Je crois qu’on a un problème. Et pour une fois le problème n’est pas fondamental, il n’est pas macro-économique, ou même lié à l’Intelligence Artificielle qui claque du pognon comme si ça ne coûtait rien. Non, il est POLITIQUE. Ou plutôt il est « trumpiste ». En effet, le Président Trump est en train de devenir omniprésent et omnipotent sur la scène géopolitique mondiale, mais surtout pour ce qui nous concerne, sur la scène financière mondiale. C’est la première chose qui m’a frappé ce matin. Lorsque vous prenez le temps de lire ce qui « a fait bouger le marché » hier : il n’y a que du Trump. Partout. Ça en devient presque inquiétant.
L’Audio du 8 janvier 2026
Bordel mondial
Les indices américains ont interrompu leur marche haussière entamée depuis le début de l’année. Après avoir battu de nouveau records mardi soir, le Dow Jones et le S&P500 se sont repliés en terrain négatif. 0.94% de baisse sur le Dow et 0.34% sur le S&P500. Le Nasdaq lui, s’en est sorti avec une micro-hausse de 0.16% grâce à des théorie sur l’IA et la place d’Intel dans tout ça. Mais aujourd’hui, ça n’est pas le sujet. Si on prend le temps de lister ce qui faisait bouger les indices hier, on se retrouve avec la liste suivante :
Point numéro 1 : Trump qui veut interdire aux gros investisseurs institutionnels comme Blackstone, Invitation Home, Lennar, ou même encore BlackRock, d’acheter des maisons individuelles. Certains de ces acteurs ont déjà monté des portefeuilles gigantesques sur ce secteur et le Président n’en veut plus. Ça n’a pas plus aux investisseurs.
Point numéro 2 : Le merdier du Venezuela ne fait pas tant plaisir que ça aux pétrolières. L’investissement pour relancer l’industrie pétrolière sur place est énorme et le risque aussi. Ils veulent des garanties et ils auront l’occasion d’en parler à la Maison Blanche vendredi, mais à voir le comportement du secteur, on a peur que Trump n’écoute personne, impose ses choix et sa stratégie et n’en fasse qu’à sa tête. Dernier évènement en date ; les garde-côtes américains ont saisi un pétrolier russe qui contenait du pétrole vénézuélien au milieu de l’Atlantique Nord. On justifie la saisie de par le besoin de contrôler TOUT le pétrole de Maduro partout dans le monde, tant qu’il n’est pas raffiné, mais c’est quand même un pétrolier qui battait pavillon RUSSE. On ajoutera à ça que les bénéfices du pétrole vénézuélien sont censés revenir au peuple vénézuélien, mais comme Trump affirme vouloir contrôler le brut local sur une durée « illimitée », on se demande quand même si ça va pas finir dans les poches américaines. Bref, le sujet du pétrole vénézuélien est un cadeau empoisonné qui EN PLUS est contrôlé par Trump.
Point numéro 3 : Hier soir le secteur de la défense s’est fait démonter. Et encore une fois, c’est la faute de Trump. Le Président reproche aux géants de la défense (Northrop, Lockheed, RTX…) d’être plus lents qu’un escargot asthmatique pour livrer le matériel, tout en étant très rapides pour remplir les poches des actionnaires. Résultat ? Il veut interdire les rachats d’actions et les dividendes tant que les usines ne crachent pas du feu. Il estime que les PDG des boîtes d’armement doivent se serrer la ceinture et veut fixer un plafond salarial à 5 millions. Pour des mecs qui participent à la gestion des budgets militaires des membres du G7, c’est presque une demande d’aide sociale. On sent qu’ils vont bientôt devoir faire du covoiturage pour aller au Pentagone. Forcément, les investisseurs n’ont pas aimé la blague. Northrop Grumman a plongé de 5,5%, Lockheed de 4,8%. Le seul qui s’en sort, c’est Boeing, mais uniquement parce qu’ils sont déjà tellement dans le dur qu’ils ne payaient déjà plus de dividendes. C’est la stratégie de la survie par l’échec, mais c’est une stratégie.
