L’intérêt pour les bourses mondiales s’effrite gentiment. Par moment on a l’impression qu’il n’y a plus rien à dire, la plupart des gens qui font le même job que moi sont en train de réduire la taille de leurs contenus. Et pendant ce temps, la volatilité se pète la figure et la confiance de l’investisseur est à son apogée et semble prête pour aller chercher encore plus haut. Certains indicateurs de « bullishness » sont au même niveau qu’au mois de juillet et tout le monde attend juste la confirmation que les taux vont baisser durant le premier semestre de l’année prochaine. Une confirmation de la part d’un banquier central si possible, pas celle d’un énième analyste…
L’Audio du 6 Décembre 2023
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La loi de l’emmerdement maximum
Aujourd’hui, la question ne se pose plus : on attend simplement la première baisse des taux ou même la confirmation que cette dernière viendra bien un jour, pour acheter encore une fois des ETF’s avec un levier de 3 pour aller chercher les 5’000 sur le S&P500. Les marchés donnent l’impression d’attendre comme un signal de départ pour aller chercher encore une fois plus haut. Comme s’il leur fallait une justification pour être venus jusque-là. La réflexion est assez simple : on a attendu le premier signal comme quoi le cycle de hausse des taux est terminé – signal qui a pris la forme du dernier meeting de la FED – même si jamais la FED n’a confirmé que le cycle de hausse des taux était terminé. Et puis ensuite, on a acheté les 7 titres vedette de l’année en se disant que l’ultra-concentration d’un portefeuille était sûrement une bonne idée sur le long terme.
Depuis que l’on a récupéré à peu près tout ce que l’on avait perdu entre début août et fin octobre – ces trois mois où l’on pensait que l’on allait mourir dans d’atroces souffrances – on est là, suspendus au plus haut depuis des mois, attendant avec impatience le premier signal ou la première confirmation comme quoi nous avons eu raison de monter en anticipation de la prochaine baisse des taux. Entre-deux, nous avons pris soin de ne PAS écouter tous les banquiers centraux qui restent prudents par rapport à la fin de cycle et qui ne VEULENT pas mentionner une éventuelle baisse. On met un point d’honneur à SAVOIR que l’on a raison et nous avons développé – en 30 jours – une capacité unique à ne plus rien écouter d’autre que notre propre conviction. Chose qui n’arrive que très rarement dans les marchés boursiers, puisque d’habitude on aime bien se raccrocher à ce que pensent les autres…
Pour 25 bp de moins
Aujourd’hui, le marché est suspendu à haute altitude et se contente de monitorer les chiffres économiques qui sortent, d’extraire le positif et d’ignorer le négatif et d’attendre ensuite que Powell vienne le 13 décembre pour nous dire que bon, ok, il va baisser les taux de 25 bp en mars – mais c’est bien parce que c’est Noël. La seule chose d’inquiétante – enfin, la seule chose qui m’inquiète MOI – c’est que le plan de marche est écrit pour les 12 prochains mois et qu’il ne laisse plus la moindre place au moindre doute. Je me permettrai simplement de rappeler que nous sommes montés sur le fait qu’il est « plus que probable que le cycle de hausse des taux est terminé et que l’inflation est vaincue et que les taux vont baisser prochainement pour relancer l’économie qui ralenti comme prévu à cause des taux qui sont trop hauts »…
Vous pouvez relire cette phrase 214 fois si cela vous fait plaisir, mais vous verrez surtout que ça n’est que du conditionnel, de la spéculation et qu’une vague prophétie qui « pourrait » éventuellement se réaliser – tiens, encore du conditionnel – entre deux oui, les chiffres des sociétés ne sont pas forcément mauvais et oui, l’intelligence artificielle va probablement révolutionner le monde et l’économie – comme internet l’avait fait en son temps – le seul problème c’est que nous vivons déjà sur des projections futures, des attentes sur les dix prochaines années. Alors que nous ne sommes même pas foutus de savoir ce qui va nous tomber la gueule la semaine prochaine, nous sommes déjà en train de comptabiliser les revenus de Nvidia pour 2030 supposant que la croissance de ces 7 prochaines années soit exponentielle. On valorise en se basant là-dessus et on pondère nos portefeuilles avec une concentration inouïe sans plus se poser de questions.

