Pour être franc, je ne sais pas si le changement d’année va réellement changer quoi que ce soit à ce marché qui semble de plus en plus débile, mais disons qu’il me semble que ça ne nous fera pas de mal de parler d’autre chose que d’inflation qui baisse, de banques centrales qui maîtrisent le sujet, du nombre de fois que les taux baisseront en 2024 et surtout ; de la date à laquelle ils commenceront à baisser. Depuis que la FED s’est lâchée mercredi soir, les marchés qui n’arrivaient plus à baisser, n’y arrivent toujours pas et les théories les plus optimistes continuent d’inonder le marché en faisant bien attention de ne pas mentionner la moindre mauvaise chose qui pourrait faire douter…

L’Audio du 15 Décembre 2023

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Toujours plus haut

Je ne vais pas vous faire un dessin sur ce qui s’est passé hier, puisque c’est globalement ce qui s’est déjà passé mercredi. Les intervenants sont au bord de l’orgasme parce que la FED n’est visiblement plus HAWKISH et que les taux ne monteront plus. On peut même ENFIN oser dire que la FED a pivoté et maintenant nous sommes tous partis à la recherche de la date à laquelle les taux baisseront en 2024. La certitude se trouver quelque part au mois de mai, mais les plus optimistes – 21% selon un dernier sondage dans les bars de Wall Street – sont déjà en train de parier sur une baisse en janvier. Nous sommes définitivement entrés au pays des Bisounours et on a presque l’impression… NON… on A l’impression que c’est devenu trop facile.

Le Dow Jones enquille les records historiques, Apple aussi. Et ça ne choque plus personne d’imaginer que certaines valeurs ont rebondi de plus de 30% depuis le premier novembre, ils sont même prêts à en acheter encore et encore en imaginant que ça pourrait facilement doubler quand les taux vont commencer à baisser. Oui, parce que c’est le nouveau jeu qui va faire fureur en 2024 : combien de fois on va baisser les taux l’année prochaine. La FED parie sur 3, mais le marché sur beaucoup plus. Et le marché aura raison, puisque depuis mercredi nous savons que la FED est à notre botte et qu’elle est prête à tout pour nous faire plaisir.

Il est temps

Il est vrai que dans l’euphorie ambiante, nous avons tout de même oublié qu’en l’espace de 2 semaines, Powell et ses potes sont passés de : « il est trop tôt pour considérer une baisse des taux » à « OK ; il est temps de penser à baisser les taux ». On peut quand même se demander ce qui s’est passé en l’espace de 15 jours et il ne faut pas me dire que c’est le CPI de mardi dernier qui a tout changé.

Bref, tout ça pour dire que l’on nous a annoncé il y a quelques semaines que le marché chinois avait commencé à restreindre les ventes d’actions pour limiter la pression sur les marchés – chose qui aurait pu faire hurler les bons capitalistes que nous sommes – mais visiblement, sous nos contrées, il n’y a pas eu besoin de mettre des lois en place. La plupart des intervenants sont en mode ACHAT et rien ne semble vouloir remettre en question la hausse de ces dernières semaines, même si certains graphiques ne ressemblent plus à rien, les tendances étant quasiment verticales.

Same player shoot again

Si l’on doit résumer la séance de jeudi, on peut faire un copié/collé de celle de mercredi :

– L’inflation ne montera plus jamais
– Les taux vont baisser
– Le pétrole baisse aussi et c’est bien pour l’inflation
– Les rendements se pètent la figure et c’est encore mieux
– Et puis surtout : la tech et l’intelligence artificielle ; c’est l’avenir et ça va faire tellement de fric durant les 57 prochaines années, que c’est quand même mieux d’arrêter de bosser, d’acheter des Nvidia et d’attendre que ça fasse fois 10 pour partir à la retraite

Pendant que les marchés s’excitent et refusent définitivement d’envisager la moindre prise de profit et s’emballent sur la moindre bonne nouvelle : Rivian qui explose parce qu’At&t a signé un contrat avec eux, Moderna qui bondit de 9% parce qu’ils développent un vaccin contre le cancer qui sera sûrement dispo pour dans 10 ans, Foot Locker qui prend 10% sur un upgrade et Adobe qui se fait taper dessus parce que ses chiffres du trimestre étaient en-dessous des attentes des Dieux Visionnaires de la finance. Et pendant que nous naviguons dans ce monde parfait dirigé de mains de maître par la liquidité du marché qui ne va que dans un seul sens et où les fondamentaux macro-économiques ne veulent plus rien dire, il y a de plus en plus de monde comme Gundlach ou Rosenberg qui disent que ça pue et qu’on va se la prendre.