100% Trump
Voilà, vous avez devant vos yeux les trois raisons principales de la baisse des marchés et les trois sujets qui occupent le plus les médias financiers et les analystes en ce moment. Alors oui, bien sûr, il y a aussi eu des chiffres économiques qui sont sortis et on peut y voir que l’Oncle Sam a le moral en dents de scie : les offres d’emploi ont plongé à 7,1 millions en novembre, bien loin des attentes, confirmant que le marché du travail commence à sérieusement ralentir. Ce que confirme quelque part les chiffres de l’emploi ADP, puisque là aussi ça traîne la patte avec seulement 41’000 créations de postes en décembre. Là aussi, c’est en-dessous des attentes. Par contre, dans un paradoxe total, le secteur des services, l’ISM, pète la forme et finit 2025 sur un record à 54,4, prouvant que l’économie tourne encore malgré des embauches en berne. Bref, les boîtes américaines produisent plus mais recrutent moins, une équation qui devrait plaire à notre ami Donald mais moins aux demandeurs d’emploi.
Mais le problème n’est plus dans la macro. Il n’est plus dans la micro non plus. Ça n’est pas l’IA ; c’est TRUMP. Le mec est partout, il a un avis sur tout, une stratégie pour chaque secteur et le pire, c’est qu’il exprime tout ce qui lui passe par la tête. On dirait un ado qui passe son temps à raconter sa vie à son réseau d’amis virtuels sur Snapchat. Mais Trump n’est pas un ado, c’est le Président des États-Unis… et aussi un peu celui du Venezuela et il pourrait bien devenir le maître de Cuba, le patron des cigares dans pas longtemps. Et tout ce qu’il dit – que ce soit vrai, presque vrai, possible légalement, pas possible légalement, intelligent ou complètement débile, ça a des conséquences sur les bourses mondiales. Et là tout de suite, depuis hier, j’ai vraiment l’impression que Trump a le pouvoir de vie ou de mort sur le marché, rien qu’en sortant une connerie sur Truth Social. On avait déjà vécu ça lors de son premier mandat, mais là c’est la version sous stéroïdes et ça commence à faire un peu peur…
Soyons rationnels
Alors bien sûr, il fait beaucoup de bruit pour rien, parce que ce n’est pas lui qui « à la fin » va prendre les décisions à la place de Chevron ou d’Exxon. Il n’a pas non plus le pouvoir d’interdire les dividendes et les rachats d’actions sur des boîtes privées comme Lockheed Martin. Et avant de faire passer une loi qui interdit à Blackstone de faire du shopping dans la banlieue de Miami, il y a de l’eau qui va couler sous les ponts – les ponts de Miami, bien sûr. Mais quand même, est-ce que Chevron ou Exxon ont le pouvoir et le courage de dire : NON à Donald Trump, est-ce dans leur intérêt de se fâcher avec la Maison Blanche pour les trois prochaines années ??? Et c’est la même chose du côté de l’armement, personne ne peut interdire à Lockheed de payer des dividendes de folie et d’arroser son CEO à coup de dizaines de millions de dollars, mais QUI EST LE CLIENT PRINCIPAL de ces boîtes d’armement ???
