Premier jour de la semaine aux USA et on sent que la conviction n’est pas tellement là. On a tenté de casser les supports, mais par je ne sais quel miracle, les indices sont remontés et terminaient au-dessus de la surface, là où on pouvait encore respirer. Mais par contre, on n’a pas l’impression que c’est gagné. Quand on voit l’appétit au risque du côté des investisseurs, on se dit qu’il va falloir un peu plus que l’impression qu’un jour peut-être la FED sera plus gentille pour déclencher un vrai rebond. Et puis on a aussi le sentiment que les gens en ont tout simplement ras-le-bol d’enchaîner les crises les unes après les autres, sans que l’on ait quelques années de répit.

L’Audio du 7 septembre 2022

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Jamais de vacances

Ce mardi aura été clairement placé sous le signe du doute. Tout d’abord on a des chiffres de l’ISM aux USA qui montrent que l’économie va bien et que tant que l’économie montre des signes de « bonne santé », on est plus ou moins certain que la FED ne va pas descendre de son trône de faucon et nous montrer un drapeau blanc avec lequel nous pourrions envisager une trêve. Du coup, on en est quand même à espérer des mauvais chiffres économiques pour que la FED arrête d’être aussi agressive. Ce n’est quand même pas très instinctif comme métier. Espérer des mauvaises nouvelles pour que l’on ait envie d’investir sous le prétexte fallacieux que la FED va se détendre, ça devient un tout petit peu angoissant comme réflexion. Et ce, strictement sur le plan intellectuel. Bon, en même temps quand on regarde les réseaux sociaux et les émissions de télé actuellement, on sait tout de suite que l’on ne part par non plus sur du QI supérieur à 45.

Tout ça pour dire que nous nous retrouvons un peu au milieu de nulle part et que comme, mis à part espérer des chiffres économiques tous pourris pour que ça nous soulage ou souhaiter que le Bitcoin remonte parce que c’est un signe du retour de l’appétit au risque, nous n’avons pas grand-chose d’autre à faire que compter les kilowatts que l’on consomme en allant 22 fois par jour sur instagram ou attendre patiemment ce que va faire la Banque Centrale Européenne de Christine Lagarde demain après-midi. On ne peut que se refaire la liste de ce qui ne va pas et se demander s’il ne vaudrait pas mieux partir en vacances à la plage et c’est là qu’on se rend compte que les vacances, c’est fini et que là devant nous, il faut encore se farcir le mois de septembre et le mois d’octobre avant que le Wall Street Journal et le Barrons commence à s’autoriser à parler de Christmas Rally. Oui, parce que même si les boules de Noël et les guirlandes clignotantes seront interdites cette année pour des raisons d’économie d’énergie, Noël aura quand même lieu et on aura même le droit de s’offrir des fourrures polaires à 400 balles de chez Norrøna ou Mammut (histoire d’avoir chaud avec classe cet hiver) et des panneaux solaires, parce que ça fait plaisir au gouvernement.

Après bientôt 9 mois, on en est où ? debleu !

Il est vrai qu’hier nous étions mardi et ce matin nous sommes mercredi. Le truc le plus important de la semaine, ça sera demain avec la BCE et la semaine prochaine avec le CPI. D’ici-là, on peut brasser de l’air tant qu’on veut en se raccrochant à des chiffres économiques que l’on ne regarde jamais habituellement, mais mis à part meubler la séance, on doit quand même admettre que l’on n’est pas beaucoup plus avancés qu’avant. Mais par contre, pour le moment, alors que nous sommes au milieu de nulle part et que l’on a compris qu’à moins d’un miracle dont seules les bourses mondiales ont le secret, Monsieur Powell ne sera plus notre ami pendant un moment. On peut prendre le temps de se rappeler de là où nous sommes, sans trop se cacher la tête dans le sable et se rendre compte que tout ne va pas si bien que ça.

