Sur le papier, il n’y a ABSOLUMENT rien à dire. Les marchés vont bien, la moindre faiblesse est utilisée pour réinvestir, pour acheter et racheter encore. Mais cette fois c’est plus les mêmes qui mènent la barque. Oui, hier les MAG7 étaient de retour et tentaient de rebondir, mais il faut reconnaître qu’il y a quand même un truc de cassé dans la machine. Alors je vous avoue, je ne sais pas quoi. Il n’est cependant pas simple de comprendre ce qui se trame et la direction que ce marché veut prendre. Pour l’instant, on ne va pas pinailler, tout est au vert et on attend juste l’étincelle qui va mettre le feu aux poudres pour franchir la barre des 7'000, mais quand même, y a un truc qui coince.

L’Audio du 19 février 2026

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Mais c’est quoi donc ?

Alors perso, ça fait un moment que je suis dans le quartier. J’ai eu l’occasion d’en voir, des bulles et des crises. Et justement, c’est pour ça que j’ai l’impression que même si tous les indices sont dans le vert que certains sont même au plus haut de tous les temps – comme la Suisse et la France – on sent quand même que le vernis est craquelé et qu’il n’y a pas besoin de grand-chose pour que ça finisse avec du sang sur les murs. Mais bon, là n’est pas le sujet, autant profiter de l’instant présent et saluer ce marché qui ne baisse pas et qui fait preuve d’une force et d’une résilience jamais vue dans cet environnement macro-économique très compliqué et dans cet environnement géopolitique des plus complexes.

Il fût un temps, on disait que les bourses étaient le reflet de l’économie. Bon. Ben c’était y a longtemps et on sera tous d’accord pour dire qu’actuellement, ça ne fait plus aucun sens. Wall Street et Main Street ont pris des chemins différents et ça n’est même pas sûr qu’ils se revoyent un jour. Et c’est sans doute ce qui me perturbe le plus. Hier encore, alors que les signaux économiques sont faiblards, que le moral du consommateur n’est pas au mieux et que les politiques de tous bords semblent avoir perdu le sens de la raison (et même de la logique), Paris a terminé en boulet de canon, en hausse de 1.23% pour finir au plus haut de tous les temps. Francfort n’y est pas encore, mais le DAX a tout de même terminé en hausse de 1.12% et n’est plus qu’à 200 points des plus hauts. Et puis il y a la Suisse. La Suisse qui ne s’arrête plus de monter. Le chart est vertical et on dirait presque que certains membres de l’indice helvétique se sont mis à vendre des semi-conducteurs et à faire concurrence à des boîtes comme Micron. On notera aussi un rebond des financières dans tous les coins du continent. Des financières qui récupèrent après la peur du grand-remplacement de ces derniers jours et puis le vainqueur suisse du jour, c’est Amrize qui explosait de 13% après avoir finalisé le rachat de PB Materials Holdings, ce qui étend son réseau avec l’ajout de 26 sites opérationnels, L’opération financière devrait être relutive sur le bénéfice dès cette année.

Mais pourquoi cet engouement

Alors comment expliquer que l’Europe surperforme à ce point ? Ce n’est visiblement pas la croissance qui tire la machine, mais visiblement c’est plutôt du côté des valorisations plus abordables, du côté « plutôt défensif » de l’Europe et puis, il y a un truc qu’on met peut-être un peu trop de côté : la faiblesse du dollar. Selon certains experts qui se sont amusés à comparer le passé avec le présent ; à chaque faiblesse du dollar correspond une surperformance de l’Europe. Et puis si l’on se base sur la séance d’hier, c’est surtout l’impression que l’on se préparait au pire qui faisait monter les indices et pas parce que l’Europe est innovante. Hier – le regain de tension entre l’Iran et les Américains (oui, parce qu’il y a un politicard quelque part qui a répété que les USA n’excluaient en aucun cas le recours aux armes et, visiblement, les petits génies de l’investissement ne l’avaient pas vu venir), ce regain de tension a donc boosté des noms comme Thales, Rheinmetall ou BAE Systems. C’est le retour du « war trade » pur et dur. On reparle donc de guerre en Iran et ceux qui s’amusent sur « flightradar » ont même noté pas mal de déplacements aériens plutôt suspects, des F-16, une armada de ravitailleurs, en gros juste de quoi alimenter les fantasmes de tout un chacun.

