22 points. 22 points c’est le chemin qui nous reste à parcourir pour aller chercher les 7'000 sur le S&P500. 22 points, c’est 0.3% de hausse à gratter ce mercredi pour aller chercher les plus hauts de tous les temps et changer de « millier » sur l’indice de référence américain. Alors oui, vous me direz que ça n’est pas grand-chose et que ça vous fait une belle jambe que l’on soit au-dessus des 7'000 ou en-dessous. Et c’est vrai. Ça ne change absolument RIEN. Je ne sais pas, je trouve qu’il y a quelque chose de mythique à observer ces indices passer ces « milestones ». Surtout que moi je l’ai vu à 230. Ça va faire un sacré chemin parcouru. Bref, le S&P va passer les 7'000 ce soir.
L’Audio du 28 janvier 2026
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Du point de vue des marchés
Le nombre de casquettes vendues pour cette « barrière » mythique qui sera franchie n’est pas vraiment quelque chose d’important. Non, l’important en ce moment c’est que l’on soit fermement convaincus que les Magnificent Seven vont nous afficher un quatrième trimestre de 2025 de folie et que plus rien ne pourra nous empêcher de monter. Il y a aussi la FED qui ne fera rien ce soir, mais qui – on l’espère – nous donnera des indices sur la suite des évènements et la prochaine baisse des taux à laquelle on pourra s’attendre. En tous les cas, une chose est sûre, c’est que cette cinquième hausse consécutive de cet indice est surtout causé par l’optimisme dont nous faisons preuve pour la suite, pour ce soir surtout. Oui, parce que ce soir, après la clôture et après le discours de Powell, il y aura les publications trimestrielles de Microsoft, Tesla et Meta.
Les déclarations de ces trois-là ont et auront le pouvoir de nous faire accélérer bien plus haut que les 7’000 et de donner une ambiance optimiste pour le reste de la saison des publications ou alors de couler une chape de plomb sur les épaules des investisseurs. Il faut dire que si l’IA existe, c’est que les MAG7 investissent et maintenant qu’on le sait, on attend avec impatience qu’ils nous montrent comment ils vont faire du fric et quel est le RETOUR SUR INVESTISSEMENT. Ça n’est probablement pas ce soir que l’on saura tout, mais au moins on verra si les analystes ont placé la barre trop haut ou trop bas. Parce que ne soyons pas idiot ; c’est la seule chose qui compte. En attendant, on y croit et ce soir, on saura. On saura aussi ce que compte faire Powell, ou en tous les cas on essayera de savoir ce qu’il entend dans son discours codé avec des tout petits caractères en bas de la page.
Mais il s’en passe des trucs quand même
Par contre, au-delà des espoirs que l’on place dans les chiffres des grands de ce monde, il s’en est quand même passé des choses. À commencer par ce qui s’est passé dans le secteur des assurances de santé aux USA. Pour faire simple, L’administration (via les centres Medicare & Medicaid sous la direction de Mehmet Oz) a proposé une augmentation des taux de remboursement pour Medicare Advantage de seulement 0,09 % pour 2027. Autant vous dire que c’est pas DU TOUT, mais alors pas DU TOUT ce qui était prévu par les experts qui s’attendaient à quelque chose comme 4 ou 5%. Le trou est donc énorme et toutes les boîtes impliquées de près ou de loin dans l’histoire du Medicare, se sont fait littéralement massacrer. UnitedHealth (UNH) clôturait en baisse de 20 %. l’entreprise a également publié EN MÊME TEMPS, un chiffre d’affaires pour le quatrième trimestre inférieur aux attentes. Et puis ailleurs dans le secteur, Humana – qui est la plus exposée à la problématique – a perdu 21 %, CVS Health a chuté de 14 %, Alignment Healthcare a dégringolé de 12 % et Elevance Health a reculé de 14 %.
