L’économie va bien, mais la Chine va mal. Si la Chine va mal ça va ralentir l’économie – ce qui est bien pour l’inflation – mais si les ventes de détails sont trop fortes, ça voudrait dire que les taux pourraient rester élevés pour plus longtemps que prévu (mais c’est pas sûr). Du coup on ne sait pas trop si la conjonction des ventes de détails et du plantage de frein chinois sont une bonne ou une mauvaise nouvelle. Dans le doute, on a baissé en écoutant ces abrutis d’analystes de chez Fitch qui font part de leurs états d’âme sur le net et on attendra la publication des chiffres de NVIDIA dans une semaine pour racheter. Je crois qu’il est temps de prendre des médicaments.

L’Audio du 16 août 2023

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Camisole de force

Nous ne sommes que mercredi matin et je crois pouvoir dire sans me tromper que nous sommes passés par à peu près tous les états qu’un investisseur peut connaître lors de sa carrière en moins de 48 heures. Enfin, peut-être pas tous les états sauf l’euphorie totale et la panique absolue, mais pour le reste on a déjà eu une bonne idée de ce qui fait que Wall Street est Wall Street. Surtout au niveau de l’instabilité, de l’incertitude et de la bêtise.

Hier les indices boursiers américains ont terminé en-dessous de la moyenne mobile des 50 jours et soudainement c’est bien plus moche que lundi matin. Lundi matin où tout le monde se foutait pas mal de ladite moyenne mobile des 50 jours. Oui, mais là c’est pas pareil parce que le S&P500 est AUSSI passé sous les 50 jours et qu’en plus on n’est plus très sûr que l’on sait ce que l’on fait et surtout ce que LA FED va faire sur les taux. Alors oui, bon, ne paniquons pas non plus, si l’on en croit les derniers sondages dont nous sommes friands, il y a toujours 89% des EXPERTS qui sont convaincus que la FED ne montera pas les taux en septembre (contre 90.5%, lundi soir à 22h12). Mais depuis que les ventes des détails pour le mois de juillet ont été publiées hier soir, on se demande plutôt si UN JOUR la FED rebaissera les taux ,tout simplement.

Les ventes de détail à crédit avec le fric que l’on n’a pas

Donc hier nous avons appris que Joe American – qui est endetté à des niveaux que l’on n’a jamais vu depuis le rachat de la presqu’île de Manhattan pour 60 florins en 1626 – a continué de dépenser allégrement (et plus que les attentes des Dieux de la finance) durant le mois de juillet. Les Dieux de la finance précités s’attendaient donc à une hausse des 0.4% des ventes de détail, mais c’est sorti à 0.7%. En résumé, les gars sont endettés comme jamais, leur gouvernement est encore plus endetté qu’endetté et ne s’en sortira jamais, mais tout le monde continue d’aller faire du shopping le week-end, parce que c’est quand même trop cool de se balader avec un sac à main Hermès ou une paire de Nike Air Force One avec le logo à l’envers pour le prix d’un loyer mensuel. C’est vraiment très chouette et pour le reste, c’est pas grave, il y a MasterCard, Visa et American Express. On n’est quand même pas à 1’000 milliards près.

La nouvelle était soit bonne, soit mauvaise. C’était une question d’interprétation. Les fans des verres à moitié plein se sont dit que c’était une bonne nouvelle parce que ça veut dire que l’économie va bien et les passionnés des verres à moitié vide, se sont dit que c’était clairement la merde, parce que l’on voyait mal quand et comment la FED allait faire pour baisser les taux UN JOUR. Surtout qu’actuellement notre vision étant limitée à la clôture de la séance du jour dans le meilleur des cas, on se projette assez mal dans le futur. Il faudra donc retenir qu’hier soir à 22h00, l’optimisme n’était pas la première qualité du monde merveilleux de la finance – le contraire de là où nous étions 24 heures auparavant. Mais dans le même état psychologique que lundi matin à l’ouverture. Non, pour être franc, quand j’observe les bourses mondiales actuellement, la seule chose qui me vient à l’esprit, c’est la chanson de Claude François « Chanson populaire » – surtout quand il dit : « ça s’en va et ça revient », avec la chorégraphie et tout et tout…

