30%. Depuis le trou du 23 mars, le S&P500 a repris près de 30%. En théorie, on pourrait s’arrêter là, puisque tout est dit. On dit que les marchés sont le reflet de l’économie et agissent toujours en avance avec la réalité. La question que l’on peut se poser aujourd’hui, est de savoir si la récession que l’on nous prévoit depuis le début de la crise du COVID19-Coronavirus, va se résorber aussi rapidement que le Bear Market qui s’était installé le 11 mars et qui est mort la première semaine d’avril – alors oui, j’entends déjà les détracteurs hurler et me dire que « ce n’est pas fini » - j’en conviens. Toujours est-il qu’en appliquant la stricte théorie des écoles de bourse, le Bear Market est mort, nous sommes dans un nouveau Bull Market et on est déjà en hausse de 30% par rapport aux plus bas. Tout ça sur rien. Ou en tous les cas sur pas grand-chose.
L’Audio du 15 avril 2020
Des paris sur la courbe
D’aussi loin que je me souvienne, en finance, lorsque l’on parle de courbe ; on parle des taux. Et lorsque la courbe des rendements s’inverse, en général c’est que l’on prévoit une récession et c’est le début d’une petite panique. Depuis quelques temps, nous sommes passé à une autre courbe ; celle des contaminations au Coronavirus par pays. Et quand cette dernière s’inverse, on entre en transe, à la limite de l’euphorie. Parce que ça veut dire que le virus est en train de perdre la partie, que l’on va pouvoir ressortir et que la vie normale, la vie de consommateur capitaliste, va reprendre son cours. On va pouvoir s’asseoir sur la solidarité, l’équité, le partage et la bonté. Et on va reprendre nos vies là où on les avait laissées. Parce que ne nous leurrons pas, on veut bien se la jouer fleur bleue quand on est en confinement et envisager de voter à gauche un jour, mais dès que l’on va ressortir, on va replonger comme avant.
Tenez, rien qu’hier on a appris que les ventes de Smartphones de chez Apple ont littéralement explosé en Chine au mois de mars. En gros, tu passes 6 semaines en confinement, on t’autorise finalement à ressortir de chez toi avec un masque et on te demande de garder tes distances avec tes semblables et la PREMIÈRE chose que tu fais ; c’est aller à l’Apple Store pour acheter la dernière version de l’iPhone. On aurait pu supposer qu’une balade au bord de mer ou boire un verre sur une terrasse aurait fait l’affaire ; mais NON ! Paf ! Apple Store et iPhone 11 – sans compter qu’il faudra y retourner cette automne avec l’arrivée du 12. Enfin, tout ça pour dire que les marchés font pareil, mais en anticipant. Les traders ont donc passé la journée d’hier à parier sur l’optimisme de la fin du Coronavirus et sur la réouverture des économies.
La charrue avant les bœufs
Si l’on avait deux balles de jugeote, on pourrait s’inquiéter du fait qu’il y a tout de même un risque de tout redémarrer trop tôt. Que si les USA recommencent à tourner à plein régime, le risque de relancer l’épidémie pourrait être très élevé et qu’il pourrait être intelligent de se donner un peu de temps. Mais non. Actuellement nous sommes donc 100% centrés sur le fait qu’il faut redémarrer la machine à toute vitesse et qu’il n’y a plus une minute à perdre. Personne ne se demande si c’est vraiment intelligent de renvoyer les enfants dans les écoles et qu’en les mettant à 30 par classe, il n’y a pas un risque de créer des centres explosifs de distribution du virus ? Non, très honnêtement on s’en fout comme de notre première cravate. Dans le monde féérique de la finance, il n’y a une chose qui compte aujourd’hui, c’est de revoir les économies resplendir à nouveau et que la croissance revienne. Comme si l’on avait complètement intégré le risque du COVID19 et qu’il ne peut pas, qu’il n’y AURA pas de redémarrage de l’épidémie. Affaire classée ! ça ne vaut d’ailleurs même pas la peine d’attendre quelques semaines de plus. Juste pour être sûr.
