Moi, ce que j’aime, c’est raconter des histoires. Et ces temps, je suis très content parce qu’il y a plein d’histoires à raconter. Le seul problème c’est que j’ai même plus besoin de les raconter, puisque le marché se les raconte tout seul, les histoires. Et puis le truc, c’est qu’on change d’histoire tous les jours et qu’on oublie aussi sec ce qu’on racontait dans l’histoire d’hier pour passer à autre chose. En ce moment – enfin : depuis 24 heures – le nouveau truc à la mode c’est la thématique de Google qui revient sur Nvidia et l’autre c’est la FED qui n’aura pas d’autre choix que de baisser les taux. On tourne en boucle avec ça en cherchant la prochaine histoire à raconter.
L’Audio du 26 novembre 2025
Faire plusieurs choses à la fois, c’est pas un truc de trader
Vous savez tous que dans l’imaginaire collectif, l’homme est incapable de faire plusieurs choses à la fois et que la femme, au contraire, peut faire plein de trucs en même temps. Je pense qu’aujourd’hui, on a un peu évolué, mais le marché doit être un homme qui laisse parler un peu sa féminité. Non parce qu’il faut reconnaître que, depuis quelques temps, on arrive à se prendre la tête sur plusieurs choses à la fois. Mais il faut aussi reconnaître qu’au-delà de DEUX CHOSES à la fois, ça devient compliqué. D’ailleurs, hier on s’est un peu mélangé les pinceaux dans tous les sens pour réussir à savoir où est-ce qu’on allait réussir à clôturer ce marché.
La première chose qu’il faut noter, c’est que c’est le Dow Jones qui a tiré tout le monde à la hausse. Si on regarde les performances des trois indices de référence, le Dow a pris 1.44%, tiré par Merck, Home Depot et Salesforce – oui c’était pas LE JOUR DE LA TECH ET DE L’IA et on sentait bien qu’à l’aube de Thanksgiving et de la dinde, les intervenants font le ménage dans les portefeuilles jusqu’à lundi prochain – le S&P500 prenait 0.91% et le Nasdaq était à la bourre en ne montant « que » de 0.6%, tout ça parce que Nvidia avait vécu une sale journée (on y reviendra). Et puis ensuite, il faudra tout de même noter l’excellente performance journalière du Russell, l’indice des small caps, indice que l’on achète quand on pense VRAIMENT que les taux vont baisser.
La macro, la FED et la tendance
Et cette réflexion, sur les taux qui vont baisser (ou pas), on ne va pas se mentir, c’est un peu le truc qui nous occupe à fond, même si on ne sait pas trop quoi penser et qu’on a tendance à changer d’avis sur le sujet à chaque publication d’un quelconque chiffre économique et à chaque déclaration d’un banquier central américain qui apparaît devant une caméra, déguisé en colombe. Depuis vendredi dernier, vous le savez, nous sommes passés de « POWELL il va jamais baisser les taux, Powell il est méchant, Powell il aime pas les Bull Market » à « Powell c’est notre ami, Powell il est trop cool et bien sûr que Powell il va baisser les taux ». Il faut reconnaître que c’est pas simple de suivre la réflexion de base de l’investisseur de base, puisque j’ai connu des enfants de 3 ans qui parvenaient à rester concentré plus longtemps sur la même chose qu’un investisseur modèle 2025. Toujours est-il que là tout de suite, on sait tous que Powell Y va baisser les taux.