Rien à carrer

Mais tout le monde s’en fout, la seule direction qui nous intéresse, c’est la hausse. Hier il y a bien eu les réunions des banques centrales européennes, suisse, anglaises et norvégiennes, mais l’impact sur le marché aura été absolument nul. La Suisse n’a rien fait et de toutes façons on sait que les mecs ont une tellement haute opinion d’eux-mêmes que j’ai arrêté d’écouter ce qu’ils disent. Les Norvégiens ont monté les taux parce que l’inflation est trop forte – mais qui se préoccupe de la Norvège, mis à part pour aller skier – les Anglais n’ont rien fait et Lagarde non plus. La seule chose que l’on aura retenu des déclarations de la BCE, c’est qu’ils étaient clairement « MOINS DOVISH » que Powell, mais qu’ils attendent tout même un peu de croissance ces prochains temps. Dans les 0.6% de croissance, alors que l’inflation devrait quand même remonter prochainement.

Les déclarations de la BCE qui avaient l’air un peu moins arrangeantes que celles de FED ont eu à peu près autant d’impact qu’un piqûre de moustique sur le cul d’un éléphant. Le plus important, c’était quand même que la FED va bientôt baisser les taux et que la tech, c’est quand même trop génial comme investissement. C’est étrange ces flash-backs que j’ai régulièrement. Des flash-backs qui me rappellent le premier trimestre de l’an 2000, cette période bénie où rien ne pouvait empêcher le marché de monter… Jusqu’à qu’il commence à baisser.

L’euphorie est partout

Et puis le délire est partout, puisque même si la FED va baisser les taux américains au mois de janvier (si ça se trouve), le Hang Seng explose de plus de 3% pour fêter ça. Le Japon est en hausse de 1% et la Chine monter de 0.3% après de « bons chiffres » sur la production industrielle. Je crois d’ailleurs que ça faisait bien longtemps que je n’avais plus écrit « bons chiffres » et « Chine » dans la même phrase. Et si ça se trouve nous sommes dans un monde parfait où l’inflation va aller sagement à 2%, où la croissance économique chinoise va repartir en douce et où l’intelligence artificielle va tout changer, pendant que les taux retournent à zéro et où les banques financeront votre appartement à la montagne à 0.5% – taux fixe sur 114 ans.

Pendant ce temps, le pétrole est à 71$, l’or est à 2050$ et le Bitcoin est à presque 43’000$. Autrement, pendant ce temps, le secteur solaire s’envole parce que les taux vont baisser et que ça va être facile de se financer à l’avenir. Intel a validé une nouvelle « puce spécial intelligence artificielle » pour faire concurrence à AMD et Nvidia. L’Europe ne veut plus financer l’Ukraine, mais par contre ils veulent bien la faire rentrer dans l’Europe – comme ça on pourra dire que la Russie a attaqué l’Europe, ça va sûrement aider à faire bouger l’OTAN. Rien que l’idée m’enthousiasme presque autant que de voir le S&P500 à 6’000 points – je dis 6’000 points parce 5’000 c’est minimaliste avec tous ces taux qui vont baisser.

Les chiffres et les échéances

Et puis, pour terminer la semaine et si vous voulez briller en société ce soir ; on peut toujours parler de la triple échéance de ce vendredi. Alors, la triple échéance c’est les options qui arrivent en fin de vie sur les titres, les ETF’s et les indices. Et comme à chaque grosse échéance – celle-ci en étant une, puisqu’il y a 5’000 milliards de valeurs en sous-jacent qui arrivent à terme – on nous fait le film du « OH MY GOD, ça va être SUPER-VOLATILE et il va SÛREMENT SE PASSER QUELQUE CHOSE D’ÉNOOOOOOORRMMMMMMMMEEEEEEE !!!!!!!! ». Et puis en fait il ne se passe rien, on part en week-end et on se retrouve tous comme des cons à faire du shopping de Noël dans les magasins parce qu’on a oublié les cadeaux. Mais histoire de meubler cette chronique BULL MARKET FOREVER, on va faire « comme s’il allait se passer » un truc sur cette ÉNORME échéance qui va sûrement tout changer. Ou pas.

Dans les chiffres du jour, il y aura le PMI et le CPI en France, histoire que Nono Le Maire puisse se faire reluire et nous expliquer combien il est fort beau et intelligent et pourquoi il ne faudra SURTOUT pas voter pour lui quand le Roitelet de l’Élysée quittera son trône. Nous aurons également droit au PMI en Allemagne et en Europe. Il y aura aussi les salaires en Europe et le Trade Balance. Et puis, aux USA, nous aurons la production industrielle, le PMI et le NY Empire State Manufacturing Index. Que des trucs super-excitants.

Pour l’instant les futures sont en hausse de 0.12% comme tous les jours et il est temps de plier pour la semaine, histoire d’espérer que l’on puisse parler d’autre chose que d’inflation qui baisse et de marchés montent d’ici lundi. Dans l’intervalle, passez un excellent week-end quand même et à lundi !

Thomas Veillet
Investir.ch

“You can’t blame gravity for falling in love.” —Albert Einstein”