Règle numéro 1 : quand on touche la moyenne mobile des 50 jours sur le S&P, il ne faut plus se poser de question. Il est clair qu’un jour ça va céder et ça ne remontera pas, mais pour l’instant ; il n’y a ABSOLUMENT rien à faire. C’est « BUY THE DIP » et puis c’est tout. Hier matin, le ton n’était pas le même. La digestion de l’arrivée de Warsh, l’effondrement des métaux et les craintes sur l’IA avec le deal OpenAI/Nvidia qui est en train de partir en vrille, avait mis la pression sur les marchés. En Asie c’était le bain de sang et l’Europe ouvrait en baisse. Et puis les chiffres manufacturiers américains sont sortis nettement en-dessus des attentes et tout a changé.

L’Audio du 3 février 2026

Télécharger le podcast

No comprendo

Je l’avoue, je ne sais plus ce qui fait bouger les marchés. Mais une chose est certaine, c’est que les forces acheteuses sont tellement bien organisées et tellement puissantes, qu’on dirait qu’il ne vaut pas la peine d’aller contre le vent. Pour le moment. Sois-vous êtes un trader et vous avez le sens du timing et vous êtes capables de vous racheter dans les micro-mouvements de baisse, soit vous vous asseyez sur vos mains et vous attendez la vague d’achat qui va INÉVITABLEMENT venir racheter le marché à la moindre occasion, même la plus minime. Hier on a mis en avant la publication de l’indice d’activité manufacturière aux Etats-Unis. C’est un chiffre dont on se fout pas mal en général. Ou en tous les cas, que l’on ne considère pas autant que nous l’avons fait hier, mais selon les EXPERTS qui sont au goût du jour ; cet indice a soudainement « renforcé la confiance dans la santé de l’économie nationale » et c’est pour ça que les actions sont montées hier. Ne cherchez pas plus loin. L’ISM, est sorti bien au-dessus des attentes, à 52,6% (contre 48,4% attendu). C’est la donnée la plus haute depuis l’été 2022.

Il est donc ABSOLUMENT fascinant de se retrouver en ce troisième jour de février en train de tergiverser sur un ISM dont tout le monde se fout habituellement et se pâmer devant lui parce que l’économie US va tellement bien qu’il faut soudainement racheter le marché comme si nous étions en pleine euphorie économique. Ah oui, et puis j’oubliais, l’autre argument qui faisait AUSSI MONTER les bourses après leur ouverture pourrie et angoissée c’est aussi le fait que les mêmes experts, pense que la situation et les tensions géopolitiques s’améliorent. On base cette déclaration surtout sur le fait que Trump ait annoncé que les USA vont rencontrer les Iraniens en Turquie pas plus tard que vendredi. Le pétrole s’est dégonflé et on est parti du principe qu’il n’y aura pas d’attaque frontale avant lundi prochain. Donc en attendant, on aurait tort de se priver et achetons tout ce qui tourne autour de l’IA et des puces dont on a besoin pour la faire fonctionner. Ça n’a AUCUN rapport, mais il n’y a que ça qui monte vraiment quand ça monte. Tout l’équipe Sandisk, Micron et compagnie ont littéralement fait exploser le compteur.

En signe de détente

Le pétrole est donc revenu sous les 62$ – c’était déjà le cas hier matin – en partant du principe qu’il n’y aura pas de guerre totale entre l’Iran et les USA et que le reste du Moyen Orient ne sera pas mis à feu et à sang. Et aussi parce que les espèces de dégénérés mentaux qui sont au pouvoir en Iran vont pouvoir continuer à massacrer le peuple au nom d’un accord nucléaire proprement négocié avec le futur Prix Nobel de la Paix qui est accessoirement, le Président américain. Tout cela est considéré comme « des signes de détente » et aussi – visiblement – le signal d’achat pour revenir sur le marché. Bref, hier les bourses mondiales nous ont fait un 180° dont elles ont le secret et ce matin tout est dans le vert, le S&P500 est à quelques millimètres de ses records historiques et des 7’000 points.

Pourtant, rien n’a changé. Les doutes sur le bienfait de l’arrivée de Warsh ne se sont pas dissipés, les États-Unis sont toujours sous SHUTDOWN partiel et ça fait trois jours qu’on nous balade avec un soi-disant accord entre Républicains et Démocrates pour mettre fin à ce SHUTDOWN qui « devrait » être très court, parce que les politiciens sont tous très intelligents et pas du tout centrés sur eux-mêmes. Et il y a quelques heures on nous dit que les CHIFFRES DES NON FARM PAYROLLS qui devaient être publiés vendredi NE LE SERONT PAS. Non, parce que tu comprends, les clowns du BLS ne bossent pas depuis vendredi et comme ils ont besoin au moins d’une semaine complète pour bâcler les leurs chiffres, ça ne va pas le faire.

