Voilà, les ponts post-confinement du mois de mai sont donc terminés. On va pouvoir retourner au travail à peu près normalement et se demander ce qui a réellement changé depuis le début de la crise sanitaire. Non, parce qu’au début de la crise, lors de plusieurs envolées lyriques, les gens sont tous devenus des pacifistes convaincus, persuadés que tout allait changer dès que l’on pourrait ressortir. Bon, là tout de suite, après avoir passé une heure et trente minutes à lire à peu près tout ce qu’il y a à lire sur la finance mondiale, l’économie et tout ce qui tourne autour, le seul bilan que j’arrive à en tirer c’est que c’est le même merdier qu’avant et qu’il n’a rien de changé. Si ce n’est le fait que le seul truc qui nous fasse monter – et qui est réutilisé à toutes les sauces - c’est le fait que l’on rouvre les économies et que tout va donc redémarrer comme avant. Et que tout va bien se passer. Et que ça sera même mieux qu’avant. Enfin, sauf aux USA puisqu’à peine sortis de confinement c’est les émeutes raciales et Trump qui veut mettre l’armée dans la rue. Et sauf en Chine, puisque la Trade War repart de plus belle vu que Trump serre les boulons sur Hong Kong et que la Chine stoppe les importations de produits agricoles américains en contrepartie. Oui, c’est vrai entre le monde d’AVANT et le monde d’APRÈS, ça va clairement vachement mieux. Reste plus qu’à que l’on se rende compte que l’économie ne repart pas aussi vite que prévu et va falloir serrer les fesses un peu plus que prévu. Mais pour l’instant on profite du monde virtuel dans lequel nous vivons en se contentant de chiffres économiques « moins pire » et en se rassurant sur le fait que « tout va bien se passer », parce que tout va redevenir comme avant. Et dire qu’on nous disait que plus rien ne serait comme avant. Heureusement, nous à Genève on a des nouvelles pistes cyclables et des cyclistes qui sont devenus les justiciers de la route.

L’Audio du 2 juin 2020

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On nous aurait menti ?

En tous les cas, ce matin en lisant la presse internationale la première chose qui frappe c’est que le Coronavirus, le COVID19 comme on l’appelle dans le milieu des experts en virologie que nous sommes tous devenus en l’espace de 3 mois, le fameux virus tueur a été relégué en troisième page et c’est limite si l’on ne parle pas d’abord de foot. En l’occurrence on parlerait d’abord de foot, mais comme ça n’a pas vraiment repris partout dans le monde, il faut encore donner le change et faire croire que l’on prend encore le sujet économique très au sérieux. Quoi qu’il en soit, la crise sanitaire est reléguée en queue de peloton en ce qui concerne les news, on est bien plus concernés par le fait que tout est en train de rouvrir et que c’est la fête au village, surtout que dans les pays qui ont déjà rouvert, la seconde vague qui était tellement crainte semble être bien maitrisée et ce malgré certains comportements de distanciation sociale qui pourraient être qualifiés de « discutables ».

Maintenant que le sujet COVID semble plus ou moins clos et que visiblement on a cessé d’aller applaudir le personnel soignant qui sont redevenus des gens normaux qui font leur boulot et qui reçoivent des médailles du Président Macron pour dire merci. Que la plupart des politiciens qui étaient omniprésents à la télé pour donner leur avis ont totalement disparus, sauf à Genève où ils sont trop occupés à peindre des pistes cyclables un peu partout – mais c’est Genève donc c’est pas pareil – y en n’a point comme nous. – et que l’on a remplacé l’intérêt du COVID par la nouvelle guerre commerciale et politique entre la Chine et les USA et la prise de conscience des violences policières aux USA (parce qu’ailleurs ça n’existe pas). Maintenant que le nouvel ordre mondial est en place, le Monde d’Après comme on dit, on peut recommencer à se poser des questions sur le redémarrage de l’économie. Mais pas trop vite.

L’effet Placebo

Pour le moment nous sommes toujours en mode « placebo ». Si l’on fait abstraction des émeutes raciales aux USA – émeutes dont le monde économique se fout totalement, puisque si l’on on croit les experts sur le sujet, ce ne sont que des « mini-obstacles temporaires sur le chemin du recovery » – le monde de la finance se concentre principalement sur la prise de paris à propos du fait que tout redémarre et sur Ô combien on va retourner claquer du pognon dans les magasins et les restaurants – enfin, ceux qui n’auront pas mis la clé sous la porte. En tous les cas, pour le moment – et si l’on observe la journée d’hier et même de vendredi dernier ; l’optimisme reste de mise.

