Quatrième séance de hausse consécutive aux États-Unis. Depuis que Trump a décidé de ne PAS envahir le Groenland et de NE PAS taxer les pays européens qui s’opposaient à sa prise de pouvoir, le S&P500 a repris 2.7% - Tout est oublié. Plus personne ne parle du Groenland, plus personne ne parle des taxes douanières et plus personne ne se souvient vraiment pourquoi on a baissé la semaine dernière. Nous sommes passés à autre chose. Vous le savez dans la finance on dit que le marché a une mémoire de poisson rouge. Je crois qu’en fait c’est pire que ça. On n’a AUCUNE mémoire. Nous ne sommes capables de vivre uniquement l’instant présent et puis ensuite, de passer au prochain sujet. Comme la FED.

L’Audio du 27 janvier 2026

Télécharger le podcast

Un lundi facile

Nous sommes absolument fascinant. Et quand dis « nous » je veux parler de monde de la finance au sens large. J’ai presque l’impression qu’il n’y a plus d’originalité, plus d’idées, plus de conviction ou même de stratégie d’investissement. Tout le monde s’est résolu à faire la même chose que son voisin et plus personne ne cherche l’originalité. En ce mardi matin, le monde entier sait que Powell ne va pas baisser les taux. Personne n’osera dire ou prédire le contraire. La seule chose qui nous intéresse et qui nous laisse en vie jusqu’à demain soir. Alors oui, après on va décortiquer le discours de Powell mot par mot, virgule par virgule, on va ensuite déclarer qu’il était Hawkish Ligth ou Dovish modéré et on va faire des projections basées sur les 814 discours qu’il a prononcé depuis que Trump a eu la mégarde de le nommer à la FED. Discours que l’on va également décortiquer jusqu’à la dernière virgule, peut-être même jusqu’au dernier silence entre deux mots. Et on va l’interpoler avec la couleur de ses cravates.

Une fois qu’on aura fait fonctionner notre « magie », on devrait être capable de prédire et d’annoncer très précisément quand est-ce qu’il baissera les taux la prochaine fois et C’EST LÀ-DESSUS que nous pourrons construire notre argumentaire bullish ! Parce que oui, depuis près de 30 mois on ne monte pas parce que l’économie va mieux et que les Américains consomment. Ou parce qu’Apple vend plus de téléphone que jamais – oui, bon Apple, c’est un peu vrai – mais si on est montés depuis l’automne 2023, c’est surtout parce qu’on nous a inculqué que quand les taux baissent, c’est trop cool. Et comme les taux ils vont encore baisser plein de fois et qu’on l’a aussi prédit plusieurs fois également – mais que ça ne s’est pas produit et c’est pas grave, parce que ça arrivera une fois, forcément. Bref, la baisse des taux c’est la base de tout et attendre la baisse des taux, c’est encore plus orgasmique que la baisse des taux elle-même.

Montez le volume et rendez-vous mercredi soir

Voilà, donc hier nous sommes montés parce que nous sommes optimistes et que même si la Fed ne fait rien mercredi soir, elle le fera un autre soir. Un soir de mars, ou d’avril, ou peut-être en juin. À moins – bien sûr – qu’entre temps, l’économie sous Trump Premier cartonne et que la baisse des taux ne se justifie plus. Mais à ce moment, on aura la transition toute trouvée : on ne montera plus à cause de la baisse des taux qui stimule l’économie, mais à cause de l’économie qui stimule le consommateur. Franchement, si après tout ça vous ne trouvez pas que la finance c’est absolument magique – Je ne sais pas ce qu’il vous faut !

Ceci mis à part, hier on n’a pas parlé que de la FED. Les indices sont montés pour la quatrième fois de suite, parce que Trump avait renoncé à faire la guerre à l’Europe et que – pour l’instant – il n’a pas encore envahi l’Iran. Et puis on est aussi monté un peu parce qu’il y a des experts – quelque part – qui pensent que les publications de mercredi et jeudi soir ont le pouvoir de redonner la niaque aux Magnificent Seven et, in extenso, permettre au S&P500 d’aller chercher les 7’000 une fois pour toute ! Alors pour ce qui est des annonces de Meta, Microsoft, Tesla et Apple, difficile d’en penser quoi que ce soit. Microsoft est clairement pas cher, Apple a déjà fait un bout de chemin dans le bon sens, Meta est le mal-aimé du moment et c’est là qu’ils sont le plus dangereux et puis Tesla, ça dépendra ce qu’Elon Musk a pris avant de parler aux journalistes. Une chose est certaine, c’est qu’en ce début de semaine, on croit vraiment que ça va bien se passer. Plus que le contraire.

