Aux Etats-Unis, ce vendredi sera fermé. Histoire de laisser les cloches aller à Rome ou de laisser les œufs ressusciter, je ne sais plus trop. Sans compter que Rome est plutôt calme en ce moment et qu’ils ont mis le CEO de l’église sous cloche pour éviter que ça dégénère. Enfin, peu importe, les USA seront fermés aujourd’hui et comme la semaine se terminaient hier, ils en ont profité pour terminer la MEILLEURE semaine de hausse depuis 45 ans. Vous noterez au passage le nombre de meilleure semaine, meilleure séance, pire séance, pire trimestre, pire mois, meilleur mois, meilleure heure et meilleure minute que l’on vient de réaliser ces derniers mois, c’est de la folie. Encore 30% de hausse en avril et on fait le meilleur mois de tous les temps et on invente le Flash-Bear-Market.

L’Audio du 10 avril 2020

 

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Des chiffres pourris mais trop durs à intégrer

Hier il y a eu des chiffres économiques, les Jobless Claims ont explosé encore une fois. Encore une fois les experts se sont complètement ratés. D’habitude, il se gourent de quelques milliers de personnes, mais là ils sont passés en mode « hardcore » et ils se trompent à coup de millions. À leur décharge, nous vivons dans un tel bordel économique, financier et commercial, que collecter des données et les intégrer dans un spreadsheet excel pendant que l’on essaie d’occuper trois enfants, de promener le chien et de repeindre la clôture du jardin, ça ne doit pas être facile.

La confiance du consommateur selon l’Université du Michigan s’est aussi pété la figure avec force et courage. Le chiffre n’est pas important, mais disons que là aussi c’est probablement la pire variation négative de ces 38 dernières années, si ce n’est la plus importante depuis que l’autre a été décroché de la croix et en a profité pour inventer les vacances de Pâques et le week-end de 4 jours. Des chiffres aussi immondes que ces deux-là auraient – dans un monde normal – déclenché le pire sell-off de l’histoire du monde, mais depuis trois mois – mais voilà, nous ne sommes pas dans monde normal, parce que pendant que les chiffres économique redéfinissaient les échelles graphiques des charts avec plein de couleurs qui sont régulièrement publiés dans les journaux, la FED annonçait un nouveau plan de soutien à l’économie, aux entreprises, aux PME, aux privés et aussi aux animaux de compagnie probablement.

Quand y en n’a plus, y en a encore

Ce qu’il y a de bien avec la FED, c’est que quand on croit qu’ils ne peuvent pas faire mieux, ils peuvent encore. On ne sait pas trop où ils vont chercher tout cet argent – puisque cette fois on parle de 2.3 trillions de dollars de plan de soutien à tout ce petit monde – tout le monde pourra aller emprunter de l’argent à la FED – le tout à taux préférentiel – pour autant que l’on ait subi une chute de 30% de ses revenus sur une année (sauf erreur). Une chose est certaine, la planche à billets tourne à plein régime et il fût un temps où l’on parlait « d’helictopter money » quand Bernanke arrosait littéralement l’économie avec du pognon, mais là on ne parle plus d’hélicoptère, mais plutôt d’escadrilles d’avions de transport.

Vous l’aurez donc compris ; les marchés sont montés parce que soutien économique il y a de nouveau. Encore et toujours. Toujours plus surtout. Dans la foulée l’or s’est envolé en re-re-cassant sa résistance des 1700$ et se traite à plus de 1740$ forcément avec tout cet argent qui pleut sur les USA – pas sur tout le monde, soit – mais avec tout cet argent qui est distribué allégrement un peu partout, autant dire que le concept de l’inflation devrait rapidement faire parler de lui. Enfin, dès que l’on pourra à nouveau sortir des chez nous pour acheter des biens de première nécessité comme des « Smartphones », des casquettes Louis Vuitton et des sacs Gucci.

50% de la baisse retracée

En tous les cas, le S&P500 termine à des niveaux que l’on n’aurait même pas imaginé le 23 mars, on a tout simplement récupéré 50% de la chute déclenchée fin février. Nous affichons plus de 25% de hausse depuis les plus bas – laissant supposer que nous sommes dans un « nouveau Bull Market » – bien que l’on n’ose pas encore trop le dire de peur de se faire insulter par tous les convaincus de la baisse qui n’ont eu que 6 semaines pour en profiter et qui en veulent encore plus – ce que l’on peut comprendre. Il en effet clairement injuste qu’après 11 ans de Bull Maket, après presque 4’000 jours de hausse, que le Bear Market ne dure que 12 jours. Il y a clairement un déséquilibre.

Mais ne nous inquiétons pas. Dans un souci majeur d’équité, il y a plein d’experts qui viennent nous dire et nous prédire que « ce n’est pas fini » – en parlant de la baisse – et que ce rebond dans lequel nous sommes n’est qu’un piège pour les Bulls et qu’une fois que tout le monde sera dedans et chaud comme la braise, on va nous sortir un truc qui va tout foutre par terre le château de cartes dans lequel nous sommes. Le dernier expert en date – Mark Hulbert – chroniqueur bien connu sur le site Marketwatch, estime que l’on va retourner au plus bas de ces dernières semaines et il fait encore mieux, il est très précis : ça sera en août. En revanche très peu d’indices sur ce qui va se passer entre deux. Au moins ça laisse un peu de suspense, parce que si on savait tout avant, ça ne vaudrait même pas la peine d’aller voir le film.