C’est pas GRAVE !

MAIS C’EST PAS GRAVE ! C’est pas grave, parce que le SHUTDOWN devrait prendre fin aujourd’hui si les politiciens à deux balles qui sont élus au Congrès et au Sénat parviennent à mettre leurs égos de côté – ce qui est hautement improbable. Toujours est-il que dès que l’accord pour déboucler le SHUTDOWN sera signé, on aura nos chiffres. C’est formidable. On nous prend pour des cons, c’est totalement stupéfiant. Et puis c’est pas tout. Non. C’est pas tout, parce qu’après les EXCELLENTS CHIFFRES DE L’ISM, on a bien compris que la FED ne baissera pas les taux de sitôt. Donc les rendements ont repris l’ascenseur. Le 10 ans US est au-dessus des 4.28%… Donc. Depuis près de 30 mois, on monte grâce à UN ARGUMENT. Celui qui disait que la FED, elle va baisser les taux. MAIS LÀ, on se rend bien compte que c’est plus pour demain. Et j’irai même plus loin, il ne manque pas grand-chose pour que l’on commence à nous dire que ça ne serait pas complètement idiot de MONTER LES TAUX.

Enfin, peu importe, on ne peut pas contester la résilience des marchés et le fait que l’on est capable d’acheter tout et n’importe quoi à n’importe quel prix, pour autant qu’on puisse justifier que l’IA booste la croissance. On l’a encore vu hier soir avec les publications de Teradyne et de Palantir. Tout va bien, les croissances explosent, les guidances sont pulvérisées et tout est mieux que les attentes des meilleurs experts de Wall Street. Reste juste à voir combien de temps cette croissance explosive peut durer. Pendant ce temps, Oracle licencie, Amazon licencie, les CDS d’Oracle sont en train d’exploser et plus personne ne veut leur prêter d’argent et lorsque vous écoutez Jensen Huang répondre aux questions au sujet d’OpenAI, on comprend assez rapidement que les 100 milliards qui devaient partir chez Sam Altman ne sont pas encore près d’arriver sur site… Mais l’important ; c’est la hausse, c’est acheter, c’est aller toujours plus haut et c’est surtout de racheter les « trous » et c’est exactement ce qu’on a fait hier. D’ailleurs lors d’une interview sur une chaîne américaine hier, Ray Dalio expliquait le concept d’une bulle – la question n’est pas de vendre la bulle au bon moment, mais surtout d’être conscient que la performance sur les 10 prochaines années seront impactées…

Souvenirs

Et à ce propos, si l’on fait un zoom sur le passé, on retrouve les traces de bien des gens qui ont « prédit » la baisse trop tôt. En 1929, en 1987, en 2000… et probablement en 2007. Pourtant, c’était trop tôt. Et JP Morgan a récemment sorti une étude qui disait que si l’on achète dans un environnement où le PE moyen est supérieur à 23 – sur les 10 prochaines années, le delta des rendements se situera entre +2% et -2%. Le reste se passe de commentaire. On n’est pas en train de « timer » la chose, mais simplement de se demander si les croissances affichées sont « tenables » sur le long terme. Et quand je parle de long terme, je ne vous parle pas de « tenir » la position jusqu’aux prochaines vacances scolaires, mais plus sur les 10 prochaines années. Bref, tout ça pour vous dire que ce marché est étrange, comme piloté par de grosses machines qui réagissent toutes en même temps et qui effacent les histoires qui faisaient peur hier pour s’emballer sur des théories fumeuses 12 heures plus tard.

Hier matin le Kospi se faisait démonter. On parlait de « prises de profits » et on se demandait si l’on n’avait pas « un peu trop anticipé les profits futurs » et si par hasard nous n’étions pas en train de « nous rendre compte » que l’IA va coûter très cher avant de rapporter – rapport à l’affaire Microsoft. L’indice Sud-Coréen perdait 5%. Mais c’était hier. Ce matin, le même Kospi explose de 5%…pour les raisons opposées à celle qui faisaient baisser l’indice lundi. Mais tout va bien. Nous sommes dans un environnement de calme, empreint de rationalité et de logique impitoyable. Sur le reste de l’Asie, le Nikkei explose de près de 4%, encore une fois c’est la tech qui explose et surtout les boîtes qui testent les semiconducteurs – la raison c’est les excellents chiffres de Teradyne qui a pulvérisé les attentes du marché et les prévisions du même marché. Teradyne prenait 20% hier soir after close. Suffisamment pour justifier l’explosion de l’indice japonais et faire oublier les élections du 8 février.

