Hier soir, Wall Street a tranché : entre une potentielle guerre totale entre Trump et la Fed et les résultats trimestriels de Nvidia, la planète finance a choisi… Nvidia. Parce que soyons clairs : qui se soucie de l’indépendance de la banque centrale quand il y a une révolution qui est en marche et qui rapporte plein de pognon. La démocratie monétaire peut s’effondrer, tant que Jensen Huang met son perfecto en cuir sur scène et annonce un chiffre d’affaires supérieur aux attentes, tout va bien. Il y a des jours où ça n’est pas simple de trouver ce qui est vraiment important pour le marché. Hier Nvidia a prouvé encore une fois que c’était le nerf de la guerre. Pourvu que ça dure.

L’Audio du 27 août 2025

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Wall Street, ou l’art du déni organisé

Pendant que Donald Trump continue de se prendre pour le Roi du monde en mode : “L’État, c’est moi”, en dégommant Lisa Cook de son siège de gouverneure de la Fed, Wall Street faisait semblant de ne rien voir. De ne pas s’y intéresser. L’indépendance de la banque centrale américaine semble ne préoccuper personne, pourtant lorsqu’un Président Américain vous annonce officiellement « qu’il aura bientôt la majorité à la FED et qu’il va pouvoir baisser les taux » et tout cela, de manière officielle, ça ressemble presque à un coup d’état. Et pourtant, là tout de suite il est totalement incroyable de voir que le marché n’en a strictement rien à foutre. En temps normal, on aurait largement pu considérer que nous sommes entrés dans une crise institutionnelle. Que l’on est en train de remettre en question une institution qui régit une partie du monde la finance depuis des décennies. Un organisme que tout le monde salue pour son indépendance affichée depuis des années. Et là, aujourd’hui, nous sommes en train d’assister à son démantèlement pur et simple. En tous cas au démantèlement des principes de base de la FED. FED qui est en train de se faire prendre d’assaut de l’intérieur par les hommes de Trump. Dans le film « Moi, moche et méchant », le caractère principal a des « minions » qui font le sale boulot, Trump est en train de faire pareil avec la FED, il remplace les gouverneurs de la FED par des « minions » qui lui sont dévoués et ensuite, il fera ce qu’il veut avec les taux.

Si l’on prend le temps d’observer ça avec un minimum de distance, on aura instantanément l’impression que ce qui est en train de se passer est très très moche. Très très moche et surtout pas un bon signe pour le système financier. Si Trump parvient à ses fins, il aura le Sénat, le Congrès et la FED à sa botte. S’il pousse un peu plus loin et prend le contrôle de la NFL, la MLB, la NHL et la NBA, il détiendra tous les pouvoirs. En voyant ça depuis quelques semaines, en temps normal, j’aurais eu tendance à me dire que le marché allait se faire massacrer en se rendant compte que la FED était en train de se faire absorber par la Maison Blanche. Pourtant, avec des nouvelles comme celles d’hier – à savoir le licenciement de Lisa Cook, le S&P 500, lui, grimpait tranquillement de 0,4%, le Nasdaq de 0,44% et le Dow Jones de 0,3%. Comme si de rien n’était. La logique est implacable : “Pas de panique, la Fed coupera les taux en septembre, donc achetons.” On dirait un gamin qui met ses doigts dans les oreilles en criant “lalalalala je n’entends rien” pendant qu’on lui annonce que sa maison est en train de cramer. La vraie question : est-ce que les marchés sont naïfs… juste cyniques ou alors tellement obsédés par les publications trimestrielles de Nvidia attendues ce soir, que nous sommes incapables de penser à autre chose. Ou tout simplement que l’on ne veut pas voir les dangers que cette prise de pouvoir par la force, pourrait provoquer pour la stabilité financière américaine et donc mondiale. Je rappelle que l’on parle bien de la banque centrale la plus puissante du monde. Mais bon, visiblement, pour Wall Street, tant qu’on imprime des billets et qu’on baisse les taux, peu importe qui appuie sur le bouton. Peu importe qui a le pouvoir, tant que Nvidia fait mieux que les attentes.

Nvidia, le vrai gouvernement des marchés

En réalité, hier, tout tournait autour d’un seul mot : Nvidia. Le géant des semi-conducteurs doit publier ses résultats ce soir, et c’est un peu comme attendre la fin de la dernières saison de la série à la mode sur Netflix : tout le monde sait qu’il va se passer un truc énorme, mais personne n’ose parier sur la manière dont ça va tourner. Les attentes officielles sont de 46 milliards de revenus pour le trimestre, avec 41 milliards rien que pour les data centers. Mais ce que tout le monde veut savoir, ce n’est pas seulement combien de cartes Nvidia ont été vendues, mais on veut plus de détails sur :

1. La Chine : est-ce que Trump va continuer de siphonner 15% de leurs ventes, ou est-ce que Pékin va leur fermer la porte ?
2. L’offre vs la demande : est-ce qu’il y a assez de puces pour tout le monde, ou est-ce que Jensen Huang va devoir distribuer les GPU au compte-goutte comme des tickets restaurant ?
3. Les hyperscalers : Amazon, Microsoft, Google – est-ce qu’ils continuent d’acheter comme des camés en manque de leur shoot préféré, ou est-ce qu’ils commencent à se poser des questions sur leurs investissements ?