Le pays de l’or noir

Gros sujet de la journée d’hier : la réunion de l’OPEP.

Il y a deux façons d’observer la chose : en détails ou en survolant. Si l’on choisit de survoler la chose, il suffira d’observer le prix du baril ce matin, de voir qu’il est autour des 23$ en baisse de près de 8% et d’en déduire que la réunion de l’OPEP n’a pas forcément donné aux traders ce qu’ils attendaient et de passer à autre chose.

Si l’on décide de creuser dans le détail, je vous recommande d’avaler d’abord 12 dolipranes et de relire deux fois un traité de psychologie des marchés financiers, puis de boire un cubi de rosé, ceci devrait permettre de faire passer la pilule.

Donc, les Russes et les Saoudiens se sont mis d’accord pour réduire la production de pétrole – plus ou moins de ce que l’on attendait – mais le problème c’est justement que NOUS L’ATTENDIONS – ce qui veut dire que c’était dans le prix, puisque Trump l’avait annoncé dans son tweet d’il y a quelques jours. Tweet qui avait fait monter le baril de plus de 40% de façon tout à fait rationnelle. Donc, comme nous le savions, c’était juste une confirmation et que comme ça n’était qu’une confirmation, ça voulait dire que les marchés l’avaient déjà « pricé », que c’était dans les prix. C’était donc une forme de déception – sans compter que la confirmation de l’accord n’a pas vraiment été annoncée officiellement. Et puis on n’est pas très sûr que la réduction de 10 millions de barils par jour suffise à compenser la plus grosse chute de la demande dans l’histoire de l’Univers et de la Guerre des Etoiles. Ça suffisait lors du tweet de Trump, mais là plus. On est peu de chose.

En conclusion, les traders et les experts en pétrole – qui sont souvent les mêmes – ont été déçus, ce qui fait que le baril s’est fait défoncer parce que l’on pouvait donc clairement déclarer que les annonces théoriques qui n’ont pas encore été faites de façon officielle sont clairement insuffisantes. Au-delà du fait que je ne comprends même pas moi-même ce que j’ai écrit et que ça me fout un mal de tronche carabiné, je pense qu’il nous faudra un nouveau tweet de Trump pour que l’on y voit plus clair. Mais une chose est sure – on en voit de toutes les couleurs sur les marchés en ce moment…

Pour le reste

Pour le reste ; l’Asie ne fout rien, le pétrole joue à la balle magique, la plupart des pays sont en vacances – mais comme tout le monde est bloqué à la maison ça ne change rien – certains marchés sont ouverts aujourd’hui et fermés lundi et vice et versa, nous avons donc 4 jours « plutôt calmes » devant nous. Bien qu’actuellement, le terme « plutôt calme » est largement galvaudé, puisqu’il suffirait d’un bon chiffre, bien anxiogène pour tout remettre en question. Mais pour le moment c’est plutôt calme.

Dans les trucs que l’on peut retenir ; un premier sondage vient de sortir et Trump se ferait défoncer par Biden si les élections seraient aujourd’hui. Franchement, je ne voudrais pas être Américain et devoir choisir entre la peste et le choléra. Les Français ont dû faire ça il y a trois ans et on voit le résultat, un clown à l’Elysée qui brasse de l’air et qui ne sait plus comment faire pour tourner la veste sans que ça se voit. Autrement, l’Europe a finalement trouvé un deal pour soutenir l’économie dans la crise du Coronavirus, ce projet contient des plans de dépenses et des lignes de crédit, on parle de 200 milliards d’euros, mais en revanche il n’y aura pas d’émission obligataire.

À noter la touche d’humour qui a été apportée par le Ministre des finance allemand, Olaf Scholz, qui a dit que ce « deal » marquait un grand jour pour la solidarité européenne et montrait toute la force de l’Union Européenne…

Si, si, il a vraiment dit ça !!!

Ne pas rire.

Ne pas rire.

Ne pas rire.

Ne pas rire.

J’espère que les Italiens et les Espagnols sont au courant de toute cette solidarité et qu’ils sont au courant qu’ils font AUSSI partie de l’Europe. En tous les cas, une chose est certaine, cette crise du Coronavirus va et a peut-être changé bien des choses dans notre façon de vivre et de penser, mais par contre à un certain niveau de la politique, rien n’a changé, ils sont toujours aussi cons, ne s’en rendent pas compte et continuent d’enfoncer le clou.

On notera encore que Boris Johnson est sorti des soins intensifs et que l’on se demande quand est-ce que Macron va s’y retrouver à force de prendre des bains de foule dans le 9-3, quoi qu’il s’en fout, il se fera traiter à la Chloroquine de chez Panoramix.

Mis à part ça, nous sommes en week-end prolongé – on vient de vivre le BEAR market le plus court de l’histoire et moi je vous retrouve mardi prochain pour parler (peut-être) du Bull market le plus court de l’histoire. Si l’on en croit les divers prédicateurs.

Passez une excellent week-end, ne sortez pas, de toute façon il va faire moche et on se retrouve la semaine prochaine pour parler déconfinement et distribution de masques fait en peau de lapin de Pâques.

Thomas Veillet

Investir.ch

“What we need is a common goal for more Europe.”

 

Emmanuel Macron