Avant de paniquer et de sauter par-dessus bord en appelant au secours, il faut comprendre que ça n’est pas le taux définitif, mais uniquement le début d’une négociation. Mais disons que vu le taux proposé, le gouvernement ne semble pas très enclin à la générosité, il faut dire que si on veut augmenter le budget de l’armée, il faut bien couper quelque part. C’était donc une sale journée pour les assureurs. Un peu comme la journée du dollar. Le billet vert se retrouve au plus bas depuis plusieurs années, entre les rumeurs de sauvetage du Yen et les discours de Trump qui est « très très content » de voir sa monnaie si base basse parce qu’il fait un « monstre » business à l’export, le dollar n’est pas au mieux de sa forme.
Et du côté des chiffres
Autrement, Boeing a publié des résultats qui claquent. Enfin, qui « claquaient ». C’est 9,92$ de bénéfice par action, alors que Wall Street attendait une perte. Sur le papier, c’est spectaculaire. Sauf que très vite, on a regardé derrière le rideau. Dans ces chiffres, il y a la vente de la division Digital Aviation Solutions. Résultat : 11,83 dollars par action sortis du chapeau. Sans ça, Boeing perdait encore environ 2 dollars par action. Autrement dit : progrès, oui, miracle, non. Le titre a ouvert en baisse, il a rebondi, puis il a replongé – loin de moi l’idée de faire une analogie avec la trajectoire d’un avion en difficulté, mais à la clôture, on affichait une baisse de 1.6%. Un classique. D’autant plus que Boeing était déjà à +16 % depuis le début de l’année. Les bonnes nouvelles étaient largement anticipées.
Là où Boeing marque quand même des points, c’est sur les livraisons. 160 avions livrés au quatrième trimestre, contre 57 un an plus tôt. Et surtout, une trajectoire claire : 500 737 MAX livrés en 2026, une production qui monte vers 47 avions par mois, et un free cash-flow redevenu positif. C’est surtout ça que le marché veut entendre. Pas des chiffres comptables, des avions qui sortent des usines. Boeing n’avait plus fait de bénéfice annuel depuis 2018. Cette fois, la série est rompue. De justesse, mais symboliquement. Avec un nouveau CEO aux commandes et des objectifs plus crédibles, Boeing avance enfin dans le bon sens. Lentement. Très lentement. Même si le titre est en baisse à la clôture hier, une chose est sûre : Boeing va mieux.
Hier soir, dans la thématique des semiconducteurs, il y avait aussi Texas Instrument. Texas Instruments a fait ce que le marché attendait depuis un moment : envoyer un signal positif.
Pour le premier trimestre 2026, le groupe anticipe un chiffre d’affaires entre 4,32 et 4,68 milliards de dollars, au-dessus des attentes. Pas spectaculaire, mais suffisant pour réveiller un secteur anesthésié. Réaction immédiate : +6 % en after-market. Texas Instruments, c’est de l’analogique. Pas de hype, pas d’IA magique. Juste des puces qu’on retrouve partout — industrie, auto, électronique grand public. Quand TI va mieux, c’est souvent que la demande réelle commence à revenir. Il faut dire que 2025 a été moche. Stocks surdimensionnés hérités de la période Covid, activité sous pression, et une action en baisse de plus de 7 % sur l’année. Le rebond de +13 % depuis janvier ressemble donc moins à un excès d’optimisme qu’à un retour à la normale. Le chiffre d’affaires du quatrième trimestre 2025 est légèrement sous les attentes, et le contexte reste flou. Les nouvelles menaces douanières de Trump ne ciblent pas directement les puces analogiques, mais l’incertitude commerciale et géopolitique continue de planer.
