Encore une fois on a attendu, attendu et elle n’est jamais venue. Je parle de l’excitation. Ça fait au moins une semaine que l’on s’excite sur les chiffres de Nvidia qui devaient nous changer la vie. Mais Nvidia est devenue une boîte presque comme les autres. Une boîte qui cartonne, soit mais qui ne va peut-être plus nous délivrer des croissances folles pour les 10 prochaines années. Contrairement à ce que ses multiples prédisent. Hier on a battu des records, mais sans le soutien de Nvidia. Peut-être grâce à celui de Waller qui est en train de tout faire pour que Trump le nomme à la place de Powell, quitte à dire n’importe quoi sur les taux. Et puis surtout, on attend le PCE ce soir…
L’Audio du 29 août 2025
Wall Street bat des records, encore
Jeudi soir à la clôture : +0,32% pour le S&P 500 (nouveau record historique à 6’501 points), +0,16% pour le Dow, et +0,53% pour le Nasdaq. Ça, c’est pour les chiffres. Pourtant cette fois il a fallu faire sans Nvidia puisque la perfection n’impressionne plus et que même des résultats de folie ne suffisent plus à déclencher la folie haussière. Peut-être que nos attentes étaient définitivement trop élevées que nous étions même plus motivés et enthousiastes que Jensen Huang, même si nos compétences en Intelligence Artificielles se limitent surtout à « trouver des recettes faciles pour faire à manger ce soir » ou à « écris-moi une lettre pour faire sauter mon amende pour excès de vitesse »…
Oui, Nvidia a publié des chiffres de folie +56% de chiffre d’affaires sur un an, 26 milliards de bénéfices nets, 54 milliards de revenus en trois mois. Des chiffres qui feraient passer Apple pour une PME de quartier. Et pourtant, l’action perd 1%. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, dans ce marché, battre les attentes, ça ne suffit plus. Il faut les pulvériser, inventer la roue et ressusciter Steve Jobs à chaque trimestre, sinon on va se lasser.
• Les data centers déçoivent à la marge : la faute aux restrictions sur les puces H20 en Chine.
• Les prévisions sont conformes au consensus : et ça, c’est perçu comme une faiblesse.
• Jensen Huang rassure sur la demande IA mais admet que l’hypercroissance devient plus “linéaire”. Forcément, c’est moins sexy que d’inventer des mots pour dire qu’ils ont gagné tellement d’argent qu’ils ne savent plus quoi en faire.
Bref, après ce trimestre de dingue, Nvidia reste intouchable et n’est pas descendue de son pied d’estale, mais la star commence à susciter des doutes. Des légers doutes, mais des doutes quand même :
ET SI LE PLUS DUR, MAINTENANT, C’ÉTAIT DE CONTINUER À SURPRENDRE ?
Mais mis à part ça, on a quand même réussi à battre des records hier soir. Imaginez un peu la force de ce rally ; Nvidia a calé et perd 1%, mais le S&P500 termine au-dessus des 6’500 ! On va déjà commencer à lancer la commande pour les casquettes et les t-shirts « S&P 7’000 ». Ne cherchez pas la « raison de la hausse » ; c’est toujours la même histoire : l’IA, la Big Tech et un marché qui a décidé que “bad news is good news” parce que la Fed va couper les taux tôt ou tard. Même quand Nvidia se rate sur ses data centers, Wall Street se dit : “pas grave, ça reste un demi-dieu”. Même quand Marvell foire son storytelling, on se dit que “ça finira bien par revenir”. En conclusion : les marchés se sont offerts un mois d’août au champagne et c’est pas le dernier jour du mois juste avant le Labor Day de lundi qui va nous gâcher la fête. À moins que le PCE nous en fasse une belle ce soir, avec une publication au-dessus des 3%. Ce qui, je vous avoue, serait plutôt rigolo à observer.