Tout d’abord, il y a l’inflation. On a tous bien compris le concept, depuis que le COVID est passé par là, on nous a inondé de pognon avec des taux à zéro pour essayer ne pas laisser couler l’économie. Le problème, c’est que du coup, maintenant on a allumé un feu que l’on n’arrive pas à éteindre et qu’il faut remonter les taux à toute vitesse pour tenter de faire un contre-feu. Sauf que le contre-feu va en même détruire l’économie. C’est en tous les cas la crainte du moment. Soft-landing ou hard-landing, c’est la question que tout le monde se pose. Hier un des stratèges de Goldman Sachs a encensé la FED et Monsieur Powell en estimant qu’ils étaient sur le bon chemin pour faire un « soft-landing ». Le discours faisait quand même un peu lèche-bottes, mais quand t’es stratège chez Goldman, le prochain job c’est forcément un truc dans l’administration, donc autant se mettre bien avec tes futurs-employeurs-éventuels.

Pas tous d’accord pourtant

Ce qui est rigolo dans cette déclaration, c’est que dans la foulée on a eu Krugman – prix Nobel d’économie quand même – qui a dit que la FED « pourrait » aboutir à un soft-landing, mais il faudrait qu’ils arrêtent de monter les taux comme des bourrins et le faire plus « graduellement ». Ça fait déjà un qui n’est pas d’accord avec Goldman Sachs. Et puis il y a la concurrence, puisque le stratège de Morgan Stanley pense, lui, que le marché doit aller plus bas pour retrouver des valorisations plus réelles. Il parle de 3’400 sur le S&P500, voir 3’000 en cas de vrai récession. Pas vraiment un soft landing selon mes critères personnels. Non parce que si vous me faites sauter du 14ème étage en me disant : ça va bien se passer ! Je ne suis pas certain que mes genoux seront d’accord sur le principe. Surtout quand ils passeront à travers ma cage thoracique.

 

La première vidéo de la véritable histoire des marchés boursiers où on baisse la clim, on fait tout à la bougie et on approche d’une empreinte carbone de zéro

Mais bon, pas de raison d’avoir peur parce qu’une vraie récession, on ne sait plus ce que c’est vu que la défnition officielle change tout le temps et que de toutes manières, Biden ne s’en souvient jamais. Déjà qu’il ne sait pas toujours s’il s’appelle Biden ou Obama et s’il est en guerre contre le Sud des Etats-Unis ou contre les Russes. Oui d’ailleurs en plus de l’inflation et de la récession, il y a la guerre en Ukraine qui pose pas mal de problème, vu que déjà les chaînes d’approvisionnement ne sont pas au top depuis le COVID, mais en plus maintenant on vient d’apprendre que tout, ABSOLUMENT TOUT, vient d’Ukraine. On est donc très mal, sans compter les sanctions.

Les sanctions boomerang

Les Européens, le nain de l’Elysée en tête, ont donc décidé de montrer à Poutine qui c’était le patron. Ils ont sanctionné, ils ont menacé et ils ont roulé les mécaniques. Sauf que six mois plus tard, à l’aube de l’hiver, Poutine vient d’annoncer qu’il fermait les robinets du gaz jusqu’à que les sanctions soient levées. Ça s’appelle l’effet boomerang. Bon, après on se dira que c’est pas grave, parce que Manu de Paris #LeRoicestmoi #PrésidentdelaFrance a trouvé la parade. Selon son dernier discours, il suffit de, je cite : « baisser un peu la clim ». On se réjouit donc, à l’aube de Noël, de baisser la clim pour économiser l’énergie et participer à l’effort de guerre contre la Russie. En Suisse on est déjà allé plus loin, puisque les bons Suisses qui auront l’outrecuidance de « trop chauffer » cet hiver, pourront être amendés et pour ceux qui en plus de trop chauffer ne portent pas un bonnet Crédit Suisse durant l’hiver, ces rebelles de toute dernière génération, pourront même aller en prison.

