On dit toujours que c’était mieux avant. Et des fois je pense que c’est pas complètement faux. Avant, on avait une journée de trading qui se terminait à la clôture et qui – des fois – continuait encore un peu « after close », mais rien de bien méchant. Maintenant on a des cryptos qui traitent 24 heures sur 24, une journée qui commence avant qui se termine bien après et Trump qui peut publier des messages sur les réseaux sociaux à n’importe quel moment. Ça va devenir de plus en plus compliqué de publier une seule chronique par jour. Mis à part ça, la marche en avant continue et les records tombent un peu partout, pendant que le pétrole se fait démonter. À cause de Trump, bien sûr.

L’Audio du 7 janvier 2026

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La tech aux commandes

Si l’on se rappelle des sujets de première page d’hier, en regardant uniquement la clôture, on aurait pu se dire que Nvidia avait dû encore faire des siennes pour emmener le S&P500 au plus haut de tous les temps. Et pourtant, Nvidia, malgré son annonce tonitruante sur Vera Rubin, n’a pas terminé en hausse. Elle a laissé la vedette aux semiconducteurs et tout particulièrement à ceux qui font de la mémoire pour l’IA. On se souvient tous de Micron qui a cartonné ces derniers temps et bien hier, c’est tout le reste du secteur ET Micron qui prenaient l’ascenseur. En effet, dans le discours de Jensen Huang, en tout petit caractères, il fallait également retenir que tout ce qui était « mémoire » utilisée pour l’IA commençait a générer quelques inquiétudes. Huang a déclaré que :

« L’approvisionnement auprès de nos entreprises partenaires se déroule sans accroc, malgré les inquiétudes sur une pénurie de puces mémoire. »

Vous aurez donc bien compris que c’est la seconde partie qui a attiré l’attention du marché. Le CEO de Nvidia a précisé qu’ils étaient devenus un « très gros client direct » pour des technologies comme la mémoire LPDDR5, ce qui pointe directement sur des fournisseurs comme SanDisk, Samsung et SK Hynix. C’est clairement cette annonce qui a « propulsé » le secteur. Pour ajouter un peu de contexte, pour que l’IA devienne « persistante » (autrement dit pour que les agents se souviennent de tout sur le long terme), il faut une quantité colossale de mémoire. Bref, hier Seagate, Sandisk et Western Digital ont tous massivement explosé pour emmener le S&P500 au plus haut de tous les temps. Pour vous donner un ordre d’idée sur la hausse de certains titres hier, Sandisk a pris 27%. Et puis, on notera AUSSI que du côté des annonces officielles, Microchip a révisé ses prévisions de ventes à la hausse – bien sûr – ce qui rajoutait une couche d’optimisme dans les semiconducteurs et 11% de hausse supplémentaire pour les actionnaires.

Records, records et records

Pendant que le S&P500 battait son premier record de 2026 et que mon instinct me disait que c’était pas le dernier record battu en 2026, le Dow Jones s’est définitivement établi au-dessus des 49’000. Ce qui nous rapproche de plus en plus d’un sujet hyper-intéressant : le Dow Jones pourrait bientôt franchir les 50’000 alors que le S&P500 va incessamment passer la barre des 7’000. Il va y avoir un business de casquettes et de t-shirts à mettre en place, ça va être de la folie. Et puisque l’on parle de records, il faut aussi noter que le SOX, l’indice des semiconducteurs a également terminé au plus haut de tous les temps.

Nous sommes à peine à l’aube de cette nouvelle année et les choses s’emballent déjà. Avant on commençait à s’intéresser aux marchés à partir du 15 janvier, le temps de digérer les huîtres au foie gras et les litres de champagne, mais là, en 2026, on attaque directement dans l’agressivité haussière alors que les Bears sont toujours en train d’hiberner. Le contexte géopolitique est hyper-tendu, mais les marchés n’ont qu’une idée en tête : faire mieux qu’en 2025. Pourtant, de l’autre côté, on continue d’avoir des publications bien pourries au niveau de l’économie. L’ISM de lundi était moche comme il est moche depuis 10 mois et les PMI’s qui sont sortis hier, étaient tous les deux nettement en-dessous des attentes. Pas besoin d’avoir un prix Nobel d’économie pour se dire que si on ne change pas rapidement de tendance, on va forcément devoir parler de récession à un moment ou un autre. Je sais bien que c’est mal de prononcer le mot en « R », mais force est de constater que ça ne s’améliore pas. Baisse des taux ou pas baisse des taux.