Et puis à voir les chiffres économiques d’hier, franchement, je ne vois pas comment il pourrait ne pas faire plaisir au marché. Le PPI n’était pas franchement explosif et il était dans les attentes. On peut donc extrapoler et se dire que si le PPI était pas trop fort, le CPI non plus. Bon, le CPI d’octobre ne sortira jamais, on peut donc extrapoler tout ce qu’on veut, à la fin on ne peut… qu’extrapoler. Mais on va dire que le PPI n’est pas trop inflationniste, ce qui prêche en faveur d’une baisse des taux. Et puis après, on avait les ventes de détail, les retail sales. Alors ça c’est le chiffre qui était un peu embêtant dans nos espoirs de baisse des taux. Pour l’instant, on peut dire que les Américains continuent de consommer comme si le mot “récession” n’existait pas. Et ça ne va pas s’améliorer avec le Black Friday. En septembre, les ventes de détail ont encore grimpé de 0,2%, pour atteindre 733,3 milliards de dollars. Sur un an, on est à +4,3%. C’est un peu moins que les +5% d’août, mais franchement… quand tu compares ça à l’Europe, le Japon ou la Chine qui galèrent comme des cyclistes asthmatiques dans un col hors catégorie, les États-Unis restent les seuls à faire du shopping comme si c’était un sport national.
Pour faire simple :
• Ça ralentit un poil, mais ça reste solide
• Le consommateur US tient toujours le coup
• Et tant que l’Américain continue d’acheter des trucs dont il n’a pas besoin avec l’argent qu’il n’a pas, l’économie tient debout
Donc des bons chiffres, mais pas forcément des chiffres que l’on aimerait voir quand on espère voir les taux baisser dans 14 jours. Heureusement, il y a eu les chiffres de la confiance du consommateur et c’était bien dégueulasse. Les experts disent même qu’au vu des chiffres et du fait que ça fait plusieurs mois que ça dure, on peut commencer à parler de « signal de récession ». Mais chut. Faut pas le dire trop fort. Néanmoins, il est quand même intéressant de constater que les Américains consomment de manière assez solide, mais quand on leur demande s’ils ont confiance en l’avenir, ils vous répondent qu’ils ont la trouille et que ça sent le sapin. Mais ils vont quand même acheter un troisième barbecue en leasing et un iPhone pour leur chien. Juste au cas où. Bref, les chiffres qui sont sortis hier pointent en direction d’une baisse des taux et c’est pour ça qu’on a fini en hausse et c’est pour ça que le S&P500 a cassé sa moyenne mobile des 50 jours en montant ET a réintégré la tendance haussière. Que le Dow Jones a fait tout pareil. Le Nasdaq est encore en retard, mais ça c’est la faute de Google et de Nvidia et c’est l’AUTRE SUJET DU MOMENT…
Google, l’outsider
Comme disait le trader masqué : il y a un nouveau shérif en ville. Hier il s’est passé un truc bizarre. Nvidia s’est fait défoncer en début de séance. – 6%. La raison est assez simple. Peut-être même trop simple et trop basique pour lui donner trop d’importance. Mais peu importe, hier ça aura suffi pour générer de la volatilité et occuper les médias. La première chose qu’il faut retenir c’est que Google commence à prendre beaucoup de place dans les Magnificent Seven. Depuis qu’ils ont présenté Gemini 3, on ne parle plus que de ça et tout ce qui a des liens de près ou de loin avec ChatGPT/OpenAI est devenu un paria – oui, j’avoue j’exagère un peu, mais vous avouerez que si on en rajoute pas des tonnes dans ce métier, ça devient vite très chiant – donc la mode c’est de vendre les copains de ChatGPT et d’acheter Google. Et ça se constate si l’on compare les performances de Google et de Nvidia depuis Gemini 3.