Et ça, c’est sans compter que les sociétés qui fournissent l’électricité sont à peu près toutes au bord de la faillite parce qu’elles ne peuvent plus payer l’électricité qu’elles doivent acheter pour nous la revendre à prix d’or et que comme elles ne peuvent plus fonctionner normalement, les gouvernements vont devoir mettre la main au portemonnaie et leur sauver les fesses. Ensuite ils devront sauver les fesses du citoyen qui ne peut plus payer ses factures d’électricité, parce que les boîtes qui se font sauver le cul par le gouvernement – donc nos impôts, vont aussi DEVOIR prendre des marges histoire des gagner un peu de pognon quand même. Tout ceci aidant bien sûr à garder l’inflation au plus bas…

En gros : « Vous avez aimé le BAILOUT des banques en 2009 ? Vous allez adorer le BAILOUT du secteur de l’énergie en 2022 !!! ».

Mais tout va bien

Non, vraiment, en écrivant cette chronique, je me rends vraiment compte que nous sommes au top de notre jeu. Et encore, je ne suis pas encore arrivé au fait que la Chine est en train reconfiner la plupart des grandes villes de production industrielles pour la 123ème fois, sous prétexte qu’il y a un type qui a éternué à Chengdu. Que le pétrole s’est pris une baffe hier, parce que la Chine va encore moins en consommer parce que, justement, ils reconfinent pour la 123ème fois et qu’ensuite on se rendra compte que les mesures de soutien du gouvernement chinois ne suffisent pas à relancer l’économie et que si la Chine est en récession, ça ne va pas forcément aider. D’ailleurs ce matin les indices asiatiques sont tous dans le rouge, surtout à Hong-Kong.

Le Baril est à 85.30$, l’or à 1702$ – de retour sur son support des 1700$ pour la je-ne-sais-plus-combientième-fois et le Bitcoin, qui est censé démontrer notre « envie de prendre des risques » est en train de nous démontrer que l’on a surtout envie de se coucher par terre en position fœtale et d’arrêter de respirer jusqu’à qu’il nous arrive quelque chose. Le Bitcoin qui ira à 100’000 un jour à Noël, se traite actuellement à 18’700$

L’Asie en embuscade

Dans les nouvelles du jour, on notera que les Européens envisagent de baisser les taxes pour compenser les factures d’électricité, comme ça ils encaisseront moins de pognon et ils vont devoir emprunter pour pouvoir faire un BAILOUT sur les sociétés d’énergie qui risquent la faillite. Comme l’investisseur moyen rêve de prêter à un gouvernement (européen qui plus est), on n’a pas fini de rire et l’hiver sera chaud en termes de stratégies gouvernementales sur le vieux continent. Peut-être moins chaud dans les salons, mais dans les hémicycles, on va se marrer. Et puis il y a Apple qui va présenter son iPhone 14 avec une nouvelle fonctionnalité géniale : il sera encore plus cher.

Il y a aussi Biden qui se réjouit de rencontrer Xi-Jinping au G-20 – enfin, si Xi-Jinping va au G-20. Pendant ce temps, il y a Bill Ackman qui pense que le marché va bientôt faire « son bottom », reste à savoir quand exactement. Mais le Hedge Fund manager estime que la baisse de l’inflation va accélérer et dès que cela sera enclenché, la FED va baisser les taux et ça sera le signal d’achat pour le nouveau Bull Market. Et puis, pour terminer dans la thématique énergétique ; la Californie a demandé à ses habitants d’économiser le plus possible l’électricité parce que le réseau ne tient plus le coup. Je suis presque prêt à parier que dans 10 jours, ils vont interdire « momentanément » les voitures électriques. Et ce jour, je promets de ne pas rire.

Salade de chiffres

Aujourd’hui il y aura la production industrielle en Allemagne, le Beige Book, le Trade Balance et la numéro 2 de la FED qui parlera. En attendant, moi je vais faire un stock de bougies pour économiser l’électricité et je voulais aussi faire un stock de PQ, mais la société qui en fabriquait, Hakle, est en faillite. C’est à se demander comment c’est possible après la phase COVID et les troupeaux de débiles qui en ont acheté trois tonnes, ça doit encore être un coup de l’Ukraine.

Bref, c’est pas tout rose ce matin et les futures sont déjà dans le rouge parce qu’il va faire tout noir ! Passez quand même une très belle journée.

Et à demain !

Thomas Veillet
Investir.ch

“Unless you’re looking to make me breakfast tomorrow, I think we’re done.”

– Harvey Specter.