La journée au cirage
Hier, comme le marché n’avait pas le lead ou la joie explosive de Nvidia pour tirer tout ça à la hausse, il a quand même bien fallu trouver quelque chose pour motiver les troupes. Alors je ne sais pas si c’est grâce à lui ou si ça a aidé un peu, mais hier Waller a parlé. Alors Christopher Waller, vous le connaissez, c’est un gouverneur de la Fed qui est passé du côté obscur de la force et qui depuis quelques mois s’est opposé à Jerome Powell. Lui, il veut baisser les taux tout de suite et comme par hasard, il fait partie de la short-list de Trump pour nommer remplaçant de Powell en mai prochain. On ne me fera donc pas dire que les déclarations qu’il a fait à Miami hier n’étaient pas un poil orientées… Faut pas non plus trop nous prendre pour des cons. On veut bien croire que tout ce qui est écrit dans les journaux, c’est la vérité vraie, mais il y a des limites à ne pas dépasser.
Donc hier Christopher Waller a sorti le cirage et s’est occupé des pompes à Donald Trump. Il a déclaré tout sourire qu’il était désormais en faveur D’UNE SÉRIE de baisses de taux dès septembre. Pas une petite baisse symbolique, non : une vraie descente en mode « free fall », étalée sur six mois, histoire de ramener les Fed Funds plus près du « taux neutre » autour de 3%. En clair, on parle de 125 à 150 points de base de rabotage. Officiellement, Waller s’inquiète d’un marché de l’emploi « plus fragile qu’il n’y paraît » et pense que l’inflation liée aux tarifs douaniers n’est que temporaire. Officieusement, il a surtout compris que Trump cherche un nouveau Fed Chairman pour remplacer Powell en mai prochain et que pour avoir le job, il faut être pro-baisse des taux, pro-Trump et pro-Powell est un tocard. En résumé, Waller a déposé son CV à la Maison Blanche et fait acte de candidature avec léchage de bottes inclus. Par contre, comme il est suffisamment intelligent pour ne pas se suicider en direct au cas où il aurait tort, il a quand même déclaré qu’il ne fallait pas pour autant baisser les taux trop violemment, pas question de claquer un -50 bp en septembre (sauf si les chiffres de l’emploi du 5 septembre sont catastrophiques). Mais la musique est claire : la Fed va assouplir, et vite. Enfin, elle doit assouplir et vite. Parce qu’il n’a pas encore la majorité et il n’est pas encore patron de la FED…
Le contraste des déclarations de Waller est d’autant plus frappant qu’il y a encore deux mois, la majorité des membres de la Fed ne voulaient aucune baisse cette année. Mais ça, c’était avant que Trump devienne plus agressif et qu’il montre ouvertement son intention de prendre le pouvoir à la FED et faire cesser l’indépendance de l’institution. Du coup, chacun essaie de sauver son cul par tous les moyens, même si cela veut dire qu’il faut raconter n’importe quoi pour plaire à Trump. Et ils l’ont d’autant plus bien compris depuis que Lisa Cook s’est fait virer en 12 secondes chrono. Pour faire simple, les membres de la FED qui veulent avoir le moindre espoir de conserver un job après le mois de mai 2026, vont rapidement devoir remettre en question leurs jugements sur l’économie, quitte à dire n’importe quoi, puisque comme disait Rémi Gaillard, c’est en faisant n’importe quoi qu’on devient n’importe qui. Et pendant ce temps-là, en Europe on s’inquiétait de l’instabilité de certains gouvernements au milieu d’une journée qui frisait l’emmerdement maximum. Il semblerait que tout le monde a déjà les yeux tournés vers le PCE de cette après-midi…
L’Asie s’éparpille
Ce matin l’Asie va dans tous les sens. La Chine continue son été dans le vert. +10% rien qu’en août, dopé par Pékin qui balance du soutien aux semi-conducteurs et alimente les espoirs de nouveaux plans de relance et Hong Kong suit le mouvement, en hausse de 0.8% à l’heure où je vous parle. La Chine a ouvert fort mais revient à l’équilibre. Pour le moment la Chine est la star absolue de la région, pendant que le Nikkei repart au Sud. L’indice recule de 0.4%, la production industrielle chute plus que prévu, les ventes de détail déçoivent, et l’inflation à Tokyo reste au-dessus de 2%. La BoJ est totalement coincée : croissance molle, mais pression toujours là pour relever les taux. Ça laisse présager un automne passionnant. Je lance ça comme une réflexion globale : que se passerait-il si le Japon montait les taux pour stopper l’inflation et que les USA baissaient les taux pour redynamiser l’économie. Que se passerait-il au niveau du carry-trade ? Vous avez deux heures.