Alors oui, on continue de balayer les chiffres pourris du revers de la main en se disant que ça n’est qu’un argumentaire pour baisser ENCORE UN PEU PLUS les taux, mais par moment, ça donne un peu l’impression qu’on préfère payer une boîte qui a des liens avec Nvidia 30% plus cher que la veille pour des ventes hypothétiques ou des « shortages » de mémoire éventuel, plutôt que de se demander à quel moment l’économie va arrêter de donner des signaux d’alarme. Les prochains chiffres qui arrivent (ADP ce soir et NFP vendredi) vont quand même valoir leur pesant d’or. Et quand on voit le prix de l’or en ce moment, ça va faire un paquet de pognon.

Europe molle

C’était un peu moins la fête au village en Europe, mais on se balade quand même au plus haut de tous les temps un peu partout. La Suisse a d’ailleurs marqué un nouveau record également dans l’anonymat le plus total… Au-delà du secteur des semiconducteurs qui s’est également bien comporté durant la séance d’hier, c’est du côté de la macro qu’il fallait observer. Oui, parce que si l’on en croit les chiffres, c’est la douche froide pour la vie chère. En Allemagne, l’inflation descend à 1,8 % (contre 2,3 % en novembre), leur plus bas niveau de l’année. Et côté français, on frôle le calme plat : l’inflation est annoncée à 0,8 %. Les investisseurs jubilent, le dragon de l’inflation semble enfin dompté.

Alors après, je veux bien admettre que ça fait toujours plaisir de voir que les CPI’s sont en baisse, mais j’aimerais quand même préciser que – contrairement à ce qu’on croit – ça ne veut PAS DIRE QUE LA VIE EST MOINS CHÈRE, mais ça veut dire que les prix montent moins vite !!! L’un dans l’autre sur ces 5 dernières années votre POUVOIR D’ACHAT s’est fait littéralement piétiner, mais il faut être CONTENT PARCE QUE DORÉNAVANT, vous vous ferez toujours marcher dessus, mais moins fort… Comme quoi des fois faut se contenter de peu. Bref, hier l’inflation allait mieux en Europe et on était content, le consommateur on s’en fout, c’est l’inflation qui compte.

Le Trump du jour

Et puis, je vous le disais en début de chronique, une fois que la séance de la journée fût terminée, Trump a fait son « post » du jour. Le Président Américain et le Président du Venezuela qui, apparemment, sont la même personne a donc annoncé que le Venezuela allait envoyer entre 30 et 50 millions de barils aux USA. Ensuite, Trump allait lui-même s’occuper de les vendre au prix du marché et faire le nécessaire pour que le résultat de cette vente soit retourné à son peuple. Le peuple du Venezuela, on s’entend bien.

Si sur le papier ça ressemble à un coup de génie humanitaire, dans la vraie vie, c’est plutôt « Mission Impossible » version bureaucratie. D’abord, niveau loi, Trump semble avoir oublié un petit détail qu’on appelle : la Constitution. Le Congrès est déjà en train de s’étouffer avec son café parce qu’aux USA, l’argent, c’est normalement les élus qui décident où il va, pas le Président en mode « c’est ma tirelire ». On est à deux doigts du « L’État, c’est moi », mais avec une casquette rouge, ça serait Mélenchon, on ne serait pas surpris, mais Trump… Oui, bon, on n’est pas surpris non plus….

Côté logistique, c’est pas plus brillant, le pétrole vénézuélien c’est du « brut lourd ». Pour faire simple, c’est de la mélasse bien épaisse que les raffineries US ne peuvent pas digérer sans se bourrer d’Alka Selzer tout au long de la journée. C’est donc pas une livraison banale de 50 millions de barils sur le parvis de la Maison Blanche, y a un peu de travail en amont et ça, on n’en parle pas trop. Pendant ce temps, les grands patrons de Chevron, ExxonMobil et ConocoPhillips ont reçu leur convocation pour vendredi. Imagine, t’es invité à un dîner dans un restaurant hyper-cher et tu sais déjà que quoi qu’il arrive, c’est toi qui va payer à la fin. Sur le papier le business du Venezuela qui te tombe dans le bec sans effort, c’est bien. Mais maintenant va falloir voir quelles sont les conditions qui vont derrière. Wall Street a d’ailleurs réagi avec la subtilité d’un coup d’un rouleau compresseur : les pétrolières ont plongé violemment hier. Pourquoi ? Ben, parce que réparer l’industrie pétrolière du Venezuela, c’est comme essayer de renflouer le Titanic avec deux Zodiacs et un paquet de ballons gonflables : c’est colossal, c’est cher, et personne ne sait si ça va vraiment fonctionner un jour. Trump veut faire un strike, mais pour l’instant, il a surtout réussi à faire couler les actions de ses potes pétroliers avant même d’avoir débouché le premier baril. Le baril s’est effondré à 56$ et l’ETF du secteur, le XLE se prenait près de 2.6% dans les dents hier. En tous les cas, je suis sûr d’une chose : on va en reparler…