Non parce que quand tu vends des F-35, des lances missiles ou même des missiles tout courts, tu ne le vends pas à Madame Jacotet qui tient l’épicerie du village, c’est une clientèle assez particulière et une clientèle qui signe des chèques en blanc sur plusieurs années. Donc si ton client te dit à mi-mot d’arrêter de payer des dividendes… ou sinon… Tu vas forcément commencer à réfléchir. Alors oui, on le sait, Trump est un négociateur, s’il n’a pas forcément la loi de son côté, il essayera de tordre le bras de son adversaire pour le forcer à faire lui-même ce qu’il avait décidé de ne pas faire. Mais en attendant, pour nous, dans le monde merveilleux de la finance, ça n’est pas de bon augure. Déjà avant on se débattait pour interpréter des chiffres qui ont été calculés avec un boulier et magouillés une douzaine de fois avant d’être publiés. Mais là, en plus, on va devoir venir au bureau avec un casque en espérant que Trump ne nous sorte pas une CONNERIE pendant que le marché est ouvert. Et même pendant qu’il est fermé d’ailleurs, puisqu’il a largement de quoi foutre le bordel sur les cryptos à lui tout seul.

J’y vais mais j’ai peur
En résumé de tout ça, hier le marché était parti pour aller chercher les plus hauts de tous les temps aux USA – encore – et Trump a tout foutu par terre avec sa stratégie des annonces dans tous les sens. D’ailleurs je ne sais même pas comment il fait pour réussir à publier des trucs dans tous les sens sur 22 sujets différents pendant une seule journée. Mais il y a une chose qui est absolument certaine, c’est que depuis hier, c’était flagrant, Trump fait ce qu’il veut avec le marché. Et ceux qui ont eu l’occasion de voir son « one man show » d’il y a 48 heures pour « rassurer les élus républicains » au Trump Kennedy Center, il y a VRAIMENT de quoi s’inquiéter. S’inquiéter de ce qu’il pourrait bien nous faire ces prochains mois.
Et pendant ce temps, ailleurs dans le monde, les marchés européens continuent de fonctionner en essayant de ne pas trop surinterpréter les déclarations du Président Trump. Le luxe parisien s’est pris les pieds dans le tapis rouge : la Chine et le Japon s’envoie la vaisselle à la tronche et hop, LVMH et Hermès trinquent. C’est ballot, les ultra-riches Chinois ont apparemment mieux à faire que d’acheter des sacs à 10’000 balles quand l’immobilier s’écroule chez eux. Résultat, le CAC fait du surplace, plombé par ses « poids lourds » qui ont soudainement la grâce d’une enclume. Heureusement, pour sauver les meubles, on peut toujours compter sur la guerre et l’atome ! Thales et Safran s’envolent parce que le monde va mal (merci les tensions au Venezuela et au Groenland, carrément !), tandis qu’ArcelorMittal se réjouit de brancher ses usines sur les réacteurs d’EDF pour 18 ans.
Pendant ce temps, l’Allemagne vit sa meilleure vie… ou presque. Le DAX franchit les 25’000 points, porté par des chantiers qui redémarrent enfin et par la guerre aussi, puisque tout le secteur est en folie, parce que eux, on leur demande pas de couper dans leurs dividendes. Côté social, c’est l’ambiance « stagnation zen » avec un chômage qui ne bouge pas trop, même si on se rappellera quand même que l’industrie allemande est dans le pâté depuis cinq ans. Et puis, pour clôturer le sujet de l’Europe, on notera que l’inflation en zone euro est retombée à 2% et que le SMI terminait dans une hausse violente de 0.01%.
Du côté de chez Xi
Pendant que Wall Street fait sa petite crise de « prise de bénéfices » sous la houlette de Trump, la plupart des places asiatiques ont suivi le mouvement à la baisse. Le Nikkei japonais lâche 1% parce que, bon, après avoir battu des records toute la semaine, il faut bien redescendre sur terre. Idem pour la Chine et Hong Kong, qui affichent une mine aussi réjouie qu’un lundi de rentrée avec des baisses allant jusqu’à 1,4%. Mais la star du jour, c’est la Corée du Sud ! Le KOSPI s’offre ENCORE un record historique, porté par un Samsung qui pète le feu. Ils annoncent des profits records grâce à leurs puces mémoire pour l’IA. C’est simple : tout ce qui touche à l’intelligence artificielle se transforme en or, pendant que le reste du monde essaie de comprendre comment ça marche. SK Hynix suit la danse, prouvant que si tu veux être riche en 2026, il vaut mieux vendre des puces que des sacs à main – en ce moment.