Et puis on peut encore parler de la confiance du consommateur. C’est d’ailleurs assez mythique parce qu’aux États-Unis, le moral du consommateur vient de se péter la gueule propre en ordre. La confiance chute à son plus bas niveau depuis 2014. Oui, 2014. Avant Trump 1, avant le Covid, avant l’IA, avant tout ce cirque. Ces derniers mois, on avait pourtant l’impression que ça allait un peu mieux. Un frémissement. Mais le dernier rapport du Conference Board vient rappeler une chose simple : les Américains flippent. Ils flippent pour leur job — la peur de ne pas en retrouver un en cas de coup dur remonte en flèche.
Ils flippent pour les prix — les anticipations d’inflation repartent à la hausse. En résumé :
les marchés battent des records, l’économie fait semblant – même si on nous dit que tout va SUPER BIEN – mais pendant ce temps-là, le consommateur, lui, il n’y croit plus du tout.
Et quand le consommateur américain doute, historiquement, ce n’est jamais une bonne nouvelle. Mais bon, c’est sûrement le gouvernement qui a raison. Voir un gouvernement se tromper, ça paraît quasi-improbable.

En Asie
Globalement, les Bourses asiatiques montent, tirées par la sainte trinité et le reste monde, dans la même thématique que les US hier… Y en a qui mette tout sur le rouge au casino, d’autres qui bluffent au poker, mais là on compte sur la Tech, l’IA et les résultats des méga-cap US. Wall Street enchaîne les records, le Nasdaq vas bien, et les futures US continuent de grimper. Les investisseurs se positionnent avant les résultats de Microsoft, Meta et Tesla, avec Apple demain, mais ça, vous avez déjà dû l’entendre. L’idée est simple et basique ; si l’IA continue de cracher du chiffre d’affaires, la fête continue. Personne ne veut rater le buffet. Résultat, la Corée du Sud est en feu : le KOSPI prend jusqu’à +2 % comme tous les jours et grâce à SK Hynix et Samsung, comme tous les jours. Hong Kong s’emballe aussi, +2,4 %, la tech en tête et la Chine avance plus calmement, mais avance quand même.
Le yen se renforce, et ça, c’est l’ennemi juré des exportateurs japonais. Résultat : Nikkei en baisse, même si les valeurs IA comme Renesas ou SoftBank limitent la casse, surtout qu’il y a des rumeurs provenant de personnes proches du dossier, qui laissent supposer que Softbank pourrait investir 30 milliards de plus dans Open Ai… La diversification est visiblement un modèle éculé chez Softbank. En résumé l’Asie parie sur l’IA et les résultats US, comme les US. Le Japon fait souffrir ses exportatrices avec son yen qui vient de recommencer le Body Building… Le rendement du 10 ans japonais est à 2.23% et le 40 ans est à 3.90%. Du côté du pétrole, on parle toujours de l’Iran et des menaces des deux côtés, le baril est à 62.83$, l’or est à 5’290$ et l’argent est à 114$, pendant que le Bitcoin est à 89’000$. Pour terminer, le 10 ans US est à 4.23%.
Les nouvelles neuves
Ce matin, ASML a encore fait ce qu’on attend d’ASML : délivrer du solide et de la qualité.
En 2025, le groupe affiche plus de chiffre d’affaires, plus de bénéfices, et plus de dividendes. Le bénéfice net grimpe à 9,6 milliards d’euros, le chiffre d’affaires à 32,7 milliards, globalement pile dans les clous des attentes. Pas de feu d’artifice, mais pas de déception non plus. ASML reste ASML : régulier, cher… et indispensable. Cerise sur le gâteau ; le dividende est en hausse, à 7,50 euros par action. Message clair aux actionnaires : ça continue de bien se passer. Et pour la suite, la boîte voit encore plus grand. Pour 2026, ASML vise entre 34 et 39 milliards d’euros de ventes. Autrement dit : l’IA, les data centers et les semi-conducteurs avancés continuent d’alimenter la pompe. En résumé : ASML ne surprend plus, mais ne déçoit jamais, la croissance est là, la visibilité aussi.