Une seule question
Mais si l’on se posait une seule question ? Si l’on intégrait une seule variable dans notre scénario PARFAIT de 2024 ? Si l’on imaginait un instant que l’inflation repartait à la hausse pendant le premier trimestre 2024 et que les banques centrales se contentent de ne PAS baisser les taux jusqu’en juillet ? Que se passerait-il sur les marchés ? Comment est-ce que toutes ces belles certitudes vont tenir face à la réalité d’un cartel de banques centrales qui veulent d’abord mettre l’économie et l’inflation au pas avant de redonner des susucres ? À quel moment et qui va être le premier à démonter le plan qui est censé se dérouler sans accroc ?
Personnellement, je suis le premier à vouloir que ça monte tous les jours, tout le temps, mais force est de constater que si l’on prend juste du recul sur… allez, simplement les 15 dernières années… Il nous faudra tout de même avouer qu’il n’y a pas grand-chose qui s’est déroulé comme prévu. Et là tout d’un coup, après toutes ces années de bordel organisé et de sauvetage en catastrophe en utilisant des méthodes qui nous aurait valu l’internement en psychiatrie à des autres époques, en faisant exploser l’endettement dans tous les sens, nous aurions soudainement trouvé le chemin vers une économie parfaite qui fonctionne presque avec une logique mathématique, pardonnez-moi, mais je peine à y croire. Enfin, quoi qu’il en soit, pour le moment la hausse des marchés – ou plutôt la résistance des marchés est impénétrable et la psychologie des investisseurs est incompréhensible.
Résumé de la séance d’hier
Le plus angoissant dans ce que l’on vit en ce moment, c’est que l’on a l’impression que les marchés montent tous les jours, alors qu’en fait, ils se contentent simplement de ne plus baisser. Hier, la réflexion de la séance était assez simple : il y a eu les JOLTS qui étaient moins forts que prévu, alors on s’est dit que le plan de la FED fonctionnait sur l’emploi et que du coup, Powell allait baisser les taux à un moment ou un autre et le rendement du 10 ans est passé sous les 4.2% pour la première fois depuis le mois de septembre. Ce qui était inévitablement une CONFIRMATION comme quoi Powell allait baisser les taux en mars. Du coup, on a acheté des Magnificent Seven et Apple est repassé au-dessus de 3’000 milliards de capitalisation boursière. Quand je pense combien on a vomi sur les chiffres d’Apple à la fin du mois d’octobre, je me demande s’il faut rire ou pleurer.
En tous les cas, si ce matin vous vous demandez pourquoi ça monte, le raisonnement est des plus simples. Les JOLTS sont sortis à 8.73 millions contre les attentes du marché 9.3 millions. À partir de cela, il n’y a pas besoin d’être ingénieur à la NASA pour comprendre que COMME L’EMPLOI RALENTI et que la stratégie de la FED fonctionne, Powell n’aura pas d’autre choix que de baisser les taux. D’ailleurs, il est surprenant que Powell n’ait pas organisé une conférence de presse après la publication des JOLTS pour annoncer qu’il baissait les taux immédiatement (oui, c’est de l’ironie). Bref, tout ça pour vous dire qu’hier le DAX et le CAC40 on repris ENCORE 0.75% alors que les deux économies sont au bord du gouffre – ce qui est une belle justification pour que Lagarde baisse les taux. Et à New York le Nasdaq montait de 0.3% parce que la TECH, c’est la vie et les deux autres indices baissaient légèrement parce que plus personne ne veut de « value » puisque tu peux tout faire avec 7 titres. Je ne vais pas vous mentir, ça me rappelle quand même furieusement mars 2000.