La question qui se pose, ce sont les « mesures » que Trump est en train de prendre pour protester contre les nouvelles lois chinoises à Hong Kong. Ce n’est pas tant le détail des mesures en question qui préoccupe, mais plutôt le fait que le président Américain est en train de mettre des gros coups de pieds dans un nid de frelons asiatiques et qu’en général ce genre d’activité du week-end se termine aux urgences avec – au mieux – la tronche d’Elephant Man. Et justement, cette nuit la Chine a décidé de stopper les importations de produits agricoles américains – importations qui faisaient justement partie du Trade Deal signé juste avant que l’on se rende compte que faire des barbecues de pangolin n’était pas super-bon pour la santé. Ce matin on peut donc clairement dire que le Trade Deal est virtuellement mort. Alors je sais bien qu’actuellement on préfère se motiver sur le fait que l’on peut tous ressortir, même s’il faudra encore attendre deux semaines pour aller en boîte de nuit, un peu plus pour faire des sports de contact, et que la prostitution tournera à plein régime tout soudain, mais pendant que l’on fête la libération – Trump et Xi sont en train de mettre des gros coups de hache dans les accords signés au début de l’année – ces mêmes accords qui nous avaient motivé pour aller chercher les plus hauts de tous les temps. Alors je ne veux pas jouer les corbeaux, mais disons que je demande juste combien de temps un PMI « moins pire qu’attendu »  – comme celui d’hier – suffira à motiver les gens pour acheter le marché. Combien de temps serons-nous capables d’espérer que ça redémarre pour de vrai et de nous contenter de chiffres économiques asthmatiques ? je serais tenté de dire « un certain temps » mais en tous les cas, ce n’est pas avec CE MONDE d’après que l’on voit sur CNN que ça sent l’euphorie et la joie de vivre pour les 12 prochains mois. Enfin, pour l’instant cela semble suffire et l’effet hallucinogène de la libération booste suffisamment nos endorphines pour pousser les indices toujours plus hauts.

Ce matin

Ce matin c’est donc les tensions Sino-Américaines qui mettent un peu le couvercle sur la hausse. Ce n’est pas non-plus la panique, mais les futures sont en baisse de 0.5%, la Chine recule de 0.11% et le reste de l’Asie s’en fout complètement puisque Tokyo est en hausse de 1% et Hong Kong de 0.4%. En gros, on reste quand même vachement motivé et la destruction des accords économiques du Trade Deal semble intéresser le monde de la finance à peu près autant que le salaire des gens qui travaillent dans la santé et le médical. Il semblerait donc que l’effet FOMO et l’effet « tout va bien se passer, on s’en est sorti » est le médicament contre la déprime qu’il nous fallait.

L’or est à 1752$ et on se demande presque s’il n’est pas capable d’aller plus haut. En tous les cas si nous sommes adeptes de la théorie du complot, cela parait évident qu’il faut en avoir. Surtout aujourd’hui. En même temps, ces dernières semaines, à chaque fois que l’on a tenté la cassure, on se l’est reprise en pleine figure. Pendant ce temps, le pétrole n’intéresse plus personne vu que tout va bien se passer. Le baril est à 35.65$.

Nouvelles du jour

Si l’on fait abstraction de Trump qui veut la garde nationale dans la rue pour stopper les émeutes, de Trump qui se prend la tête avec la Chine et du fait que l’on se frotte les mains à cause du déconfinement et du fait que l’on ne parle plus du tout – ou presque – du COVID19, il y a tout de même deux-trois autres nouvelles qui vont nous occuper 5 minutes ce matin. On notera que MoneyGramm se fait avaler par Western Union, qu’Emirates annonce des licenciements en masse à cause des effets de la crise – ah bon ? Mais je croyais que tout repartait comme avant ? – il y aussi les employés de Facebook qui s’en prennent à leur patron parce qu’il n’est pas assez anti-Trump à leur goût et qu’ils préfèreraient que Zuckerberg lui coupe ses canaux de communication. En fait aux USA la liberté des uns s’arrête là où ça dérange les autres. Citigroup pense que les investisseurs devraient se mettre « cash » parce que la hausse qui se forme actuellement se forme sur des espoirs qui vont être déçus dans les mois qui viennent.

Très bon résumé de ce qui se passe actuellement – Merci Monsieur Barrigue

Chez Goldman Sachs, c’est au dollar que l’on s’en prend, la banque qui sait tout propose de se mettre short dollar durant la phase de réouverture des économies. Pendant ce temps l’OMS dit que le Coronavirus peut encore faire du mal et reste un virus tueur, mais là tout de suite, tout le monde s’en fout. Dans la foulée, l’OMS regrette que les USA quittent l’organisation et supplie Trump de « collaborer », mais là c’est Trump qui s’en fout.

Pour ce qui est des chiffres économiques, il n’y aura rien, si ce n’est les chiffres des ventes de détail en Suisse, mais je crois que ça va peut impacter la vie fabuleuse des bourses mondiales. En attendant qu’il se passe quelque chose de nouveau, je vais m’empresser de vous souhaiter une très belle journée, profitez-en bien puisque l’apocalypse météorologique arrive il paraît, mais ça c’est pas grave parce que comme l’on peut commencer à ressortir, ça va être trop facile. Si ça se trouve le monde d’après sera même mieux que le monde d’avant. Enfin, il paraît parce que là tout de suite, j’ai de la peine à voir les différences.

À demain.

Thomas Veillet

Investir.ch

“The limitation of riots, moral questions aside, is that they cannot win and their participants know it. Hence, rioting is not revolutionary but reactionary because it invites defeat. It involves an emotional catharsis, but it must be followed by a sense of futility.”

 

Martin Luther King Jr