de ces journées durant laquelle, si vous aviez une mauvaise nouvelle à annoncer, on vous aurait demandé poliment de la fermer. Autant il y a des jours où l’on sent que la dépression nous guette et que l’on n’a plus envie de rien, si ce n’est aller dans un bar pour entamer un apéro longue durée de l’ouverture à la clôture, autant il y a des moments où tout semble idéal, que les planètes sont alignées, que rien ne peut nous arriver, que l’ensemble des nouvelles vont dans la bonne direction et qu’en plus l’ensemble des politiciens qui nous dirigent décident de bosser dans la bonne direction. Sauf à Genève où ils sont tous occupés à gérer la guerre entre vélo et automobiliste que l’autre andouille qui s’occupe de la mobilité prend soin de construire jour après jour. Mais ailleurs, on était à FOND dans les bonnes nouvelles et HEUREUSEMENT qu’il y a une heure de clôture, parce que sinon on n’aurait jamais arrêté de monter. À un moment on même cru qu’il était dorénavant interdit de vendre.

L’Audio du 19 mai 2020

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Powell, le vaccin, Merkel et Macron

La « Dream Team » d’hier était composée de 4 éléments. Tout d’abord il y a eu Powell. On en a déjà parlé hier matin ; le patron de la FED a donné une interview dans le magazine 60 minutes sur CBS durant lequel il a exprimé ses craintes, sur le ralentissement économique qui nous attend, sur les possibilités de voir le chômage monter à 25% – comme dans les années 30 et sur le fait qu’il ne savait pas grand-chose, qu’il avait peu d’indications et de visibilité sur l’avenir. En revanche il a aussi dit qu’il ne fallait pas s’attendre à un ralentissement économique « aussi long et pénible » que dans les années 30 – et là on s’est souvenu combien c’était dur – puis, il a ajouté qu’il ne fallait pas parier CONTRE l’économie américaine. À partir de ce moment-là, de cet instant très précis, le marché a complètement effacé les moindres commentaires négatifs de Powell et s’est concentré UNIQUEMENT et SEULEMENT sur l’aspect positif. Entre le verre complètement vide et le verre qui déborde, on a choisi la seconde option, le ton était donné, la chasse aux ours était ouverte et le « moto » de la journée était : « À poil les shorts »

Puis il y a eu la seconde étape de la journée avec l’annonce de Moderna. Alors Moderna c’est une biotech qui était littéralement inconnue par le commun des mortels et qui valait 19 dollars au moins de mars. Hier elle a annoncé que ses tests cliniques sur la phase une du vaccin contre le COVID 19 fonctionnait très bien et que les patients qui avaient été injectés développaient des anticorps. Le titre a explosé de 20%, terminait la séance à 80$ et la capitalisation boursière frisait les 30 milliards. Ils auraient annoncé qu’ils se lançaient dans la fabrication de voitures électriques, le marché n’aurait pas mieux réagi. Dans la foulée la plupart des indices explosaient de joie, rajoutant à la bonne nouvelle de Moderna le fait que les Italiens assouplissaient la quarantaine et que les USA s’ouvraient encore un peu plus. À cet instant très précis, tout était au vert et on ne parlait que de croissance économique de retour, de consommation et de voyages en avion, puisque tout le monde s’emballait à la perspective de voir arriver un vaccin sur le marché dans trois semaines.

Pas aussi simple que ça

Bon, en ce qui concerne l’arrivée d’un vaccin, ça promet d’être un peu plus compliqué que ça, puisque le responsable du développement dudit vaccin chez Moderna a reconnu que Fauci avait raison et qu’envisager un vaccin avant 12-18 mois semblait un peu tiré par les cheveux. Mais on s’en fout, la FDA vient d’autoriser Moderna à passer en phase 2, on s’attend à la phase 3 cet été, c’est une nouvelle géniale et il n’y avait pas de quoi s’en priver. Juste après la clôture, la compagnie a annoncé qu’ils mettaient un partie de leur capital aux enchères, histoire de lever 1.25 milliard de menue monnaie pour la recherche. Enfin, on espère que c’est pour la recherche et pas pour les prochains comités d’entreprise à Hawaii.