Et pendant que l’Europe partait à la chasse aux records, Wall Street montait aussi, mais dans une moindre mesure, les statisticiens noteront que c’était quand même la troisième séance de hausse consécutive. Le S&P 500 a grimpé de 0,56% et le Nasdaq de 0,78%. On a vu un rebond de Nvidia (+1,6%) et d’Amazon, Amazon qui a été encensée par un analyste qui pense qu’on sous-estime sa place dans le monde de l’IA et que le potentiel de rebond est de 50%. Rien que ça. Dès qu’il s’agit d’IA, on fait JAMAIS dans la demi-mesure, même si on commence à se demander si – à tout hasard – la lune de miel avec l’Intelligence Artificielle ne serait pas en train de se terminer. La question qui revient avec obsession, le fameux « est-ce que ça rapporte vraiment » ou la variation : « est-ce qu’un jour toutes ces dépenses vont être remboursées ? » a tendance à crisper le marché et l’ambiance est en train de virer de bord. Les investisseurs commencent à réaliser que l’IA coûte une fortune en investissements et que le retour sur investissement est lent, voire incertain. Ce n’est plus une promesse magique, c’est une ligne de coût massive sur les bilans. Mais bon, on est conscient du problème, mais on achète quand même tant qu’on n’en parle pas trop fort.

Les Minutes en deux minutes

Et puis alors hier soir, il y a eu la publication des Minutes du FOMC Meeting de janvier. Avant de commencer, on se rappellera pour mémoire que depuis les chiffres du CPI de la semaine dernière, on a commencé à se dire que les taux allaient de nouveau pouvoir baisser et que ça n’est qu’une question de temps. Mais hier la FED a publié des mots qui ne faisaient pas plaisir. Alors oui, d’accord, ces mots ont été dit et écrit à une époque où l’on n’avait aucune idée du fait que l’inflation était en train de se casser la gueule. Ça remet un peu en cause les pensées de la FED qui commencent à dater. Néanmoins, on n’aime pas trop quand les gars déclarent qu’ils n’excluent pas de devoir monter les taux « au cas où l’inflation repartirait à la hausse ».

Pour le moment et si l’on en croit les chiffres récents, on n’est de loin pas dans ce cas de figure, mais quand même, ça ne fait pas plaisir et ça montre surtout que la FED est profondément divisée et qu’elle navigue à vue. Et pendant ce temps, les données économiques comme les permis de construire et la production industrielle, sont meilleures que les attentes. Normalement on devrait être content, mais au fond ça ne fait pas plaisir, parce que ça signifie que la Fed n’aura aucune raison de baisser les taux avant juin, au mieux. D’ailleurs les rendements remontaient aussi hier, juste pour fêter ça. Tout est vert. Tout monte. On achète la moindre faiblesse comme si le risque avait disparu. Mais au fond, ça ne colle pas. L’Europe surperforme sans vraie croissance, l’IA coûte une fortune sans rentabilité claire, la Fed hésite et les rendements remontent pendant que les indices flirtent avec les records. Le marché est fort, oui. Mais il est nerveux, peu importe ce que l’on veut bien en dire. Et il faut le garder en tête.

Et ce matin en Asie

Pendant qu’on tergiverse sur la Fed, les Asiatiques, eux, achètent des puces. Le Japon suit le mouvement américain et progresse de 0.7% en attendant impatiemment que la Première Ministre injecte du pognon dans l’économie. Pognon qu’elle n’a pas – accessoirement – et puis globalement on a décidé d’ignorer les signaux un peu “hawkish” venus de Washington.
Mais la star du jour, c’est la Corée du Sud. Le KOSPI a pris presque 3% et inscrit un nouveau record historique. Encore. Ne me demandez pas pourquoi, c’est toujours grâce à Samsung et Hynix. Samsung prenait 4% because rumeurs de hausse de prix sur les puces mémoire. En français dans le texte, ça veut dire que la demande liée à l’IA est tellement violente que les fabricants peuvent augmenter leurs tarifs. Et quand un producteur de semi-conducteurs peut monter ses prix sans perdre de clients, c’est que le marché est tendu. Très tendu. Samsung et SK Hynix sont devenus les grands gagnants du “AI trade”. Production de masse de puces HBM4, pénurie qui se profile, carnets de commandes remplis… le combo parfait. Même des chiffres du commerce extérieur un peu décevants n’ont pas réussi à gâcher la fête. Les exportations ont quand même explosé de 34% grâce aux puces. Et puisque l’on parle de records, l’Australie cartonne aussi, mais là ce ne sont pas les puces, ce sont les minières et les banques qui tirent l’indice vers le haut. On est dans un marché qui aime les matières premières, les bilans solides et tout ce qui ressemble à du cash-flow tangible.

