Pire journée depuis 2008, Krach boursier, Krach pétrolier, Crise pétrolière, Crise du Crédit, ah oui et l’officiel « Coronavirus Krach ». Hier c’était donc LA JOURNÉE de toutes les peurs. On a fait très fort et absolument tout s’est fait démonter, ce genre de journée ou l’on peut commencer à parler de capitulation. Capitulation, parce que tout le monde semble d’accord pour dire un peu partout que « c’est pire qu’en 2008 », qu’il faudra des mois pour s’en remettre et surtout le fameux « c’était à prévoir ».

L’Audio du 10 mars 2020

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Les experts des réseaux sociaux

Les lendemains des journées comme ça, ce n’est jamais simple de trouver les mots. On peut déjà se dire que c’était une journée EXCEPTIONNELLE, puisque les « circuits breakers » ont été déclenchés sur le S&P500 est c’est pas tous les jours que ça se produit. Je pense même que ceux qui ont décidé du déclenchement ont dû relire le manuel avant de les mettre en place, sachant que ça faisait très longtemps que ça n’avait plus été appliqué. Pour faire simple, on s’est fait défoncer dans tous les sens, ce n’était pas un sell-off où l’on prenait les profits sur certains secteurs par rapport à leur récente performance. Ce n’était pas une panique induite par un mauvais résultat trimestriel, un profit warning ou un tweet malheureux du Président, non, c’était un bain de sang général. Une journée où les gens ne réfléchissent plus à ce qu’ils vendent, ils vendent juste tout ce qu’ils ont sous la main, à commencer par les indices, les ETF’s ou les futures, tout ce qui pouvait avoir du sens pour sortir et se mettre cash. Oui, parce que comme la fin du monde approche et que comme la moitié du monde va être infectée par le Coronavirus, autant avoir du cash pour pouvoir… ben juste pour avoir du cash et puis après on verra.

On ne va pas dire qu’il y a un secteur qui a pris plus que l’autre, mais quand même on notera le secteur pétrolier qui est au plus mal. La stratégie des Saoudiens est en train de détruire toute l’industrie et les guerres de pouvoir intestines sur l’or noir pourraient avoir des conséquences désastreuses ces prochains temps. L’angoisse est donc à son apogée un peu partout. Hier soir Trump s’est même fendu d’un discours dans lequel il annonce son intention de baisser les impôts pour soutenir l’économie qui va forcément faire face à un ralentissement massif. Les économistes ont ressorti leurs tableurs excel pour essayer de savoir ce que « vaut » l’économie aujourd’hui, juste histoire de voir si la dégelée d’hier ne nous a pas amené à des niveaux que l’on qualifiera de « bon marché ».

Je ne vous cacherais pas qu’il est bien difficile de se lever ce matin, de taper du poing sur la table et de dire : « aujourd’hui c’est le jour des achats, il est temps d’arrêter ces conneries et de recommencer à acheter ». Alors oui, les futures sont en hausse de 2.5% après le discours de Trump mais après 7.5% de baisse un peu partout dans le monde, cela paraît presque logique. Oui, statistiquement après les 10 lundi noirs que nous avons eu dans l’histoire boursière, les marchés ont repris plus de 2.2% le lendemain. Mais ce qui me fascine le plus ces dernières heures, ce sont les commentaires satisfaits de certains « experts financiers » sur Facebook, ceux qui pensent que le capitalisme c’est mal, ceux qui pensent qu’il faut reprendre le pouvoir avec des fourches et que la finance mondiale est responsable de tous les maux. Ceux-ci se frottent les mains en « espérant que ce n’est pas fini » – et c’est peut-être le début d’un signal de quelque chose.

D comme DÉFONCÉ

Quoi qu’il en soit, on s’est BIEN fait défoncer. 8% de baisse sur le DAX, 9% sur le CAC, plus de 11% en Italie, 7% et plus sur les indices américains, 50% de baisse sur la plupart des titres pétroliers et 30% de baisse sur le baril lui-même et environ tous les deux posts sur Facebook, un type qui mettait un screenshot d’une application de bourse avec du rouge partout, même chose sur LinkedIn, des écrans Bloomberg tout rouges, avec cet air satisfait parce « qu’enfin ça baisse ». Des gens qui ne savaient même pas que la bourse existait il y a trois jours se délectent de la baisse éclair de ces derniers jours. Sans compter que le journal 20 minutes, tente de nous donner un cours de bourse et de nous expliquer pourquoi ça baisse, juste avant de nous raconter le week-end et les soucis de la dernière starlette de télé-réalité dont personne ne connait le nom. Enfin, personne de censé.