En Asie
Pour commenter ce qui se passe en Asie ce matin, je voudrais tout simplement reprendre le titre d’un commentaire à propos des marchés de là-bas, sur lequel je suis tombé : « Les actions asiatiques bondissent, les prévisions de baisse des taux de la Fed compensant les craintes liées à la Chine ». Alors présenté comme ça, vous me direz que ça vous fait une belle jambe – mais si je vous mettais le titre du même commentaire, mais pour la séance d’hier, vous auriez vu que c’était EXACTEMENT l’inverse. Hier on baissait parce que l’on « craignait » que les taux ne baissent pas. Mais comme il y a eu les JOLTS, le plan de la FED fonctionne, donc, on va baisser les taux. Et la Chine qui se traîne comme l’inflation en Allemagne, pour être très honnête : ON S’EN FOUT (enfin, ce matin, on s’en fout).
Et puis alors il faut saluer le choix des mots : LES ACTIONS ASIATIQUES BONDISSENT !!! Bondissent, pour moi ça veut dire EXPLOSENT, CRÈVENT le plafond, avancent de 5% !!! Euh mais non, en fait le Hang Seng avance de 0.8% et la Chine est en train de passer en négatif. Alors oui, le Japon est en hausse de 1.8%, mais comme le Japon vit dans un monde parallèle, je ne sais pas s’il faut vraiment s’en préoccuper et l’utiliser ça comme un signe de Bull Market. Pendant ce temps, le pétrole est à 72.34$. Hier il a tenté une accélération haussière mais est aussitôt revenu en terrain négatif. Les Russes ont laissé entendre brièvement que les coupes de productions pourraient continuer à être bien présentes en 2024 – mais ça n’a été qu’un feu de paille, puisque la demande mondiale de pétrole va chuter en 2024 puisque tout le monde va rouler en Cybertruck (sauf moi). L’or est à 2040$ et est à nouveau en panne, quant au Bitcoin, c’est la folie à nouveau. La star des cryptos est presque à 44’000$, Bloomberg a annoncé hier que nous étions dans un Supercycle qui va le faire monter à 500’000$ et le volume de trading sur le Bitcoin chez Robinhood est en hausse 75%… Bull Market is back !!! Never weak again… Les 100’000$ à Noël c’est même plus une option puisqu’on va y passer tellement vite.
Nouvelles du jour
Dans les nouvelles du jour, on notera que Nvidia va fabriquer des chips qui seront légalement exportable en Chine. Reste à voir si elles vont fonctionner aussi bien que celles qui ne sont pas exportables. Elon Musk va lever un milliard pour sa nouvelle société d’intelligence artificielle. C’est incroyable comme c’est devenu facile de lever du pognon en cette époque magique où l’économie cartonne dans tous les sens. On ne demande plus des millions, mais juste un milliard, c’est quand même plus classe. Comme je vous le disait un peu plus haut, il y a déjà un économiste qui a analysé les JOLTS d’hier et sur base de ce chiffre, il estime que les probabilités de soft-landing sont de plus en plus élevées. Sur un chiffre. C’est quand même facile l’économie.
Autrement, on notera que NIO a publié des chiffres encourageants avec une perte moins importante que prévu. Le titre prenait 4% sur la nouvelle. Du côté politique, il y a Biden qui a déclaré que si Trump ne s’était pas représenté à l’élection de 2024 – il ne se serait probablement pas présenté encore une fois. Maintenant, il se prend pour le sauveur de la nation. Plus les jours passent, plus le Président Américain devient pathétique. 2024 va être passionnant au niveau politique US. Côté chiffres économiques, nous aurons le trade balance américain et les chiffres de l’emploi ADP qui sont communément appelés l’antichambre des NFP de vendredi. Normalement, on se fout pas mal de ces chiffres, sauf s’ils sortent diamétralement à l’opposé des attentes. Aujourd’hui on attend 130’000 créations d’emploi. Faites vos jeux, rien ne va plus.
Voilà, je crois que c’est tout ce qu’il y a à dire aujourd’hui. Je suis impressionné d’avoir réussi à écrire quatre pages alors qu’il n’y a tellement rien à dire. Peut-être que c’est parce qu’il n’y a rien à dire qu’il y a tant à analyser. Passez une excellente journée et à demain !!!
Thomas Veillet
Investir.ch
“I hated every minute of training, but I said, ‘Don’t quit. Suffer now and live the rest of your life as a champion.’” —Muhammad Ali