L’or est de retour sur les 5’000$, l’argent est à 77.85$, le Bitcoin tourne autour des 66’000$, le rendement du 10 ans est à 4.10% et le pétrole explose à 65.22 sur le WTI, pendant que le Brent repasse le niveau psychologique des 70$ – je ne reviens pas sur le sujet des bruits de bottes qui faisaient monter l’armement, c’est les mêmes bruits qui font monter le baril. Nous sommes donc dans un marché de « momentum » qui ignore les signaux d’alarme macroéconomiques. On achète des records en Europe sur fond de bruits de bottes, et on tente de sauver le soldat IA aux États-Unis alors que les fondamentaux commencent à vaciller. On attend les chiffres de la croissance américaine vendredi et aussi le PCE – chiffre vénéré par la FED – mais entre le retard des données dû au shutdown et l’incertitude géopolitique, nous naviguons dans un brouillard épais.

Pour le reste

Du côté des news qu’il faut retenir, Global Payments a explosé de près de 17%, tout simplement la plus forte hausse de l’indice. Le tout grâce à des résultats trimestriels meilleurs que prévu… et surtout des prévisions annuelles au-dessus des attentes. De son côté, Cadence Design Systems a pris 7,6%. Même recette : quatrième trimestre solide et guidance annuelle supérieure à l’an passé. Quand un acteur clé des logiciels liés aux semi-conducteurs rassure sur la demande, le marché appuie sur le bouton “acheter” sans discuter.
Moralité, on sait qu’en 2026, battre les attentes ne suffira plus. Il faut aussi promettre que ça continue. Et quand c’est le cas, ça finit toujours par payer dans le marché… Et puis Nestlé vient de publier ses chiffres, ils promettent une croissance organique de 3% à 4% en 2026, un peu au-dessus des attentes. Mais le vrai signal, c’est l’accélération des volumes : on ne parle plus seulement de hausses de prix, mais de vendre davantage. Le nouveau CEO veut simplifier le groupe en quatre divisions clés pour réduire les coûts et gagner en efficacité.
Et en parallèle, Nestlé négocie la vente de ses dernières activités glaces à Froneri. En clair : recentrage, discipline… et croissance un peu plus dynamique.

Airbus était de sortie aussi. Et ils font face à un problème simple : la demande est forte, mais les moteurs manquent, surtout chez Pratt & Whitney, ce qui freine la production des A320.
Le groupe vise 870 livraisons cette année et une montée progressive vers 70–75 A320 par mois d’ici 2027, mais la cadence reste dépendante des fournisseurs. Côté chiffres, Airbus attend environ 7,5 milliards d’EBIT ajusté et un free cash-flow autour de 4,5 milliards.
Bref : le carnet de commandes est plein, mais la vraie limite, ce sont les moteurs. Du côté de l’assurance, Zurich publie un profit opérationnel record de 8,9 milliards de dollars en 2025, au-dessus des attentes, avec un bénéfice net en hausse de 17% à 6,8 milliards. La division dommages progresse fortement (+22%). Ces résultats renforcent la position de Mario Greco dans son projet de rachat de Beazley pour environ 8 milliards de livres. Autrement, on notera encore que Mark Zuckerberg a discuté avec Tim Cook pour aborder le sujet du « bien être » des enfants et des adolescents sur les réseaux. Je peine à voir la sincérité dans la démarche. Autrement on parle toujours de l’éventuelle démission de Christine Lagarde, qui voudrait partir avant la fin de son mandat pour permettre son remplacement avant une éventuelle victoire du RN aux élections présidentielles. Les magouilles des politiques en place font légèrement vomir, puisque même une fois qu’ils en sont plus en place, ils veulent encore avoir du pouvoir.

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En conclusion

Le marché va bien mais il laisse planer le doute. On sent que tout ne va pas bien, mais pour le moment ça tient le coup et il n’y pas de catalyste durable pour faire baisser les indices, il faut se faire une raison. Aujourd’hui on regardera attentivement les chiffres de Walmart qui vont nous donner indice sur l’état psychologique du consommateur et ensuite, on ira faire brûler des cierges pour les chiffres de demain !

Passez une excellente journée et on se voit demain pour boucler la semaine.

À demain !

Thomas Veillet
Investir.ch

« There are three kinds of men. The one that learns by reading. The few who learn by observation. The rest of them have to pee on the electric fence for themselves. »
Will Rogers