Du côté des chiffres dont il faudra se souvenir ce matin, le pétrole est connecté sur le compte Truth Social et le compte X de Trump et il se traite à 56.30$. L’or est à 4’440$, l’argent est à 77.50$ et le Bitcoin s’échange à 91’000$. Côté obligataire, le 10 ans américain offre un rendement de 4.14% et la version japonaise propose du 2.09%.
Des nouvelles au régime
Pour ce qui est des nouvelles du jour c’est pas la folie. Comme je l’ai largement mentionné dans cette chronique, c’est surtout ce que va dire Trump dans les 12 prochaines heures qui va déterminer la suite de la promenade de santé que nous faisons depuis le premier janvier. Après, on pourra noter que la croissance du PIB indien est de 7.4%, que la France est au ralenti sous des montagnes de neige et que les chaînes d’info continue ne trouvent plus les mots pour décrire un flocon et invitent des experts sur les plateaux pour expliquer ce que sont des chaînes à neige. On retiendra aussi que dans la stratégie du contrepied, Trump vient de proposer un budget militaire de 1’500 milliards pour 2027, contre 901 milliards cette année. Après avoir tapé sur les boîtes d’armement il y a 8 heures, il veut leur offrir de nouveaux contrats. À moins que ce soit pour que les intérêts de la dette US ne dépassent pas le budget militaire comme ça sera le cas en 2026…
Et puis, pendant ce temps, Moscou vient de condamner la saisie du pétrolier russe. Pas plus de détails. Ils condamnent. Et il y a aussi Bruno Le Maire qui a trouvé un job dans un cabinet de conseil aux USA – un cabinet qui s’appelle Macro Advisory Partners, basé à New York. Ils sont censés donner des conseils stratégiques à des multinationales. Finalement, Bruno Le Maire a trouvé sa vraie vocation : après avoir passé sept ans à conseiller aux Français de se serrer la ceinture, il va enfin pouvoir expliquer aux Américains comment dépenser un pognon de dingue qu’il n’a pas. Engager le type qui a creusé le déficit de la France pour faire du ‘conseil stratégique’ à Wall Street, c’est un peu comme demander à un iceberg de donner des cours de navigation au Titanic. Franchement, ça commence vraiment super-bien cette année 2026. On peut pas passer directement en 2027 ? Ça me paraît nettement plus intéressant comme stratégie.
Les chiffres
Pour ce qui est des chiffres du jour, c’est la pause avant les NFP’s de demain. Mais il y aura quand même les chiffres du CPI en Suisse, la BNS qui va parler et le chômage en Europe. L’inflation en Suisse est attendue à 0% et on se réjouit vraiment d’écouter les gars de la BNS, c’est le meilleur moyen de lutter contre l’insomnie. Aux USA il y aura les Jobless Claims, donc il faudra se souvenir de la règle : chiffres bons, c’est une bonne nouvelle, l’emploi va bien et chiffres pas bons, c’est une bonne nouvelle, parce que la FED va baisser les taux. Bref, la bonne nouvelle c’est que les chiffres des Jobless Claims seront une bonne nouvelle.
Voilà, nous sommes officiellement entrés dans l’ère Trump. On y était pas mal depuis un an, mais là on vient de passer la vitesse supérieure. Je sens que 2026 va être très très long jusqu’au mid-terms. Passez une excellente journée, que votre café vous réveille, que votre croissant vous remplisse et que votre bain d’eau glacée à 7 heures du matin vous revigore pour la journée ! Nous on se voit demain pour boucler la semaine !
À demain !
Thomas Veillet
Investir.ch
“I wonder how many people I’ve looked at all my life and never seen.”
― John Steinbeck