Mais il s’est aussi passé des choses…

Sur le front des valeurs individuelles, Intel continue de creuser. Deuxième séance de purge consécutive pour le dinosaure des semi-conducteurs, qui lâche encore près de 6%, après s’être déjà fait démonter de 17% vendredi. La raison est simple : des prévisions trimestrielles jugées franchement mollassonnes par un marché qui, en ce moment, n’a plus aucune patience. Ni aucune tolérance, chez Intel, le problème n’est plus la volatilité… c’est la crédibilité. À l’opposé du spectre, on retrouve le camp des chouchous de l’IA. CoreWeave bondit de près de 6%, porté par une annonce qui fait toujours son petit effet : Nvidia remet 2 milliards de dollars sur la table pour investir dans cette société spécialisée dans les infrastructures cloud. Traduction : quand Nvidia parle, le marché écoute.

Et quand Nvidia sort le chéquier, le marché applaudit. Dans le même esprit, on notera que USA Rare Earth s’offre un joli décollage de près de 8%, dopé par des rumeurs de prise de participation de l’État américain à hauteur de 10%. Objectif : sécuriser les métaux stratégiques, quitte à mélanger dettes et actions dans un plan à 1,6 milliard de dollars. Moralité : quand Washington commence à s’intéresser à ton business, ce n’est plus une small cap… c’est un enjeu géopolitique. Et on sait que Trump ne perd jamais de temps quand il s’agit d’investir l’argent du contribuable pour des raisons stratégiques. Et puis dans les investissements plus « globaux », on retiendra que les sous-entendus de la FED de New York à propos du soutien au yen ont été bien appréciés par le marché. Reste à voir si tout ça va se confirmer et si la tendance au soutien du yen et à la dévaluation du dollar est autre chose qu’un effet de mode. En tous les cas, ça bouge au Japon et on dirait que l’intérêt commence à se réveiller.

En Asie, le yen et Trump (pour changer)

Les marchés asiatiques se sont réveillés du bon pied ce mardi, en suivant gentiment Wall Street. Comme d’habitude. Pas d’euphorie, mais suffisamment d’optimisme pour remettre du carburant dans la machine. Comme aux USA on parie sur des bons résultats chez les “Magnificent Seven”, ce sont inévitablement eux qui sauveront la semaine et feront oublier le stress actuel qui pèse sur le marché japonais. Traduction : si Microsoft, Apple, Meta et Tesla ne se plantent pas, tout le monde sera content, l’IA reste magique et les indices pourront continuer à compter les jours avant la prochaine baisse des taux, parce que finalement c’est ça qui motive.

Et puis il y a la Corée du Sud, qui nous a fait un petit sketch. Le KOSPI est en hausse de plus de 2%, alors qu’il avait démarré dans le rouge. Pourquoi ? Ben tout simplement, encore une fois à cause de Trump qui a encore agité la menace des droits de douane, en parlant de les faire passer de 15 à 25% sur les importations coréennes, parce que le Trade Deal ne se signe pas assez vite. Panique express sur Hyundai et Kia, qui se font démonter à l’ouverture… avant que Séoul ne dise : “Euh… nous, on n’est au courant de rien”. Résultat : demi-tour, SK Hynix explose à +6%, Samsung prend +3%, et tout le monde fait semblant que rien ne s’est passé. Classique. Mais pourtant, Trump a tout de même menacé. Que le gouvernement soit au courant ou pas, Google est au courant. Après, on peut imaginer que les traders sont déjà en train de se dire qu’il va nous faire une TACO Trade et du coup, autant racheter tout de suite ! Bref, pour le moment, la Corée explose, le Nikkei remonte de 1%, malgré un yen toujours fort et de exportatrices qui souffrent et la Chine et Hong Kong suivent le mouvement. Tout va bien en Asie, tant que les MAG7 ne se plantent pas.

Le pétrole est à 60.20$. Il se calme un peu, même si la tempête de neige fait toujours rage aux USA et que le Porte-Avion Abraham Lincoln est arrivé dans la banlieue de Téhéran. L’or est à 5’100$ et l’argent s’échange à 108$ ce matin. Le rendement du 10 ans US est à 4.22%, celui du 10 ans japonais est à 2.28% et le 40 ans est sous les 4%.