Bref, Nvidia n’est plus une boîte : c’est une religion. Et si ce soir les résultats ne sont pas à la hauteur de l’évangile de l’IA, ça pourrait faire trembler toute la planète financière. Pourtant, hier encore le titre a encore grapillé 1% de hausse, pour afficher une série de trois séances de hausse à la suite. Le 12 août, Nvidia avait touché son dernier « record historique » à 184.48$, hier soir on a clôturé à 181.77$ et il ne reste plus qu’une séance dans le doute avant de savoir… Et si vous voulez savoir ce que l’on attend et ce qu’il faut surveiller, il vous reste la vidéo ci-dessous…

L’Amérique entière prie pour que les chiffres ne soient pas décevants, sinon ça risque de faire mal. Mais il faut avouer que pour l’instant, le marché est tellement serein que ça en fait presque peur. En attendant, les indices ont terminé gentiment dans le vert et personne ne semble concerné par autre chose que les chiffres de ce soir, même le putsch de la FED n’intéresse personne. On en parle parce qu’il faut en parler, mais je reste sidéré par le désintérêt donc fait preuve le marché.

Europe : Paris brûle-t-il ? Oui, un peu.

Pendant que les Américains font semblant que tout va bien, l’Europe, elle, tire une autre tronche, victime d’un autre coup d’état. Le CAC 40 a perdu 1,7% hier, deuxième claque consécutive. Il y a une semaine, la France se battait pour casser les 8’000 sur le CAC et ce matin, on se demande si on ne va pas aller retester les 7’500. Hier la moyenne mobile des 200 jours a sauvé les fesses de l’indice, mais comme il faut encore attendre un peu moins de 2 semaines pour voir Bayrou jouer à la roulette russe avec un vote de confiance qui a toutes les chances de se terminer en carnage politique, on ne sait pas trop quand ni comment le bain de sang va pouvoir se terminer. Si on le prend le temps de regarder les émissions politique de BMF TV, on a tout de suite compris que les politiques sont tous rentrés de vacances en catastrophe et qu’ils ont senti le goût du sang et du pouvoir. LFI demande non seulement, le licenciement de Bayrou, mais en plus la démission du mari de Brigitte et Bardella veut une nouvelle dissolution de l’Assemblé Nationale. Et pendant ce temps-là, entre les deux blocs, ils font tous des calculs en espérant pouvoir récupérer le poste à Bayrou en expliquant que sans eux, la France serait bien plus dans la merde que ça – ce qui est un euphémisme – et qu’ils sont tous d’accord de reprendre le job de Matignon et la bagnole de fonction qui va avec, parce que EUX, ils peuvent faire la différence.

Alors bon. Peu importe la politique. Toute personne qui a un peu suivi la politique de l’Hexagone de près ou de loin a tout à fait compris que c’est tous des clowns et que ça serait presque plus intelligent de nommer Deschamps Premier Ministre et Drucker à l’Élysée. On a donc tous compris que nous étions en train d’assister au Muppet Show grandeur nature, mais les marchés n’aiment pas trop. Le coût de la dette française est en train de prendre l’ascenseur, on parle de mise sous tutelle de la part du FMI, de nouveaux downgrades à venir et que finalement, la Grèce en 2011 c’était quand même bien et pendant ce temps, l’Italie est devenue le Premier de classe qui se tire la bourre avec l’Espagne. En gros, l’état préoccupant de la France politique, sociale et économique, commence à faire peur aux marchés. Tout au moins, est en train de leur mettre le doute. Résultat : les taux français flambent, au point d’être plus chers que ceux de la Grèce – justement. Oui, la France emprunte désormais à des conditions pires que celles d’Athènes. Les banques trinquent : -6,8% pour Société Générale, -4,2% pour BNP Paribas. Moralité : quand les obligations françaises se font dézinguer, ce sont toujours les banques qui passent à la caisse. Bref, hier les USA se chauffaient pour Nvidia et l’Europe paniquait à cause de Bayrou et pendant ce temps-là, Trump se paie la FED dans tous sens du terme…

On attend Nvidia en Asie aussi

En Asie ce matin, tout le monde retient son souffle. Les indices font du surplace, comme des élèves avant la remise des examens annuels, parce que Nvidia sort ses chiffres ce soir. Et vu que c’est la boîte qui fait trembler la planète entière, autant dire que personne n’ose bouger un sourcil avant de savoir. La Chine continue d’aller bien, le CSI 300 est légèrement en hausse, tout comme Hong Kong. Les semi-conducteurs locaux sont en feu encore une fois. Et le Japon se pose toujours des questions sur la marche à suivre. Moralité : tous les regards sont braqués sur Nvidia. Ses résultats seront le thermomètre non seulement de l’IA, mais aussi du moral global des marchés. En attendant, l’Asie tourne en rond, comme si on attendait l’ouverture des portes de la boîte de nuit, sauf que le DJ, c’est Jensen Huang en blouson de cuir.