Mais le marché s’est effondré hier. C’était l’anniversaire des 11 ans du bull market. Drôle de façon de fêter. Quoi qu’il en soit, pour fêter le Bull Market, nous voici aux portes du Bear Market et on se demande bien comment ça va se finir, même si après la journée d’hier, la seule réponse qui vient c’est : « très très mal ». Pourtant, je ne veux pas faire le vieux con qui est là depuis toujours. Je ne veux pas faire ça, parce qu’il y a des gens qui sont là depuis bien plus longtemps que moi, mais néanmoins ce n’est pas la première fois que l’on vit ce genre de moment. Ce genre de lendemain d’hier où l’on se jure que l’on ne boira plus jamais ou que l’on ne fera plus JAMAIS de la bourse. Il y a un peu plus d’onze ans de cela, alors que Lehman Brothers mettait la clé sous la porte, les clients m’appelaient en me disant : « Thomas, vendez tout et ne me parlez plus jamais de bourse, je ne veux plus JAMAIS traiter d’actions, c’est tout de la merde et ce marché est pourri ». 11 ans plus tard et 460% plus haut, nous revoici dans le même état d’esprit. Oui, ce marché est de la merde, oui ça fait super mal de se faire défoncer de 20% en 2 semaines alors qu’il a fallu 18 mois pour monter d’autant. MAIS ON L’A DÉJÀ VÉCU ! On l’a vécu en 1987, on l’a vécu en 91, en 96, en 97, en 2000, en 2001, en 2002 en 2008, en 2011… Je ne compte même plus le nombre de fois où j’ai jeté mon téléphone contre mon écran Bloomberg et que je suis parti à la recherche d’une Maison d’Hôtes à acheter pour aller faire pousser des chèvres et de faire des tartines au miel aux touristes qui viendrait en mal de repos, pour soigner leur stress et leur ras-le-bol du monde merveilleux de la finance – et puis les jours passent, on reste et ça remonte.

Cette fois c’est différent

Alors oui, on va me dire : « OUI MAIS LÀ, c’est différent » – bien sûr. Comme si on ne l’avait pas dit en 2008, en 2000, sans compter en 2011 pendant la crise grecque. Désolé, mais ça ne marche plus. Et puis Sir Templeton l’a dit, « cette fois c’est différent » – sont les pires mots que l’on peut entendre dans la finance. Encore une fois, on va se reconstruire, la FED a déjà annoncé son intention d’injecter 150 milliards par jour pour assurer la liquidité, Trump va défiscaliser, la FED va ré-intervenir la semaine prochaine et même si le pétrole va aller à 20$ selon Goldman Sachs, un jour il remontera. Parce c’est comme ça.

Alors oui, cette fois c’est différent ? Et on va faire quoi ? S’ouvrir les veines avec une touillette en plastique qui vient de la machine selecta de la cafétéria ? Acheter du 10 ans américain à 0.5% parce que c’est quand même mieux que le 10 ans suisse à MOINS 1.10% ? Rester cash et payer nos banques pour conserver notre argent ? Parce que Microsoft, Apple, Google et les autres qui étaient des boîtes géniales il y a trois semaines ne gagneront plus JAMAIS d’argent ?

Savoir raison garder

Non, sérieusement. Nous sommes dans une crise – encore une – pas une crise SANS PRÉCÉDENT – ON EN A DÉJÀ VÉCU des comme ça, c’est juste qu’on a oublié et que c’est plus marrant quand ça monte que quand ça gerbe comme hier. Il faut reconnaître que cette merde de Coronavirus ne nous aide pas. L’Italie est fermée, la France est dans l’angoisse d’être la prochaine Italie et nous en Suisse, on accepte tout le monde parce que ça va bien se passer. On est même incapable de voir que ça va mieux en Chine, que JAMAIS depuis le début de la crise il y a eu aussi peu de morts en Chine en 24 heures, que plus de 60’000 personnes sont guéries. Oui, l’impact économique sera violent, probablement énorme, mais on ne va pas se rejouer Mad Max pour autant, la vie et l’économie devraient reprendre. Enfin, normalement.

“Be fearful when others are greedy and greedy when others are fearful.” Warren Buffet

Alors ce matin, il n’est pas simple de donner un avis sur la suite des évènements. Pourtant hier on m’a appelé plusieurs fois pour savoir « quand est-ce que ça allait s’arrêter ». Pour être franc, je n’en sais foutrement rien, mais dans mon for intérieur, je me dis que pour autant que le Coronavirus suive la même courbe en Europe que ce qu’il a fait en Chine, on devrait pouvoir recommencer à respirer normalement d’ici trois-quatre semaines et ensuite, on commencera à nous parler de « potentiel de rebond énorme ». J’aurais donc tendance à profiter de la volatilité actuelle – je rappelle que la dernière fois que l’on est allé si haut, c’était une époque où les banques tombaient comme des mouches. Une époque où l’on pensait que le capitalisme était foutu et que l’avenir était au troc et que le meilleur moyen de s’assurer un avenir était d’avoir un potager à soi et de faire pousser ses propres légumes. Il ne me paraît donc pas stupide de vendre des puts à des niveaux plus bas, encaisser des primes assez élevées en se disant qu’on achètera JAMAIS au plus bas, mais que ça vaut la peine de croire que Microsoft vendra encore des softwares, Apple des téléphones et Amazon, tout le reste.

Nouvelles du jour

Je ne vais pas vous bassiner avec les nouvelles du jour, puisque la seule chose que l’on se demande aujourd’hui dans les médias c’est « quand est-ce que l’on va mourir », « est-ce que l’on va souffrir » et « « est-ce que c’est une bonne idée de profiter des billets dégriffés chez Easyjet pour partir en week-end à Rome ? » -les marchés sont en mode « cicatrisation » et c’est un peu comme quand vous avez un accident ; les premières minutes ça secoue, ensuite vous êtes sonnés, puis une immense fatigue vous envahit. Il est peut-être temps de se poser 5 minutes et de rationaliser. Et reposez cette touillette de la cafétéria, ça ne sert à rien d’envisager le suicide, à la fin c’est toujours les bulls qui gagnent et le marché remontera.

Passez une excellente journée et on se retrouve demain, d’ici-là l’Alca-Selzer devrait avoir fait son effet.

Thomas Veillet

Investir.ch

“Traders focus almost entirely on where to enter a trade. In reality, the entry size is often more important than the entry price”

― Jack D. Schwager