Mais là hier on a trouvé un truc de plus. Et c’est encore une fois la faute à Zuckerberg. En effet, Meta a déclaré qu’ils s’intéressaient de très près aux TPU’s de Google, histoire de diversifier les GPU’s de Nvidia. Et du coup, comme l’investisseur est parfois basic, rationnel, logique et va droit au but, l’investisseur s’est dit : « Et si Google piquait le business de Nvidia ??? ». La suite n’est pas compliquée à deviner ; Nvidia s’est fait défenestrer provisoirement. Sauf que c’est pas si simple. La vraie question, ce n’est pas “Qui gagne ?” mais “Est-ce que le marché grossit encore ?”. Un analyste a d’ailleurs très bien décrit la chose : « Se battre GPU vs TPU, c’est se battre pour savoir qui a la meilleure pelle pendant une ruée vers l’or. » En résumé, tant qu’il y a de l’or, tout le monde vend des pelles et le marché n’est pas saturé. Meta, OpenAI et les autres achèteront tout ce qui passe : du GPU Nvidia, du TPU Google, de l’ASIC Broadcom, du semi AMD et même les puces de votre Commodore 64 d’ado s’il peut donner un coup de main.
Faut pas exagérer quand même !
On peut donc se dire assez facilement que la réaction d’hier a été un poil exagérée et la guerre de l’IA – s’il y en a une, ne se gagnera PAS ce mois-ci. Il y aura 25 retournements, des « twists » et des « cliffhangers » d’ici la ligne d’arrivée. D’ici là, les mastodontes vont continuer à brûler de l’argent, construire des data centers et vider les réseaux électriques de toute leur substance. Néanmoins hier, c’était le thème de la séance. Mais durant la journée, Nvidia a tout de même publié un communiqué de presse pour expliquer qu’on n’avait vraiment rien compris – ils se défendent beaucoup en ce moment, Nvidia – ils ont donc déclaré qu’ils étaient ravis pour Google. Oui, ravis. On dirait presque un ex qui dit “content pour toi, vraiment” avec un petit sourire crispé. Mais derrière la politesse corporate, Nvidia rappelle deux trucs :
1) Ils sont “une génération en avance
2) Leur plateforme tourne sur tous les modèles, partout, tout le temps.
3) Les ASIC, c’est top… mais c’est spécialisé alors qu’un GPU, c’est un couteau suisse atomique.
On pourrait donc traduire ça par : “Google est fort, mais nous on est en finale de la Champions League alors qu’eux ils jouent encore en division d’honneur ». Hier Nvidia baissait parce que Google montait et pour le moment on s’est trouvé une nouvelle corrélation, comme Bitcoin/Nasdaq la semaine dernière. Corrélation basée sur rien, mais qui fait quand même causer dans les chaumières et dans les dîners de Monsieur l’Ambassadeur avec des Ferrero Rocher partout, parce que c’est la saison. Mais il faut surtout retenir que pour l’instant, la demande explose, les data centers débordent, les capex prennent l’ascenseur et les modèles deviennent plus gros et plus gourmands. Ça n’est donc pas Google contre Nvidia, c’est une bataille générale contre les limites du silicium.”
Bref, hier on a parlé des taux qui vont baisser, de Google qui va gagner et de Nvidia qui va gagner moins. Pendant ce temps, le plan de paix de Trump avance et ne plaît toujours pas aux Européens, mais les espoirs de paix en conjonction avec la FED qui va baisser les taux pour toutes les raisons précitées aura au moins permis aux indices du Vieux-Contient de terminer en hausse.
L’Asie et les trucs à retenir
Ce matin en Asie il ne faut pas chercher trop loin. Les USA montent, la tech monte, la FED va baisser les taux, donc l’Asie monte. Le Nikkei reprend 2% et le rendement du 10 ans japonais passe les 1.8%. La Chine monte de 0.25% et Hong Kong gratte 0.47% et bien sûr, le Kospi s’envole plus que les autres. Le pétrole est à 58.15$ et à chaque fois qu’on parle de paix en Ukraine, il baisse sous les 58$. L’or est à 4’200$ et le Bitcoin est à 87’600$.
