Voilà ! Je suis ressorti du fond de mon lit ! Un foutu virus qui m’a complètement démoli en moins de 24 heures mais, qui a disparu aussi vite. Désolé pour ma brève absence sans prévenir, c’était pas prévu. Aujourd’hui on y retourne pour de vrai et j’ai l’impression que j’ai pas raté grand-chose, mis à part le Dow Jones qui bat son troisième record d’affilée et qui se sent pousser des ailes depuis qu’il est au-dessus des 50'000. Bon, le Dow Jones, c’est 30 titres et pas forcément les plus représentatifs de l’économie actuelle. Ce qu’on aimerait bien voir casser à la hausse c’est le S&P500 et ses 500 titres, mais visiblement, pour le moment, les 7'000 sont trop forts pour lui. On fait le point
L’Audio du 11 février 2026
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Les choses qu’il faut retenir au milieu de rien
Quand t’es pas là pendant 2 jours – enfin, moi j’étais là, mais avec de la fièvre et l’envie de mourir, j’avoue que les statistiques des bourses mondiales étaient le dernier de mes soucis alors que j’essayais simplement de lutter contre l’ennemi qui avait pris possession de mes capacités physiques et qui a rendu le sommeil indispensable. Toujours est-il que les marchés n’ont pas fait grand-chose et que ce matin on n’est pas plus avancés que vendredi dernier. Alors oui, il y a eu deux-trois publications trimestrielles qui ont été publiées, ces deux derniers jours mais rien qui devrait nous faire nous emballer comme des fous. Il y a TSMC qui a dit que l’avenir était rose, confirmant que les semiconducteurs qui ont une thématique liée à la mémoire devraient continuer à en profiter. Deutsche Bank estime d’ailleurs que Micron devrait aller à 500$. Ford a publié des chiffres en-dessous des attentes, mais une guidance solide. À la fin le titre ne faisait rien. Coca a déçu sur la croissance de ses revenus et souffre d’une obscure taxe sur le sucre qui vient du Mexique, mais on s’en fout. C’est Coca-Cola et ça doit rester dans nos portefeuilles « pour toujours ». On aime Warren Buffet ou on n’aime pas.
En résumé, pas des masses de nouvelles au niveau des sociétés qui valaient la peine de sortir du lit, mais on voit surtout que le marché est comme coincé dans un range qui devient de plus en plus étroit et qu’il n’arrive pas à prendre une vraie direction. D’ailleurs, pour ceux qui aiment un peu les chiffres et les statistiques, on notera quand même que le S&P nous a fait un truc qu’on n’a pratiquement jamais vu dans l’histoire. En moins d’une semaine, le S&P 500 a réussi l’exploit de passer de suracheté à survendu, puis de revenir en zone de surachat. Un aller-retour complet. Un sprint émotionnel que même un trader hyper-actif sevré de Ritaline aurait du mal à suivre. Selon les experts, c’est une première historique. Littéralement du jamais vu.
11 jours qu’on danse
Tout démarre début février, quand la correction dans les valeurs software — rebaptisée la “Saaspocalypse” — met le marché sous pression. En trois séances, l’indice plonge en territoire survendu… avant de repartir comme si rien ne s’était passé, enchaînant son plus gros rebond sur deux jours depuis novembre. Résultat : retour express dans l’excès d’optimisme. Et ce n’est pas un accident isolé. Depuis trois mois, le marché joue au yo-yo autour de la zone des 7’000 points — un plafond psychologique qu’il n’arrive pas à franchir durablement. Chaque chute déclenche la même réaction pavlovienne : buy the dip. Les investisseurs rachètent tout ce qui bouge, convaincus que la baisse n’est qu’une promotion temporaire.
La séance d’hier résume bien l’ambiance : indices hésitants, Nasdaq sous pression, S&P en retrait… mais le Dow Jones qui signe quand même un record. Le marché avance en ordre dispersé, preuve que sous la surface, le combat entre euphorie et prudence est loin d’être terminé. En clair : on vit une période où la psychologie fait des montagnes russes et ça n’est jamais très bon. Et si l’on creuse encore un peu plus loin, on notera aussi sur notre bloc-note que quand le Dow Jones commence à mener la danse en fin de cycle — surtout quand les indices flirtent avec des sommets historiques — ça sent mauvais. Si l’on se base sur les faits historiques, c’est le moment où le marché change de tempo. Empiriquement, on dira que le leadership bascule vers les grosses valeurs “tranquilles”, plus défensives, pendant que les moteurs spéculatifs s’essoufflent. En clair : l’argent devient plus prudent, même si les indices affichent encore des records. Loin de moi l’idée de comparer quoi que ce soit, mais c’est exactement le schéma qu’on avait vu en 2000 juste avant que la musique ne s’arrête. Le Dow tenait mieux que le S&P 500, donnant l’illusion que tout allait bien… alors qu’en coulisses, le mouvement haussier était déjà en train de se vider de sa substance. Aujourd’hui, on retrouve une signature identique : le Dow surperforme pendant que le reste du marché montre des signes de fatigue. Ce n’est pas une preuve absolue qu’un krach est imminent – BIEN SÛR, ça serait trop facile — mais les marchés adorent humilier ceux qui croient trop vite avoir compris — mais c’est typiquement le genre de signal qui dit : attention, le carburant du bull market commence à manquer. En résumé : quand le Dow devient le héros en fin de cycle, ce n’est pas toujours un signe de force… c’est parfois le générique de fin qui démarre tout doucement.