L’Asie et le reste

Alors que le reste de l’Asie commence à avoir la gueule de bois après l’euphorie du début de semaine, la Corée du Sud est la seule à encore faire la fête : le KOSPI vient de pulvériser un record historique, porté par des investisseurs qui sniffent littéralement de l’IA et de la mémoire dès que Nvidia ouvre la bouche. Samsung et SK Hynix s’envolent, prouvant que dans ce monde, si tu ne vends pas de puces, tu ne sers à rien ! Pendant ce temps, l’ambiance est nettement plus électrique entre la Chine et le Japon. Pékin a décidé de punir Tokyo en bloquant ses exportations stratégiques, une sorte de « rupture diplomatique » qui a immédiatement fait glisser le Nikkei dans le rouge, un rouge qui veut dire 1% à l’heure où je vous parle. Hong Kong recule de 1.4% et la Chine baisse de 0.25%. On parle de prises de profits sur le Hang Seng et en Chine on parle de rien mais on n’aime pas les Japonais. Ce matin en Asie, soit tu grimpes dans le train de l’IA avec les Coréens, soit tu restes sur le quai à regarder la Chine et le Japon se jeter la vaisselle et les baguettes au visage. L’or est à 4’465$, l’argent vaut 79.19$, le Bitcoin se traite à 92’600$. Et du côté des 10 ans, l’américain est à 4.16% et sa version japonaise est à 2.11%.

Du côté des nouvelles du jour, on parle bien sûr de Trump qui se lance dans l’import/export de pétrole, mais pas que. Non parce qu’il y a un autre sujet que le pétrole, c’est celui du Groenland. Alors que la plupart des pays de l’OTAN sont en train de hurler à la mort rien qu’à l’idée que Trump puisse mettre la main sur une grande étendue froide et gelée (enfin gelée, plus pour très longtemps), Trump continue de faire durer le suspense et déclare qu’il se demande s’il doit utiliser l’armée ou pas pour prendre possession d’un truc où personne n’aurait vraiment envie de passer ses vacances. Du côté géopolitique, il est clair que selon l’art et la manière de faire les choses, ça risque de couiner dans les chaumières… Mais en même temps, qui va oser faire ou dire quelque chose ? Alors oui, la France rue dans les brancards et je ne sais plus quel branquignole du gouvernement a déclaré que la France pourrait s’opposer militairement à la chose, mais en même temps, quand il y a 3 centimètres de neige à Paris, le pays est paralysé, alors envoyer des gars se battre dans la neige, suis pas sûr que ça soit la meilleure solution.

Toujours est-il que c’est le sujet du moment. Enfin, le sujet géopolitique du moment, savoir qui sera le Président des pingouins l’année prochaine. Autrement le nouveau CEO de Berkshire Hathaway, remplaçant de Warren Buffet, Greg Abel, va toucher 25 millions de dollars de salaire. Ça fait quand même vachement plus cher que son prédécesseur qui bossait pour rien. On parle aussi de xAI de Musk qui a levé 20 milliards pour développer Grok et l’empêcher de faire du contenu pour adulte et puis, autrement, je ne sais pas si vous avez vu, mais on ne parle plus de la paix en Ukraine…

Côté chiffre

Si Trump ne prend pas d’assaut Téhéran pendant la nuit, normalement la fin de semaine sera totalement dédiée aux chiffres économiques. On va commencer tout de suite avec le chômage en Allemagne, le CPI en Europe et puis cette après-midi, y aura du lourd avec les chiffres de l’emploi ADP, puis les JOLTS, ainsi que les ISM non-manufacturier qui seront pourris-mais-tout-le-monde-s’en-fout et on terminera avec les inventaires pétroliers qui ne voudront probablement rien dire étant donné la situation actuelle.

Pour le moment les futures sont inchangés et moi je vous revois demain matin à la même heure et au même endroit. Passez une très belle journée, soyez forts !

À demain.

Thomas Veillet
Investir.ch

“When I was 5 years old, my mother always told me that happiness was the key to life. When I went to school, they asked me what I wanted to be when I grew up. I wrote down ‘happy’. They told me I didn’t understand the assignment, and I told them they didn’t understand life.”
― John Lennon