Mais c’est pas tout

Après Powell et Moderna on aurait pu penser que ça allait suffire pour la journée. QUE NENNI ! Que nenni parce que Macron avait une conférence de presse téléphonique commune avec Merkel et les deux larrons avaient prévu une surprise de taille. En effet, les deux chefs de l’Union Européenne ont décidé de créer un fonds spécial de 500 milliards d’euros pour relancer l’économie dans les régions les plus touchées en Europe – on ne sait pas encore si les professions médicales en France vont en bénéficier, parce que vu que la distribution de médailles inventées par le gouvernement Macron ne semble pas suffire, va bien falloir trouver du cash – quoi qu’il en soit, si le reste des pays viennent-ensuite en Europe sont d’accord, ils vont emprunter de l’argent le distribuer allégrement pour relancer l’économie et le mieux dans tout ça, c’est que les récipiendaires de ce fonds n’auront jamais à rembourser un centime… free money pour tous… l’Euro-Millions enfin démocratisé ! Macron et Merkel vont rembourser cet argent en piochant dans les budgets des pays de l’Union ces prochaines années. En même temps, de deux choses l’une ; c’est le bordel dans les budgets depuis longtemps et en plus Merkel et Macron ne seront plus là dans 2 ans, bien trop occupés qu’ils seront à donner des conférences à 200’000 euros de l’heure dans les Université du monde entier.

Quoi qu’il en soit ; si vous mettez l’effet Powell, l’effet Moderna-on-va-tous-guérir-et-tous-sortir, plus l’effet Merkel-Macron bout à bout, vous avez un marché qui explose et qui s’arrête plus ou moins là où nous étions il y a une semaine.

Et là on se regarde tous en se disant : « Bon alors, on casse ou on casse pas ? ».

Qu’est-ce qu’on fait maintenant

La question à laquelle nous allons devoir répondre, si l’on veut continuer à monter, c’est de savoir si les bonnes nouvelles vont faire effet là tout de suite dès ce matin. Si ces annonces vont avoir un effet concret sur l’économie dans l’immédiat ou est-ce qu’il faudra attendre quand même 12 mois au moins pour que ça bouge. Non parce que je ne veux pas faire l’oiseau de mauvaise augure, mais disons que si le vaccin est prêt dans 18 mois, que le fonds européen est opérationnel dans 6 à 12 mois et que le chômage commence à baisser aux States en mars 2021, on va avoir de la peine à tenir le rythme haussier sur des vapeurs d’essence très longtemps… Parce que ça fait quand même au minimum une centaine de séance de trading devant nous avant que l’on ait un peu de concret… et vu la vision à court terme que l’on a actuellement, même si les nouvelles d’hier étaient euphorisantes et donnaient presque envie de se rouler dans le caviar, il semble qu’il y ait encore deux-trois obstacles à franchir avant la ligne d’arrivée… Mais passons.

L’Asie, l’or et le pétrole

Quoi qu’il en soit, ce matin l’Asie ne se pose pas de question ; les indices sont tous dans le vert et nul besoin de chercher d’autres arguments que ceux que je viens de vous exposer. Le Japon et Hong Kong sont en hausse de 1.7% et la Chine monte de 0.5%. Pour ce qui est de l’or et du pétrole, je voudrais tout d’abord m’excuser ; je n’en ai parlé hier.

En effet, j’ai reçu des plaintes comme quoi « pour une fois que ça bougeait, je n’en parlais pas ». Mea Culpa. Mea Maxima Culpa, j’avais la tête ailleurs. Probablement dans les nuages de Bonheur créés par Powell. Par contre, ce matin je vais en parler; l’or est à 1739$ et ne parvient toujours pas à démarrer. Il est clair que lorsque tout va trop bien comme en ce moment, personne ne veut penser à la thématique de la valeur refuge et de la protection anti-inflation, ni même au fait qu’une douzaine de lingots font une table de salon très élégante pour les 5 ans à venir. Néanmoins, le métal jaune continue de pointer dans la direction du Nord et son tour viendra.