C’est en tous les cas l’image que veut bien en donner les bourses mondiales. Hier soir à Wall Street les traders se sont appuyés sur les déclarations des politiciens qui se montrent enclins à rouvrir les pays – entre autre Trump qui revendique une ouverture des USA – sous conditions – avant le premier mai. Ce qui est formidable, puisque l’on a l’exemple de l’Italie qui s’est confinée bien avant les USA et qui ne sortiront pas de confinement avant début mai. Mais aux States on est plus fort. Le virus n’incube pas en 7 jours mais en 7 heures, tout va donc plus vite et ils peuvent donc relancer l’économie plus vite que les autres. Si l’on suit un raisonnement logique, ça ne fait AUCUN PUTAIN de sens – mais bon – si Trump avait un raisonnement logique, ça se saurait.

Peu importe, ça monte
Peu importe la logique, le marché monte parce qu’il est content de voir que l’on va reprendre une vie normale – enfin, en théorie – on ne connait pas encore les détails du plan que Trump est en train de fomenter dans le bureau ovale. Hier matin on nous disait donc que les marchés étaient optimistes et se préparaient à la saison des résultats trimestriels, mais c’était bidon. Les marchés s’intéressent à la reprise économique éventuelle et l’anticipation d’une date de sortie d’une récession dans laquelle nous ne sommes pas vraiment encore entrés. Non, parce qu’hier on prend 3% sur le S&P500 à cause du fait que l’on espère ressortir de chez nous, PAS parce que JP Morgan a publié des chiffres plus faibles que prévu – vu que nous le savions déjà et que ça avait été anticipé dans la baisse du mois de mars. On n’est pas non plus monté parce que le FMI est sorti de son trou après la pluie pour nous annoncer que l’économie ALLAIT SOUFFRIR DE LA CRISE DU CORONAVIRUS et que ça pourrait être très moche.
Mais ils étaient où c’t’équipe depuis deux mois ? En vacances à Hawaii et ils viennent d’être rapatriés qu’hier ? Non, sans déconner, ça en devient presque un indicateur avancé – quand le FMI vous annonce que la fin est proche, c’est que l’on est déjà passé plusieurs fois passé en mort clinique et que nous avons été réanimé et que l’on est sorti des soins intensifs il y a trois semaines. Enfin, tout ça pour dire que les marchés US ont pris 3% sur le fait que tout va mieux du côté virus et que l’on se fout des fondamentaux – comme on s’en foutait dans la baisse d’ailleurs. Le seul point réel auquel on peut peut-être se raccrocher, c’est les exportations chinoises qui étaient moins pire que prévu hier matin. Les chiffres chinois qui sont systématiquement remis en doute depuis quelques semaines. Sauf ceux qui nous arrangent.
On y croit ou on n’y croit pas
En tous les cas, ce qui est en train de se passer remue pas mal le camp des gourous qui anticipaient la fin du monde. Il n’y a pas un jour qui passe sans que l’un d’entre eux revienne à la télé pour tenter d’enfoncer le clou. Ils ont enfin eu raison après 11 ans de galère, il semble évident qu’ils voudraient bien que ça dure un peu. Hier soir il y avait Mark Mobius – et je vous ferais grâce de son track-record – mais disons qu’à force de dire que l’on allait tous y passer depuis des années, il a fini par avoir raison. Il y a des gamins qui ont crié au loup pendant des mois pour amuser la galerie et qui se sont fait bouffer pour moins que ça. Toujours est-il qu’hier Monsieur Mobius a déclaré que nous n’avions pas encore FINI la baisse et que nous DEVRIONS encore redescendre sur les bas du mois de mars. Faire un « double bottom » comme on dit chez les pros. Il faut donc s’attendre à une nouvelle chute de 650 points sur le S&P500. On n’a donc pas fini de rigoler cette année.
Par contre, dans les BEARS convaincus, il y a aussi ceux qui tournent la veste. Hier Goldman Sachs, qui étaient plus ou moins certains que la saignée n’était pas encore finie, viennent de changer d’avis. Donc depuis hier, la plus grande banque d’affaires du monde qui a des contacts dans les méandres du pouvoir partout dans le monde – parce que c’est des anciens de « la maison » – eh bien ils estiment que nous avons fait les plus bas en mars que les fondations sont solides pour envisager une reprise. Sachant que l’on a quand même repris 30% déjà. Comme disait l’autre ; « il y en a qui contestent, qui revendiquent et qui protestent, moi je retourne ma veste, toujours du bon côté ». Règle numéro un : être avec l’équipe qui gagne.