Le baril de pétrole a cassé sa série de quatre hausses consécutives et recule légèrement. Mais attention : les fondamentaux restent solides. OPEP+ n’arrive pas à pomper autant qu’il voudrait, la demande américaine reste costaude, et les inventaires devraient encore baisser cette semaine. Bref, le pétrole a juste pris une pause, mais le trend reste haussier. Ce matin le WTI est à 63.29$, l’or est 3’430$ et le Bitcoin est à 111’700$. Et pendant ce temps-là, le rendement du 10 ans américain est de 4.26%.

Les nouvelles neuves

Autrement Zuckerberg sort le chéquier et annonce 50 milliards pour un méga-datacenter en Louisiane. De quoi alimenter les serveurs d’IA et rassurer Trump sur sa stratégie “America First”. Encore une victoire du Président Américain. Du côté de chez Intel, on sait que Washington prend 10 % du capital mais Fitch a laissé la note inchangée. L’État actionnaire, c’est comme une belle-mère qui s’invite au dîner : personne n’avait vraiment envie, mais on va faire semblant que tout va bien. Toujours du côté de Trump, le Président a menacé la Russie de “sanctions économiques très sérieuses” si Poutine n’accepte pas un cessez-le-feu. Traduction : nouvelle saison de “Guerre froide, le retour”, sponsorisée par les droits de douane.

Eli Lilly cartonne avec sa pilule anti-obésité Orforglipron : l’essai de phase 3 montre une perte de poids “significative” – jusqu’à 10,5 % du poids corporel en 72 semaines – et une baisse marquée du sucre dans le sang. Les résultats suffisent pour foncer vers une demande d’autorisation mondiale. Résultat : l’action s’envolait de près de 6% hier, pendant que Viking Therapeutics rame avec 20 % d’abandons dans son essai concurrent. Novo Nordisk, lui, recule malgré une nouvelle indication pour Wegovy, preuve que la guerre des pilules minceur est déjà lancée. Exit les seringues. Moralité : l’obésité reste le jackpot de Wall Street, et chacun veut sa part du gâteau, sans gluten, bien sûr. Et puis, puisqu’on parle de Russie, de pétrole et de fin de la guerre, selon le Wall Street Journal, Exxon serait en train de flirter à nouveau avec Rosneft pour revenir sur le projet pétrolier géant de Sakhaline, trois ans après avoir claqué la porte en mode divorce brutal quand Poutine a envahi l’Ukraine. Des discussions ultra-secrètes ont eu lieu cette année entre Neil Chapman (Exxon) et Igor Sechin (Rosneft, sous sanctions), pendant que Trump et Poutine affichaient leur bromance en Alaska.

Le deal potentiel dépendra d’un hypothétique accord de paix négocié par Trump, mais aussi des conditions offertes par Moscou, qui veut du cash, de la techno et surtout une légitimation occidentale. Pour Exxon, l’enjeu est clair : récupérer une partie des 4 milliards perdus lors de l’expropriation et remettre la main sur une production qui pesait 3 % de son pétrole. Pour le Kremlin, faire revenir Exxon serait un coup de com’ monumental : “regardez, malgré la guerre, les majors reviennent”. Moralité : les requins sont déjà dans le bassin. Hier encore, bosser avec les Russes, c’était l’équivalent financier d’embrasser un cobra en direct à télé. Aujourd’hui, avec Trump en mode “peace and deals”, ça pourrait redevenir tendance plus vite qu’un régime miracle basé pour perdre 12 kilos en trois jours. Exxon rouvre le bal, et si ça passe, préparez-vous à voir tout Wall Street ressortir ses chapkas : ce qui était toxique hier pourrait devenir la mode de demain.

En attendant ce soir

Mais à la fin, on en revient toujours au même point : les marchés ont décidé que tout se jouerait sur Nvidia ce soir et que le reste, c’est du bruit de fond. Trump qui s’attaque à la Fed ? C’est grave, mais on s’en occupera plus tard. L’Europe qui s’effondre politiquement (enfin surtout la France) ? On verra demain. La guerre en Ukraine et le pétrole, pas le moment d’aborder le sujet. Aujourd’hui, ce qui compte, c’est de savoir si Jensen Huang va sauver la mise et confirmer l’EUPHORIE. En gros, l’indépendance de la Fed est en train de se faire renverser par un président populiste, mais tant que les GPU se vendent comme des petits pains, tout le monde est content.

Wall Street n’est plus un marché, c’est une série Netflix. Et pour l’instant, le seul personnage principal qui compte, ce n’est pas Powell, ce n’est pas Trump, ce n’est pas Macron c’est pas Bayrou. C’est Nvidia.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. On se revoit demain ici-même pour faire le point en vidéo sur ce qui s’est passé chez Nvidia. D’ici-là, soyez forts, demandez à ChatGPT ce qu’il pense de l’IA et on se voit tout soudain !

Belle journée.

Thomas Veillet
Investir.ch

“When you reach the end of your rope, tie a knot in it and hang on.”

Franklin D. Roosevelt