Ailleurs dans le monde

Pendant que l’on compte les heures pour les chiffres du trimestre – dont ceux de Meta – et que l’on attend la prise de parole de Powell pour la scanner en détails, on apprend que, Meta prépare doucement la fin du “tout gratuit”. Zuckerberg va tester des abonnements payants sur Instagram, Facebook et WhatsApp pour donner accès à des fonctions IA plus avancées. Officiellement, c’est pour booster créativité et productivité. Officieusement : rentabiliser les milliards cramés dans l’IA, parce qu’il faut bien que quelque paie les hectares de Data Centers qu’on a construit ces dernières années. Dans le package, on retrouve les agents IA de Manus, une boîte rachetée 2 milliards, et des outils comme Vibes, la plateforme de vidéos IA. La version de base resterait gratuite, mais les options vraiment cool passeraient en mode “carte bleue obligatoire”. Les modèles Llama resteront open source, mais pour l’usage premium, Meta s’aligne sur OpenAI et Google. Ces abonnements arriveront progressivement, en mode test. Moralité : le gratuit reste… mais pour les trucs cool, il faudra payer.

Et puis pendant que tout le monde se concentre sur le concret des trimestriels, il y a un bruit de fond qui revient avec insistance : le SHUTDOWN serait de retour. Les États-Unis sont à deux doigts d’un shutdown partiel ce week-end. Pourquoi ? Parce que le Congrès est en train de jouer à la montre et que les Démocrates bloquent le budget de la Sécurité intérieure (Le DHS) après la mort d’un homme à Minneapolis, tué par une des ordures de l’ICE, la police des frontières de Trump qui se rapproche plus de la Gestapo que des forces de l’ordre. 10 balles dans le corps pour un gars qui n’était pas armé, à ce stade-là, c’est un meurtre. Du coup, les Démocrates mettent les pieds au mur. Il faut savoir que le paquet budgétaire, c’est 1’300 milliards de dollars pour financer l’État jusqu’en septembre. Le problème, c’est le volet immigration : ICE, CBP, contrôle des frontières. Les Démocrates veulent plus de contrôle, plus de règles, moins de cow-boys et d’assassins et exigent de sortir le budget de la sécurité intérieure du deal global. Les Républicains, eux, refusent de découper le texte. Résultat : sans accord avant samedi minuit, le DHS et le Pentagone ferment partiellement, avec des centaines de milliers de fonctionnaires mis en congé forcé (payés plus tard, comme d’hab). Les services critiques continuent, mais le bazar politique est total. Pour faire simple ; Trump veut avancer, les Démocrates veulent encadrer, le Sénat est bloqué, et le shutdown redevient un outil politique assumé. Bienvenue à Washington. C’est pas ce qu’on a vraiment besoin pour l’économie en ce moment, mais quand on voit que malgré le gigantesque SHUTDOWN de l’automne dernier, l’économie a tout de même cartonné comme jamais, on voit mal ce qui pourra mal se passer – au pire on modifiera les chiffres directement sur le fichier EXCEL.

Et le reste..

La FED entame donc sa réunion aujourd’hui et parlera demain. En attendant, on va se concentrer sur les chiffres de LVMH qui seront publié ce soir, mais il y aura aussi Boeing, RTX, United Health, Texas Instrument, Seagate, UPS, Northrop et Union Pacific. On aura donc de quoi lire. Du côté macro, il y aura les nouvelles immatriculations de voitures en Europe, la confiance du consommateur en France et aux USA, le Redbook et accessoirement, Trump devrait parler ce soir, puisque c’est le jour du discours de l’État de l’Union. Statistiquement, le discours est un « non-événement » pour les indices en général. Cependant, si le ton sur les tarifs douaniers est plus agressif que prévu, cela pourrait faire dévier le marché de ses moyennes historiques et accroître la pression sur les valeurs internationales. Mais surtout, les statistiques ne veulent rien dire, parce que c’est Trump et qu’il est clairement « à part »…

Pour le moment les futures sont légèrement en hausse, mais rien de notable et il ne nous reste plus qu’à attendre patiemment la longue litanie des nouvelles neuves qui vont nous tomber dessus ces prochaines heures. De mon côté, il me reste à vous souhaiter une excellente journée et un très bon café et on se voit demain pour la suite de cette saison passionnante de Trump à la Maison Blanche.

À demain.

Thomas Veillet
Investir.ch

“I find that the harder I work, the more luck I seem to have.”
― Thomas Jefferson