La Chine et la bêtise humaine

Mais les ventes de détail n’était pas la seule chose qui auront occupé notre journée d’hier. Non, parce qu’il y avait encore la Chine qui nous obsédait et les analystes de chez Fitch qui hésitent à s’autoriser un truc. L’histoire de la Chine, ça n’est rien de nouveau puisqu’un jour sur deux on est optimiste parce que Xi-Jinping va inévitablement nous stimuler l’économie à coup de plan économique miracle et L’AUTRE jour sur deux, on est pessimiste parce que l’économie chinoise, elle va vraiment pas bien pour qu’ils aient besoin de baisser les taux directeurs encore une fois. Pour faire simple ; on aimerait bien un stimulus économique, mais quand la banque centrale baisse les taux pour STIMULER l’économie, on a peur parce qu’on se rend compte que ça va VRAIMENT PAS BIEN. De là à penser qu’on est un peu con par moment, il n’y a qu’un pas que je ne franchirais pas.

En revanche, si on veut parler de gens qui sont un peu cons, on peut largement aborder le sujet du troisième problème de la journée d’hier : les analystes de chez Fitch qui étalent leurs états d’âme dans la presse avant d’avoir pris la moindre décision. Oui, hier, l’agence de rating qui a fait parler d’elle il y a deux semaines en baissant la note de crédit des États-Unis, a visiblement pris goût à la popularité médiatique puisqu’hier ils ont décidé de venir parler ouvertement de leur réflexion du moment dans les médias financiers. Avant, dans l’ancien temps, quand le privilège de l’information était réglementé et que l’on ne pouvait pas dire n’importe quoi sur les marchés financiers sans respecter un certain code, une certaine éthique ; les agences de rating bossaient sur un sujet, écrivaient un rapport PUIS FINALEMENT COMMUNIQUAIENT leur décision de manière officielle à tout le monde en MÊME TEMPS. Sauf que depuis quelque temps, vu qu’il est plus important d’avoir 1 million de followers sur Instagram que d’appliquer une certaine déontologie, les gars ont décidé de publier ouvertement leur réflexion AVANT de prendre la moindre décision.

ON s’autorise à penser dans les milieux autorisés

C’est ainsi qu’hier nous avons appris que les guignols de Fitch étaient en pleine réflexion et en pleine hésitation – parce qu’ils ne sont même pas convaincus eux-mêmes – sur le fait que si les taux restent élevés et que la courbe des taux reste inversée, ils POURRAIENT ÉVENTUELLEMENT PEUT-ÊTRE MAIS C’EST MÊME PAS SÛR ; downgrader les banques. Alors oui, vous me direz que c’est pas nouveau parce que Moody’s l’a déjà fait la semaine dernière et que tout le monde s’en foutait parce que c’est pas nouveau et que TOUT LE MONDE SAIT QUE LES AGENCES DE RATING ont le même sens du timing que Donald Trump qui se présente à la présidence l’année où il va aller en taule, mais cette fois c’était pas pareil, parce que FITCH hésite à downgrader les GROSSES BANQUES – pas les petites qui sont pas systémiques et qui peuvent faire faillite ou se vendre à bon marché – non, les GROSSES BANQUES systémiques que l’on doit sauver aussi sûrement que l’on doit sauver le soldat Ryan.