La macro émet des signaux étranges et Trump est sous stéroïdes
Et puis si ce marché est calme de chez calme depuis le début de la semaine. Un peu trop calme peut-être. C’est peut-être qu’il attend les chiffres de l’emploi qui sortiront cette après-midi. Mais en même temps, quand on observe le reste des indicateurs macro, il y a de quoi se demander à quel moment on nous prend pour des cons. On se souvient que la semaine dernière, on nous avait annoncé que 100’000 personnes avaient été licenciées durant le mois de janvier. Ce qui laisse supposer que les Non Farm Payrolls bricolés par le BLS ne devraient pas forcément être une très bonne nouvelle. D’ailleurs, si on écoute les commentaires des économistes, on sait que les gars sont clairement prêts à encaisser le choc d’un chiffre en-dessous des attentes. Actuellement, les attentes sont autour de 70’000 emplois créés. Mais lorsqu’on lit la presse et qu’on se souvient des 100’000 précités, on s’attend clairement à une déception. Et même à une hausse du taux de chômage. Et puis dans la foulée, pour faire monter la pression, les chiffres des ventes de détail publiés hier étaient « flat » alors que les économistes attendaient une hausse de 0.4%.
En résumé, si on se concentre sur ce que l’on sait depuis quelques semaines, la confiance du consommateur américain est au plus bas, les ventes de détail ne progressent plus, les licenciements du mois de janvier sont à des niveaux qu’on n’avait plus vu depuis Lehman Brothers et les experts pensent que les NFP’s de cette après-midi seront en-dessous des attentes. Personnellement, je n’y connais pas grand-chose, mais quand j’additionne les choses bout à bout, je n’ai pas l’impression que ça rigole dans tous les coins des États-Unis. Pourtant, alors que les chiffres démontrent que ça n’est de loin pas l’euphorie, il y a quelques semaines, on a eu Scott Bessent qui nous a prédit une économie US qui allait croître de 5.2%. Bien, bien au-dessus des prévisions et puis pour couronner le tout, hier Trump a fait une déclaration dont il a le secret en disant : « On peut croître de 15%, je pense même plus que ça, si Warsh fait le travail dont il est capable ». Alors bien sûr, c’est Trump. On ne sait pas s’il avait pris ses médicaments ou pas. Et si c’était vraiment lui qui parlait. Et on ne sait pas si c’était de croissance annuelle qu’il parlait ou de la croissance durant la totalité de son mandant ou des 25 prochaines années. Ce qui change tout. Une chose est sûre c’est qu’il semble qu’actuellement, il y ait deux vérités : la vérité des chiffres officiels dont on commence sérieusement à douter et la vérité du gouvernement américain en qui on n’a pas confiance.
Et après
Donc, si l’on se base sur tout ça, nous avons un marché fatigué qui cherche des raisons pour aller plus haut et qui n’y arrive pas vraiment (pour l’instant), des chiffres économiques qui sont bizarres, mais qui pour l’instant pointent en direction d’une faiblesse de l’économie et qui devraient encourager la FED à baisser les taux dans les mois à venir – d’ailleurs, la probabilité d’une prochaine baisse de taux est passée de 17% à 19% (on sent bien la différence). Des politiciens qui racontent absolument n’importe quoi (et ça se voit), un marché obligataire qui commence à douter – le rendement du 10 ans est revenu à 4.13%, sans compter une instabilité grandissante en Iran où on est en train de se demander pour de vrai ce qu’ils attendent pour se tirer dessus, puisqu’on sait pertinemment que JAMAIS ils ne se mettront d’accord sur quoique ce soit de manière durable. En résumé : les fondamentaux des sociétés ne sont pas catastrophiques, bien au contraire. Mais on voit que nous sommes en train de chercher le prochain relai de croissance et qu’une fois qu’on aura épuisé la thématique de la mémoire, ça serait bien que l’IA commence à rapporter avant que les intervenants entrent en dépression ou que le Japon se demande comment ils vont financer leur plan de relance économique quand on est endetté à prêt de 250% du PIB.