Pour ce qui est du pétrole, c’est l’euphorie. Les journaux sont inondés de commentaires de la part de gens qui disent « je vous l’avais dit qu’il fallait acheter à zéro le mois passé » – alors je ne sais pas à qui et où ils l’avaient dit, mais disons qu’on va faire comme si on les croyait. Mais l’or noir est devenu le nouvel El Dorado, puisque depuis une semaine, il ne fait plus que monter et que l’ensemble du secteur pétrolier monte avec lui. Il faut dire qu’il y avait un sacré effet de base à rattraper et que le fait d’imaginer que la crise du COVID19 est terminée et que l’on va tous pouvoir repartir en week-end à Barcelone, Ibiza, Londres, Madrid, Glasgow et qu’Esayjet ne va plus savoir où donner de la tête, laisse supposer que la consommation va reprendre comme en quarante.

D’ailleurs on l’a vu hier à Wall Street, le pétrole prenait 10% pour fêter le retour de la consommation. Dans la foulée, la plupart des pétrolières faisaient de même, tout comme les compagnies aériennes. Compagnies aériennes au sujet desquelles on ne parle plus de faillite, sans compter que même Expedia prenait 20% hier soir. 20% de hausse alors que l’on ne sait même pas ni où et quand on va pouvoir partir et qu’hier je me suis encore fait refouler à la frontière. Bref, le pétrole est à 32$ et on frise l’euphorie un peu partout.

Nouvelles du jour

Côté nouvelles du jour, en dehors de revenir sur la journée d’hier qui était fantastique et du fait que l’on peut la revivre en Replay sur MyTF1 moyennant 14 heures de pubs insupportables toutes les 5 minutes – sans compter la 1214ème explication sur les gestes barrière et les règles de « distanciation sociale » qui semblent ne toujours pas avoir été comprises par une large frange de la population – et surtout chez les douaniers – Aujourd’hui on va beaucoup parler de Trump. Trump qui a annoncé se shooter à la Chloroquine à titre préventif – bien que le médicament n’ait toujours pas été validé pour ça – on en est presque à regretter que le Président ne s’injecte pas de la javel, juste pour voir si ça marche.

Dans le sillage de cette nouvelle qui est proprement hallucinante, on notera aussi que Trump veut couper définitivement tout financement de l’OMS et qu’il menace même de quitter l’organisation en tant que pays. Comme on ne peut pas en rester là, il y a Trump Junior qui laisse entendre que le COVID19 est une invention des Démocrates pour nuire à la campagne de papa et que mi-novembre, il n’y a aura plus de traces du virus. Visiblement, aux USA, la connerie se transmet exponentiellement de père en fils.

Pour le reste, les futures sont légèrement en baisse actuellement. Cette après-midi nous aurons à nouveau Powell qui va parler devant le Congrès – on se réjouit d’entendre ses nouvelles paroles d’encouragement et il paraît qu’il sera coupé au montage et qu’on n’entendra pas les paroles négatives. Il y aura aussi Mnuchin qui parlera et on scrutera attentivement tout ce qui peut être annoncé, surtout un nouveau package de « free money » distribué à la pelle.

Autrement, il y aura le Chômage en Angleterre, le ZEW en Allemagne et en Europe, en plus de Mnuchin et de Powell, il y aura Kashkari et Rosengren qui parleront.

Voilà, je crois que c’est à peu près tout ce qu’il y avait à dire ce matin. Passez une excellente journée et on se retrouve demain à la même heure pour préparer le pont de l’Ascension et savoir si on va le passer à Rolle ou à Versoix. Bonne journée à tous.

Ah oui, n’oubliez pas de prendre la température des marchés en vidéo sur Instagram, après j’arrête de vous le dire.. 

Thomas Veillet

Investir.ch

“France Is Just A Country You Drive Through To Get To Italy. That’s All It’s There For”

 

James May