Du coup forcément, on n’a pas trop aimé. Ben oui ; entre les taux qui vont PEUT-ÊTRE ne plus jamais baisser, la Chine qu’on aimerait bien qu’elle soit stimulée, mais ça dépend les jours et les banques qui POURRAIENT ÉVENTUELLEMENT PEUT-ÊTRE MAIS C’EST MÊME PAS SÛR être downgradées, il n’y avait pas de quoi se prendre pour Gordon Gekko et se faire tatouer un bull sur le front. Résultat : le S&P500 terminait sous la moyenne mobile des 50 jours, tout comme le Nasdaq, le SOX et l’indice des bancaires américaines. Ça commençait à faire un peu trop de monde. En Europe c’était pas mieux. Le CAC40 est aussi sous la moyenne, tout comme le DAX, le SMI et LVMH qui fait encore mieux en allant chercher la moyenne des 200 jours ! Il n’en fallait pas plus pour que l’on commence à parler d’inversement de tendance, de correction possible ou de mauvaise saisonnalité. Mais que l’on se rassure, on n’a pas encore commencé à parler de fin du bull market.

L’avenir est serein

Non on n’a pas peur sur le long terme. Je rappelle qu’à l’heure actuelle, un investissement LONG TERME, ça veut dire : « jusqu’à vendredi soir ». Mais on n’a pas peur quand même parce que si l’on prend le temps de lire la presse de cette nuit, on est bien d’accord sur le fait que la tendance n’est pas trop notre amie depuis quelques jours et que ces craintes sur les taux et la Chine sont pesantes, mais il y a aussi une quasi-certitude qui plane au-dessus de nos têtes, c’est le fait que Nvidia va publier ses chiffres trimestriels le 23 août et que les chiffres en question seront tellement bons que tout le monde va venir racheter le marché et fêter l’avènement de la divine Intelligence Artificielle le 24 août au matin. En résumé, faites ce que vous voulez, achetez des puts, achetez de la volatilité, shortez des futures ou même : shortez Tesla, mais le 23 au soir, il faudra être à nouveau en mode bull market. C’est le plan de marche du moment. Donc ce matin, là tout de suite, la Chine est en baisse de 0.25%, Hong Kong recule de 1%, tout comme le Japon et ce, pour les mêmes raisons qu’hier, mais on reste convaincu de la hausse pour la semaine prochaine. Alors on rachète sur faiblesse et on arrête de couiner.

Pour le moment le pétrole s’est pris les pieds dans le tapis et revient sur les 80$ depuis que la Chine ralentit à la vitesse de la lumière et que tout le monde est d’accord que plus personne ne fera le plein cet été. Surtout avec le gallon qui frise les 4$ aux USA. L’or est à 1935$ et le Bitcoin n’est plus qu’à 70’750$ d’atteindre les 100’000$. Pour le reste, on a l’impression que ce matin est un jour férié tellement il n’y a pas de nouvelles, il ne nous restera donc qu’à contempler les préoccupations de la veille en attendant la publication du PIB et de la production industrielle en Europe. Puis ensuite on se concentrera sur le les permis de construire aux USA, ainsi que sur leur production industrielle, avant de se mettre dans les starting-blocks pour les MINUTES DU FOMC MEETING DU MOIS DE JUILLET qui seront publiées en fin de journée. Oui, vous avez bien lu, ce soir on va enfin pouvoir relire en détail ce que Powell nous a déjà dit en juillet – histoire de voir s’il ne nous a pas modifié la ponctuation du communiqué de presse, ce qui pourrait de facto changer notre vision sur les taux d’intérêts. Et puis avant l’ouverture nous pourrons contempler les chiffres trimestriels de Target (avant-première de Walmart de demain) et après la clôture, il y aura Cisco qui publiera également.

D’ici-là, il me reste à vous souhaiter une excellente journée et moi, comme je suis en déplacement pendant 48 heures, je vous retrouve vendredi matin pour la suite des évènements, histoire de voir si la Chine a été stimulée par autre chose qu’une baisse des taux. Que la force soit avec vous et à vendredi !

Thomas Veillet
Investir.ch

“You must unlearn what you have learned.”
– Yoda