des évolutions économiques que des potentiels paradoxes politiques voire géopolitiques influençant la conjoncture mondiale. Lorsque les signaux divergent entre les différents ingrédients, il devient plus difficile de formuler une politique d’investissement structurée et en cohérence avec les fondamentaux.

Le troisième trimestre n’a malheureusement pas échappé à cette règle et la volatilité a refait son apparition tant sur les actions que sur les obligations impactant directement la performance des portefeuilles investis. Ainsi, le marché, actuellement tiraillé entre plusieurs influences extrêmes et opposées, nous donne le sentiment d’être entré dans une de ces phases où la lisibilité de la conjoncture globale ainsi que sa traduction en portefeuille investi représente un défi. Très concrètement, durant la période sous revue, les investisseurs sont passés par différents états d’âme. Le retour de la volatilité a contribué à faire fluctuer la performance de l’indice Performance Watcher «Risque Elevé» en CHF d’environ 375 points de base entre ses points hauts de juillet et de septembre (12%) et son point bas de début août (8.11%).

Des signaux contradictoires

La dichotomie observée entre réalité économique et évolution boursière est encore exacerbée par des interventions politiques intempestives.

Les indices mondiaux des directeurs d’achat manufacturier (PMI) en agrégés se contractent à l’image de l’ISM manufacturier américain qui est passé sous le niveau de 50 points. Parallèlement, les importations de biens d’équipement ralentissent. Pour illustrer ce phénomène, l’indice des exportations et importations pour les 20 premiers jours de septembre en Corée du Sud s’affiche en très forte contraction. Il rejoint des niveaux plus observés depuis la dernière crise en 2009. L’activité commerciale en pâti et semble devoir encore décélérer. D’autres pays exportateurs, tels que l’Allemagne et la Chine confirment la tendance.

Au FMI, on regarde tout cela avec un œil méfiant. L’institution considère que les tensions commerciales et le Brexit auront un impact sur l’activité et abaisse ses prévisions d’expansion du Produit Intérieur Brut (PIB) de 3.2% pour 2019 et de 3.5% en 2020, soit 0.1% de moins que ses précédentes prévisions d’Avril.

L’OCDE présente des conclusions similaires. Alors qu’en mai 2018 l’organisation prévoyait une croissance mondiale pour 2019 proche de 4%, elle vient de réviser ses attentes et estime désormais qu’elle sera inférieure à 3%.

Pendant ce temps… les marchés ont été rythmés par des effets d’annonces (Trump, BCE, FED, Hong Kong et autres…). Alors que nous étions proche de la fin du monde au début du mois d’août, avec un 10 ans du Trésor américain se négociant en-dessous des 1.5% soit -100bp en trois mois (ou env. 10% de gain en capital pour le détenteur de l’obligation), les bourses peinaient début août, enregistrant des baisses entre 6% (SPX, MXWD) à 12% (HSI) en quelques sessions.

Cependant, grâce en partie à une demande domestique toujours soutenue, des signaux conjoncturels avancés aux Etats-Unis ressortent meilleurs que prévus. Par ailleurs, l’économie américaine continue de prospérer en générant un taux de chômage historiquement bas. L’inflation, quant à elle, se maintient à des niveaux gérables en raison, entre autres, de l’avènement de technologies disruptives abaissant les coûts de production tout en augmentant la productivité.

Le niveau des taux impacte également positivement le coût du capital et permet de soutenir les marges et les bilans des entreprises. Il influence les «grands patrons» qui peuvent poursuivre le financement de plans de rachat d’actions à bon compte.

Sous-pondération des actions dans les portefeuilles

Selon plusieurs récents sondages, les investisseurs institutionnels restent sous-investis sur les marchés actions, et cela, malgré des primes de risque attractives. Par ailleurs, n’anticipant pas de recul des bénéfices des entreprises à court terme, les valorisations actuelles des actions restent appétissantes. Ainsi, en relatif aux marchés obligataires, les marchés actions ressortent meilleur marché et présentent donc un intérêt supérieur avec de meilleurs perspectives de rendement ajusté au risque.

Sur le trimestre, les gains extraits des marchés actions n’auront cependant contribué que marginalement à maintenir les portefeuilles à flots. En termes de contribution, la source de rendement provient en grande parties des expositions aux instruments à revenus fixes, soit les obligations.

Ainsi, globalement les performances des indices Performance Watcher se maintiennent aux niveaux observés à la fin du second trimestre. Les performances en francs suisses depuis le début de l’année jusqu’au 30 septembre sont de +6.67% pour l’indice «Risque Faible», +8.88% pour le «Risque Moyen» et +10.66% pour le «Risque Elevé».

Performances des Indices Performance Watcher en francs suisses du 01.01.2019 au 30.09 2019
Source: Performance Watcher

Pour toutes les raisons évoquées, une position légèrement surpondérée en actifs réputés à risque peut être envisagée. Il n’en demeure pas moins qu’un panachage minutieux entre exposition Action, Obligation à Haut Rendement (High Yield) et les actifs décorrélés tels que l’Or et autres actifs réels devrait pouvoir remplir sa mission. Dans ce contexte, fort est parier que l’Indice Performance Watcher «Risque Elevé» devrait poursuivre sa marche et surperformer les profils Performance Watcher plus défensifs.

Comme d’habitude, la pondération adéquate, la diversification subtile et l’optimisation du risque des composants des portefeuilles constituent le moyen de traverser ces périodes de volatilité de manière plus sereine.

Bien entendu, il subsiste encore quelques ombres au tableau qui nous obligent à rester vigilant. Cependant, comme suggéré précédemment, nous n’écartons pas la possibilité d’une fin d’année favorable aux actionnaires.