Du côté des nouvelles du jour, rien qui concerne vraiment les actions – puisque tout le monde va se barrer du bureau dans la journée pour aller rejoindre la famille aux quatre coins des States, mais on retiendra quand même deux-trois trucs qui sont intéressants. Tout d’abord, à Taipei, le président Lai Ching-te a levé le voile : selon lui, Pékin se prépare sérieusement à prendre Taiwan d’ici 2027. Plus de nuance, plus de diplomatie — un avertissement frontal. La réponse a été immédiate : 40 milliards de dollars de budget défense pour accélérer la modernisation militaire et atteindre une préparation maximale en trois ans. En face, la Chine multiplie manœuvres militaires, harcèlement en zone grise et opérations d’influence pour fragiliser l’île sans tirer un coup de feu. Le Japon, lui, sort du silence : une attaque sur Taiwan serait une “menace vitale” pour Tokyo. Pékin fulmine.
Au milieu, Trump appelle Xi puis Tokyo pour éviter que la situation dégénère. Pékin continue d’accuser Taipei de vouloir l’indépendance. En résumé : la tension monte, les budgets explosent, et le détroit de Taiwan ressemble chaque jour un peu plus à un compte à rebours géopolitique.
La dinde qui fait mal
Vous le savez, demain c’est Thanksgiving aux USA. À Washington, c’était donc le grand cirque annuel des dindes… version Trump. Gobble et Waddle ont été officiellement graciées dans le Rose Garden, mais comme toujours avec Donald, la cérémonie a vite tourné au meeting politique. Entre deux blagues sur Biden, Trump a lâché une bombe diplomatique : selon lui, un accord de paix Ukraine–Russie serait “très proche” grâce à la médiation américaine. Mais pendant que les dindes posaient pour les caméras, la réalité économique s’est invitée dans le décor : les prix du « turkey » ont explosé. Le cheptel est au plus bas depuis 40 ans, la grippe aviaire a décimé des élevages, et les prix de gros ont bondi de 75% en un an. En gros, on ne publie pas les chiffres du CPI, mais on a quand même une preuve que l’inflation est partout et que le dîner de demain coûtera plus cher que l’an dernier.
Et puis toujours à Washington, le choix du prochain patron de la Fed prend des allures de campagne présidentielle. Kevin Hassett est désormais vu comme le grand favori : proche de Trump, partisan déclaré des baisses de taux immédiates, et prêt à appliquer la vision économique du président sans discuter. Résultat : à peine son nom cité, les marchés se sont emballés et le 10 ans est repassé sous les 4%. Le processus reste ouvert : Scott Bessent, le secrétaire au Trésor, mène encore les entretiens avec les cinq finalistes (Hassett, Warsh, Waller, Bowman, Rieder). Mais Trump ne cache plus son agacement envers Powell, qu’il accuse d’avoir tardé sur les taux, et laisse entendre qu’il veut cette fois un allié fidèle, pas un contre-pouvoir. Hassett pourrait toutefois se heurter au reste du FOMC, certains le voyant comme le candidat le plus facilement “poussé” par Trump. La décision est attendue avant Noël, avec un enjeu majeur : sceller l’influence directe de la Maison-Blanche sur une Fed déjà fragilisée par des mois de tensions. Sans compter que le fiston d’Hassett est très impliqué dans les SPAC’s de la famille Trump, mais c’est encore un peu tôt pour parler de conflits d’intérêts et puis on sait bien que c’est pas le genre de la maison… (sourire)…
Les chiffres
Pour ce qui est des chiffres du jour, nous aurons les Durables Goods, les permis de construire, les nouvelles ventes de maisons, les Jobless Claims, Chicago PMI, Inventaires pétroliers, Beige Book, Personal Spending… Pour faire simple on nous balance tout ce qu’on a sous la main pendant que tous les traders américains seront dans l’avion…
À l’heure actuelle, les futures sont en hausse 0.34%, tout le monde est de bonne humeur et moi encore plus, parce que je suis off jusqu’à lundi ! Passez une excellente journée, une très bonne fin de semaine et on se revoit en décembre ! Que la force de la dinde soit avec vous !
Thomas Veillet
Investir.ch
“A lie can travel half way around the world while the truth is putting on its shoes.”
― Mark Twain