En Australie, suite à des pressions inflationnistes, la banque centrale a décidé de monter les taux. Comme quoi, ça marche encore, ce vieux principe de lutte contre l’inflation. Et les Indiens ont signé un accord pour les tarifs douaniers de Trump. On passe de 25% à 18% et ils devront acheter un maximum de trucs aux USA, dont le pétrole et si possible le pétrole du Venezuela aussi. En plus : interdiction d’acheter du pétrole russe. Encore une fois, l’accord douanier ressemble plus à du rackett et on se demande quand est-ce que Modi va devoir aller à Washington pour baiser la chevalière de Trump pour éviter de retrouver une tête de cheval décapité dans son lit. En attendant, le pétrole est à 61.80$, l’or reprend 5% à 4’900$ et l’argent remonte de quasiment 10% à 84.40$. Le Bitcoin est à 78’300$ après que Trump ait dit qu’il était « a very much Bitcoin person » et le rendement du 10 ans japonais est à 2.25%.

Ce qu’il faut retenir aujourd’hui

Du côté des publications, en plus de Teradyne, il y avait Palantir. Et c’est encore une fois un carton. Le titre s’était fait déglinguer dans la baisse de tous le secteur SOFTWARE, sauf qu’on dirait qu’il ne faut pas comparer Palantir avec Microsoft et encore moins avec Oracle. Palantir a sorti un trimestre balaise : chiffre d’affaires à 1,41 milliard, au-dessus des attentes, et bénéfice par action meilleur que prévu. Le moteur, c’est les États-Unis, où les revenus explosent de +93%, dopés par le commercial et le gouvernemental. La guidance 2026 fait halluciner Wall Street : +61% de croissance attendue, bien au-dessus du consensus.
Résultat : l’action prend +12% after close, même si elle reste en baisse depuis le début de l’année. Bref : business en feu, IA partout… mais une valo tendue et des investisseurs qui commencent à se demander : « j’y vais ou j’y vais pas ??? ».

Il y a aussi eu Disney et eux, ils doivent se dire qu’ils auraient mieux fait de se mettre à l’IA plutôt que faire du parc d’attraction, vendre des oreilles de Mickey en plastique et faire du Netflix avec Blanche Neige woke dedans. Ils ont annoncé de meilleurs chiffres que prévu… et se faisaient quand même démonter en Bourse : -7.40% à la clôture. Le chiffre d’affaires progresse de 5% à 26 milliards $, les parcs, croisières et produits dérivés font le job. Mais sans euphorie. Le bénéfice par action recule de 7% sur un an, mais reste au-dessus des attentes : oui, c’est mieux que prévu… mais moins bien qu’avant. Le streaming atteint une rentabilité record, le cinéma cartonne, mais le pôle divertissement plombe encore la danse. Bref : fondamentaux solides, cash et rachats d’actions… mais le marché attend surtout le successeur de Bob Iger pour croire à la suite et certains analystes commencent à parler de démanteler la boîte pour améliorer la rentabilité.

Musk s’auto- fusionne

Et puis, l’annonce du jour, c’est Musk qui a décidé lui-même personnellement tout seul de fusionner SpaceX et xAI. Pour en faire, je cite : « le moteur d’innovation le plus ambitieux et le plus intégré verticalement jamais conçu, sur Terre et au-delà. Ce projet combine intelligence artificielle, fusées, Internet spatial, communications directes vers les appareils mobiles, ainsi que la plateforme d’information en temps réel et de liberté d’expression la plus avancée au monde ». Bon, pour le « sur Terre et au-delà », il ne se mouille pas trop, puisque la seule concurrence, c’est Buzz l’éclair. Par contre, pour le reste, la résultante du groupe fusionné, dont on ne connait pas les modalités financières, ça devrait mener à la plus grosse IPO de l’histoire, on parle déjà d’une valorisation de 1’250 milliards et qui pourrait même aller chercher les 1’750 milliards d’ici la mise en bourse.

Pour le reste, on continue de checker les publications trimestrielles, puisqu’aujourd’hui nous aurons Publicis, Sartorius, AMD, Pepsi, Merck, Amgen, Corning et Pfizer. Côté macro, en l’absence des Non Farm Payrolls qui sont repoussés à une date ultérieure, il faudra se contenter de ce qu’on a pour tirer nos conclusions du jour. Et pour ce faire, aujourd’hui, il y aura les JOLTS. C’est excitant, non ?

Actuellement, les futures sont en hausse de 0.33% et l’indice de référence américain est affiché à 6’999. Avec un peu de bol, on va passer les 7’000 aujourd’hui. Après tout, ça va tellement bien dans le monde et la géopolitique est tellement calme… C’est que du bonheur, il ne manquerait plus qu’un bon tweet de Trump pour nous annoncer que, finalement, il a changé d’avis et qu’il nomme Melania à la tête de la FED.

Excellente journée à tous et on se voit demain à la même heure !

Thomas Veillet
Investir.ch

“Death is not the greatest loss in life. The greatest loss is what dies inside us while we live.”
~ Norman Cousins