L’Asie, le pétrole et l’or
Ce matin l’Aise ne fait rien. Les trois indices de références sont dans la micro-journée et les mouvements sont homéopathiques – à la baisse, mais homéopathiques. L’or se maintient dans sa zone de cassure et laisse espérer un prochain mouvement à la hausse en partant à l’assaut des 1800$ qui pourrait ouvrir la porte à toutes les fenêtres.
Le pétrole reste un des sujets du moment, car si les marchés boursiers anticipent déjà une reprise de l’économie avec la réouverture de certains pays et qu’ils trouvent ça trop cool – visiblement on anticipe une reprise, mais pas une reprise de la consommation pétrolière – si l’on va par-là, on pourrait imaginer que tout le monde ne se déplacera plus qu’en trottinette solaire ou en vélo qui fonctionne avec les jambes. Par contre SI ça reprend comme prévu, dès que l’on va prendre conscience que ça va consommer pour de vrai ET qu’en plus on a réduit la production de 20 millions de barils par jour, il faudra peut-être envisager que les 40% de rebond de l’autre jour pourrait bien se reproduire à un moment ou un autre. Pour l’instant le baril se traîne à 20 dollars et des poussières, mais si ça ne tenait qu’à moi, je m’achèterais une station-service à ce prix-là. Juste pour le stock. Et pour les chocolats qu’ils vendent à la caisse.
Nouvelles du jour
Dans les nouvelles du jour, Trump a annoncé qu’il coupait les vivres à l’OMS – il les accuse de n’avoir rien vu venir au sujet du Coronavirus, contrairement à lui qui avait tout anticipé. À côté de cela, le Président est toujours en train de bosser sur un plan de sortie de confinement. On se réjouis déjà de voir. La Californie est en train de bosser sur son propre plan aussi – comme s’ils ne faisaient plus partie des USA. Aux USA toujours, Obama est sorti de sa boîte pour soutenir Joe Biden comme candidat à la Maison Blanche et Dieu sait si ça doit lui coûter au vu du nombre de conneries qu’il a dû étouffer quand Biden était son Vice-Président.
Autrement Toyota, VW et Renault vont commencer à rouvrir leurs usines après un mois de shutdown. AirBnB a encore levé un milliard, reste plus qu’à louer des apparts et les compagnies aériennes US ont chopé un premier bail-out du gouvernement US qui a mis 25 milliards sur la table pour soutenir l’industrie aérienne qui est au plus mal depuis le début de la crise et le grounding de la plupart de ses flottes. Ces 25 milliards font partie du package de 2.2 trillions d’aides fédérale. Petite anecdote marrante, on vient de se rendre compte que dans le cas de l’aide aux petites entreprises que les USA ont mis en place, les Hedge Funds ont également le droit de demander du soutien. Ô combien ironique, ils prennent 2% de management fees pour gérer l’argent des ultra-riches, plus 20% de performances fees et ils ont le droit demander de l’aide pour financer leur confinement dans les Hamptons – Make America Great Again.
Chiffres ?
Côté chiffres du jour, il y aura les CPI’s en France, en Italie et en Espagne. Aux USA, il y aura le NY Empire State Manufacturing Index, les Retail Sales, la production industrielle et manufacturière et les business inventories. Chiffres qui ne devraient pas vouloir dire grand-chose, tant on a anticipé le pire, visionnaires que nous sommes.
Pour ce qui est des trimestriels, il y aura ASML, Citigroup, Bank of America et Goldman Sachs. On regardera surtout ASML qui pourrait donner quelques insides sur le secteur des semi-conducteurs. En ce qui concerne les banques, il ne faut pas trop s’emballer si l’on se base sur ce qui a été publié hier par la concurrence. Actuellement les futures sont en baisse de 0.4% parce que soit disant nous anticiperions des prises de profits, à moins que Trump rouvre le pays demain.
Passez une excellente journée, bon yoga dans le salon et bon jogging sur le balcon, on se retrouve demain pour une journée supplémentaire de fine analyse du psyché du monde merveilleux de la finance.
Thomas Veillet
Investir.ch
« Quand vous voyez un flic dans la rue, c’est qu’y a pas de danger. S’il y avait du danger, le flic serait pas là. »
Coluche