Le Japon est d’ailleurs fermé ce matin, mais il reste très heureux du résultat des élections, même si à l’heure actuelle, on est en droit de se demander comment ils vont financer la relance, mais une chose après l’autre. Une fois que les cotillons de l’élection seront retombés au sol, on pourra parler business. On se réjouit. Les chiffres de l’inflation chinoise confirment que la demande intérieure reste faiblarde. Les prix à la consommation progressent moins que prévu, tandis que les prix à la production restent en déflation — un environnement qui continue de peser sur les marges des entreprises. Malgré les mesures de soutien de Pékin, la pression sur les profits inquiète : quand les prix baissent, la dynamique économique a du mal à décoller. Résultat, on ne faisait pas grand-chose sur les indices de la région ce matin. Actuellement, l’or est à 5’080$, l’argent à 82.15$, le pétrole à 64.39$ et le Bitcoin remonte lentement mais sûrement et même si l’appétit au risque est au fond du bac, la monnaie numérique remonte la pente avec l’énergie du désespoir. Là tout de suite, on est à 67’000$ et des poussières.
Pour le reste…
Hier il s’est quand même passé des trucs sur les marchés. On notera le massacre généralisé des boîtes de « wealth management ». Dans le sillage de l’IA qui va remplacer les logiciels, hier une société qui s’appelle Altruist – une fintech américaine spécialisée dans les outils pour conseillers financiers – a présenté un nouvel outil permettant aux conseillers financiers de personnaliser leurs stratégies clients et d’automatiser toute une série de documents administratifs. En gros : moins de paperasse, plus d’algorithmes. Les marchés, eux, ont immédiatement interprété ça comme une menace potentielle pour les acteurs établis dans le business. Raymond James a décroché lourdement, tandis que Charles Schwab et LPL Financial ont suivi le mouvement. À qui le tour ? Visiblement, actuellement, LE TRADE DU MOMENT, c’est de vendre tout ce qui pourrait se faire concurrencer par l’IA. Faites vos listes.
En France, hier, Kering promet un retour à la croissance en 2026, et le marché a voulu y croire : le titre s’est envolé après des signaux d’amélioration en fin 2025. En avril, le groupe dévoilera son plan de redressement pour relancer ses marques, couper dans les coûts et reconstruire ses marges. Pourtant 2025 a été rude : ventes en forte baisse, bénéfices divisés par 10, Gucci — pilier du groupe — en net recul. Quelques divisions résistent, mais pas assez pour masquer le trou d’air. Kering maintient pourtant un dividende, affichant sa confiance. Reste que les analystes sont prudents : le rebond est amorcé… mais transformer l’essai dans un luxe encore fragile sera un test qu’il va falloir surveiller. Et puis, Ferrari a fait un carton. Ils continuent de rouler plein gaz. En 2025, le constructeur italien a encore fait progresser ses profits et son chiffre d’affaires, avec un bénéfice net en hausse et un BPA qui grimpe — la machine à cash reste bien huilée. Les ventes suivent le même tempo, dépassant les 7 milliards d’euros, confirmant que le luxe automobile garde une clientèle prête à payer le prix fort. Et Ferrari ne lève pas le pied : pour 2026, le groupe vise encore plus haut, avec un nouveau record de chiffre d’affaires et des profits en hausse. Et puis Ferrari a annoncé sa nouvelle voiture – elle a un nom et un tableau de bord. Et elle est électrique. Elle se nomme la LUCE, première voiture électrique made in Maranello. L’intérieur est superbe. Complètement différent de ce que l’on connait. Mais ça reste une voiture électrique. Selon la firme au cheval cabré, les retours clients sont très positifs, présentation officielle du véhicule en mars. Je reste persuadé que t’achètes pas une Ferrari pour qu’elle fasse un bruit de sèche-cheveux.

Et les chiffres
Pour ce qui est des chiffres du jour, nous aurons surtout les NFP’s – le marché attend 70’000 créations d’emploi, mais pour être franc, ça serait surprenant qu’on y arrive – les « whispers numbers » sont bien plus bas. Côté chiffres de sociétés, Spotify a fait un carton avec un trimestre fantastique et il y aura les chiffres de Cisco ce soir. Et en Europe, il y aura Total Energies, Siemens Energy, Schindler et Dassault Systems, tout comme Heineken et ABN Amro.
Pour le moment, les futures sont en hausse de 0.2% et ça ne suffira pas pour casser les 7’000 ce soir. Va falloir autre chose. Comme une très mauvaise nouvelle pour l’emploi qui forcerait la FED à baisser les taux en urgence. Affaire à suivre. On se voit demain, belle journée à tous !
Thomas Veillet
Investir.ch
“Giving up doesn’t always mean you’re weak, sometimes it means you are strong enough and smart enough to let go and move on”