Et puis hier soir, LVMH a publié son trimestre et le message est clair : ça tient, mais ça ralentit. En 2025, le groupe fait un bénéfice légèrement meilleur que prévu, malgré un climat économique et politique franchement pas terrible. Le résultat net recule de 13 %, la marge baisse un peu, pénalisée par les devises. La mode et maroquinerie, le cœur du réacteur avec Vuitton et Dior, marque le pas. Le chiffre d’affaires recule de 5 %, mais en organique, la baisse est limitée à –1 %. Et surtout, le quatrième trimestre surprend positivement, là où le marché attendait une rechute. Géographiquement, les États-Unis tiennent, l’Europe ralentit, l’Asie va mieux, le Japon reprend son souffle après une année exceptionnelle. Côté gestion : cash-flow en hausse, investissements en baisse, dette nettement réduite. Le luxe n’est plus en euphorie, mais il n’est pas en crise non plus. LVMH avance au ralenti, mais reste largement devant le peloton et surtout, surtout, on constate une reprise en fin d’année.
Trump et la FED
Et puis comme la FED est au centre du monde, on n’oubliera pas que Trump cherche toujours un patron pour la FED et que, pour la 325ème fois, le Président a dit hier soir, que « ça allait venir bientôt ». Le problème de cette lenteur, c’est qu’il cherche un mouton à cinq pattes. Il veut quelqu’un qui baisse les taux vite, très vite… mais qui soit aussi crédible aux yeux de Wall Street, des marchés obligataires et des autres banquiers centraux. Autrement dit : obéir à Trump sans avoir l’air d’obéir à Trump. Résultat : quatre finalistes, aucun parfait. Il y a Kevin Hassett, l’homme de confiance, ultra-aligné avec Trump. Problème c’est qu’il est trop proche. Nommer son propre conseiller ferait hurler sur l’indépendance de la Fed et pourrait affoler les marchés. Même Trump hésite. Puis il y a Kevin Warsh, ancien de la Fed, bien coiffé, bien installé, très establishment. Mais inflation hawk, proche de Druckenmiller, pas vraiment fan des baisses de taux massives. Pas très “Trump-compatible”. Il y a ensuite Christopher Waller, gouverneur actuel de la Fed. Crédible, apprécié par Wall Street, plutôt pro-baisse de taux. Mais pas de lien personnel avec Trump… et un entretien qui n’a pas marqué les esprits. Et puis il y a Rick Rieder, l’outsider. Monsieur Obligataire chez BlackRock, 3’000 milliards sous gestion, pro-baisse de taux depuis toujours. Crédible, constant… mais zéro ADN Trump et quelques casseroles politiques côté électorat MAGA.
Le fond du problème est donc là : Trump veut quelqu’un qui lui dise oui avant, et qui continue de lui dire oui après. Or l’histoire montre que les présidents se trompent souvent… Powell en est la preuve vivante. Pour l’instant, Trump temporise. Powell est encore là jusqu’en mai, la Fed ne baisse pas les taux cette semaine, et la frustration monte.
Conclusion, Trump veut contrôler la Fed sans casser la confiance des marchés. Et pour l’instant, il n’a toujours pas trouvé le mouton magique.
Côté chiffres
Du côté des chiffres du jour, nous aurons donc les chiffres d’At&t, de Corning – qui vient de signer un deal de 6 milliards avec Meta – comme quoi META a encore du pognon. Il y aura aussi General Dynamics, Starbucks, LAM et IBM en plus des trois usual suspects déjà annoncés, Meta, Microsoft et Tesla. En Europe, nous aurons Volvo et Lonza. Pour le reste, au cas où vous ne saviez pas – y aura la FED ce soir !
Passez une belle journée malgré ce temps immonde et nous on se revoit demain pour de nouvelles aventures et pour décortiquer la FED…
À demain, et bonne chance.
Thomas Veillet
Investir.ch
Be happy. Be yourself. If others don’t like it, then let them be. Happiness is a choice. Life isn’t about pleasing everybody.