Pour le reste, le pétrole a fini en hausse hier, mais après avoir passé une bonne partie de la séance dans le rouge. Le marché reste coincé entre deux forces : d’un côté, l’escalade militaire Russie–Ukraine qui maintient la tension ; de l’autre, la fin de la saison de forte demande qui pèse sur les perspectives de consommation – la fin de la « driving season » aux States. Résultat : les traders sont paralysés, coincés dans un range étroit façon bras de fer entre haussiers et baissiers. Au final, le WTI est à 64.19$ ce matin. L’or est à 3’471$, le Bitcoin est à 111’800$ et le rendement du 10 ans US est à 4.21% – chute libre…
PCE, juge ou bourreau
Vous le savez, l’autre truc que l’on attendait cette semaine, c’est le PCE. Le PCE, l’indicateur d’inflation préféré de la Fed. Les économistes anticipent +0,3% en juillet, ce qui ferait grimper l’inflation annuelle à 2,9%, voire 3% selon certains — son plus haut niveau depuis mars 2024. Ce serait le troisième mois consécutif de hausse et une excellente preuve comme quoi les tarifs douaniers commencent à se voir jusqu’au fin fond du panier de la ménagère. Mais le vrai sujet, c’est que même les services — normalement hors d’atteinte des tarifs — montrent des signes de surchauffe, ce qui pourrait indiquer que 2025 n’est pas juste une histoire de droits de douane. Powell, lui, a déjà minimisé l’inflation à Jackson Hole, insistant sur l’emploi comme priorité. Autrement dit : sauf explosion des chiffres, une baisse des taux en septembre reste sur la table. Mais attention : plus l’inflation monte, plus la marge pour baisser encore après septembre se rétrécit. Côté consommation, on attend +0,5% en juillet, boosté par l’automobile. Mais derrière, les économistes voient une dynamique qui s’essouffle : revenus qui stagnent, salaires qui peinent, consommateurs plus sélectifs. Après un +1,6% de dépenses au second trimestre, la tendance pourrait ralentir à +1,3% au troisième puis +1,1% en fin d’année. Bref, le PCE donnera le ton — pas seulement pour septembre, mais pour savoir si l’Amérique glisse doucement vers un ralentissement plus marqué.
Mais au milieu de tout ça, le problème c’est pas l’inflation. Le problème c’est la baisse des taux en septembre et après. Le marché VIT POUR LA BAISSE DES TAUX et se fout pas mal du reste. La question reste donc de savoir ce qui pourrait se passer si le PCE était plus fort que prévu. Et c’est ça qui pourrait secouer le marché. Sauf que. Oui, sauf que, loin de moi l’idée d’être complotiste, mais quand on sait que le PCE est calculé NON PAS PAR LE BLS, mais par le Bureau of Economic Analysis (BEA), qui dépend du département du commerce, on imagine assez mal que le chiffre soit au-dessus des 3%, à moins que le patron du BEA ait des envies suicidaires ou qu’il veuille quitter son job rapidement. Quand on voit les méthodes de Trump qui vire tous ceux qui lui déplaisent en moins de 3 minutes, on peut déjà se dire que le chiffre de cette après-midi pourrait bien être biaisé et PILE-POIL dans les attentes pour ne pas remettre en cause la baisse des taux de septembre et pour pouvoir partir sereinement sur un long week-end du Labor Day…
Les nouvelles qu’il faut retenir
Dans les nouvelles qu’il faut retenir, on notera qu’hier soir tard, Marvell a publié ses chiffres et comme non, ils n’ont rien à voir avec Captain America, Ironman et les Avengers, personne n’est venu à leur secours. Ils ont pourtant publié des revenus record de 2 Mds$ (+58%) et des bénéfices conformes aux attentes, mais pas de surprise à la hausse. La sanction a donc été immédiate : -11% en after-hours. Le titre étant déjà en baisse de -30% depuis janvier. Le patron met en avant 50 projets IA et un pipeline colossal, mais la guidance du troisième trimestre déçoit (2,06 Mds$ vs 2,11 attendus). Bref, bien placé dans l’IA mais pas assez de hype et d’euphorie. En parallèle, Trump continue son grand ménage. Après Lisa Cook à la Fed, c’est Robert Primus, régulateur des chemins de fer, qui s’est fait sortir par un simple mail de deux lignes. Officiellement, il n’était pas “aligné sur l’agenda America First”. Traduction : il freinait les grosses fusions dans le rail, alors que Trump veut un Monopoly grandeur nature entre Union Pacific, Norfolk Southern et CSX. Du coup, les actions ferroviaires s’envolent, les investisseurs spéculent sur un “rail deal” historique. Avec Trump, tout est simple : si tu bloques, tu dégages. Pas besoin de préavis, pas besoin de raison. America First, c’est les contrats de travail version kleenex.
Hier, Wall Street a prouvé une chose : l’IA ne fait pas que briller dans les puces de Nvidia, elle commence à couronner ses nouvelles stars. Tout d’abord il y a eu Pure Storage : l’action a décollé de +28%. Une boîte qui semblait cantonnée au rôle de fournisseur discret de disques flash, et qui se retrouve propulsée au centre du jeu parce que son pari sur le stockage de données cloud tombe pile au moment où l’IA dévore des montagnes d’informations. Ensuite il y a CrowdStrike : +4%. Le gardien numérique qui protège les entreprises du chaos cyber voit sa stratégie IA fonctionner. Sa plateforme Falcon Flex et ses outils de sécurité “dopés à l’intelligence artificielle” séduisent tout le monde, des PME jusqu’aux géants du cloud. Et pour terminer, la rockstar du jour : Snowflake, +20%. Longtemps vue comme une boîte un peu geek pour entreposer des datas, elle devient soudain la clé de voûte de l’économie de l’IA. Parce qu’avant de faire tourner des algorithmes futuristes, il faut d’abord ranger les données, les nettoyer, les rendre accessibles. Et c’est exactement ce que fait Snowflake, à une échelle que même les investisseurs n’avaient pas anticipée. Moralité : hier, le marché a essayé de changer de récit. Après le “tout pour les fabricants de puces”, l’IA consacre désormais ceux qui organisent, sécurisent et structurent la donnée. L’infrastructure invisible pourrait bien devenir une star. Il ne faut pas enterrer trop vite Nvidia, mais une chose est sûre, la thématique de l’IA n’est pas morte avec des chiffres pas assez explosifs chez Nvidia.
Été indien ou automne rugueux ?
Voilà le tableau : tout va bien, trop bien. Records partout, volatilité dans le coma, investisseurs au top de leur forme. Mais septembre arrive, et historiquement, c’est rarement le mois des accolades. Entre Nvidia qui doit désormais inventer des miracles pour impressionner, Marvell qui rappelle que l’IA peut être un soufflé raté, Waller qui fait campagne pour un poste qui n’est même pas encore vacant, et Trump qui vire des gens au hasard, la rentrée s’annonce animée. Sans compter que mis à part le PCE qui arrive tout à l’heure, il y aura l’emploi la semaine prochaine. On a donc pas fini d’attendre et on n’a pas non plus fini de spéculer au sujet de la baisse des taux du 17 septembre.
Lundi c’est fermé aux States, mais gardez quand même vos ceintures attachées en cas de turbulences. Et puis, mis à part le PCE de 14h30, il y aura aussi le Chicago PMI. Et plus près de nous, il y aura le KOF en Suisse, le PIB en France, ainsi que le CPI en France et les dépenses des consommateurs français. Histoire de voir quelle est la météo au-dessus de la tête de Bayrou. L’Allemagne publiera aussi son CPI et son chômage. En résumé, très gros vendredi avant un long week-end de trois jours aux States et puis on se retrouvera au mois de septembre, le mois des Krachs. Je vous mets déjà dans l’ambiance.
Excellent week-end à tous, profitez bien ! Et à lundi…
Thomas Veillet
Investir.ch
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