Les Big Techs, incluant les hyperscalers américains, les sociétés qui fournissent les services de cloud et de stockage de données - Google Cloud, Microsoft Azure, Amazon AWS, Meta, IBM Cloud - et qui investissent massivement dans l’IA ont vu les cours de leurs actions chuter sur une semaine, dans des ampleurs différenciées: Microsoft a perdu 17%, Amazon -15%, Meta -11%, Alphabet –7%, Nvidia –5%. Apple, considéré comme défensive et peu impliqué dans les dépenses IA, a vu le cours de son action progresser de 10%.

Depuis le 28 janvier, les facteurs qui ont pesé sur le secteur de la technologie sont:

  1. Les montants d’investissements annoncés plus élevés que prévu dans l’IA et le cloud. $200 milliards pour Amazon ($40 milliards en 2020 et $128 milliards en 2025), $185 milliards pour Alphabet ($85 milliards en 2025), $135 milliards pour Meta et $105 milliards pour Microsoft.
  2. La difficulté de Microsoft à monnayer l’IA et sa dépendance à OpenAI qui représente 45% des commandes.
  3. Anthropic, avec son logiciel Claude, l’un des 3 leaders de l’IA avec Alphabet et OpenAI, prévoit que l’IA remplacera les logiciels, pesant sur les éditeurs de logiciels comme SAP, Cap Gemini, Snowflake, Salesforce, Adobe, Accenture. La nouvelle version Claude automatise les tâches juridiques telles que l’examen des contrats, la conformité réglementaire, la rédaction de mémoires. Soudain, ce fut la curée sur les firmes de logiciels qui fournissent aux entreprises ces prestations pour des coûts très élevés. Tout à coup, comme le notait The Wall Street Journal mardi, le marché prend acte que l’IA va détruire des pans entiers d’entreprises, de la même manière qu’Amazon a ravagé le petit commerce et les supermarchés en « dur », ou Netflix le cinéma et la télévision traditionnels.
  4. Les dépenses dans l’IA freinées à cause des goulets d’étranglement/pénurie dans les semiconducteurs.

Les résultats sont bons, mais Wall Street craint un chemin de l’IA coûteux, voire ruineux. En fait, les géants de l’IA n’ont pas le choix : les firmes doivent avancer à n’importe quel prix, sous peine de prendre le risque d’être distancées. Même s’il peut y avoir plusieurs IA, la prime au leader est plus que jamais décisive.

A l’inverse de Microsoft, Alphabet voit déjà un retour sur investissement clair. Google a désormais vendu plus de 8 millions de licences payantes de Gemini Enterprise, offre lancée il y a seulement quatre mois. Le robot conversationnel Gemini compte désormais plus de 750 millions d’utilisateurs actifs mensuels – contre 650 millions d’utilisateurs actifs mensuels à la fin du T3 – et l’engagement utilisateur est nettement plus élevé, surtout depuis le lancement de Gemini 3 en décembre.

Les dépenses des Big Techs, Google, Amazon, Microsoft et Meta, dans l’IA sont annoncées à $660 milliards en 2026, soit 50% de plus qu’en 2025. Le PIB de la France au 4ème trimestre 2025 se situait à €662 milliards. Selon Gartner, les dépenses mondiales consacrées à l’intelligence artificielle devraient atteindre 2’500 milliards de dollars en 2026, soit une hausse de 44% par rapport à 2025.

Microsoft a été plus discret sur ses Capex dans l’IA; ils seront de l’ordre de $90 à $100 milliards. Meta a modifié plusieurs fois le montant de ses dépenses, pour arriver finalement à $600 milliards répartis par tranches annuelles de 150 à 200 milliards jusqu’en 2028.

Si la situation reste sous contrôle, les 4 hyperscalers vont devoir faire des sacrifices sur leurs cash flows libres ($237 milliards en 2024, $200 milliards en 2025). Les marges seront sous pression, il y aura nettement moins de génération de cash, et potentiellement ils devront faire des augmentations de capital et/ou aller sur le marché de la dette. Les analystes de Barclays estiment une chute de 90% du cash flow libre de Meta en 2026. Les modèles de valorisation intègrent dorénavant des cash flows libres négatifs pour 2027 et 2028. Mais les 4 hyperscalers reposent sur des liquidités de plus de $400 milliards, accumulées ces dernières années.

Les inquiétudes sur l’éventualité d’une bulle liée aux gigantesques investissements sur l’IA sont connues: le décalage avec les revenus générés commence à inquiéter les marchés. Mais le «moment Claude», comme il y eut un «moment chatGPT», est d’une autre nature: il s’agit tout bonnement de la peur du remplacement de pans entiers de l’économie par des agents IA.

2026.02.13.AI automation

Les craintes sur l’IA, avec quelques baisses sévères comme Palantir, Intel, Microsoft, se sont terminées la semaine dernière par un recul limité du S&P 500 et un record historique à 50’116 pour le Dow Jones. Le Nasdaq n’est en baisse que de 4% par rapport au plus haut de fin octobre 2025 et l’indice des 7 Magnifiques de 6%.

On pourrait dire «Tout ça pour ça».

Le record du Dow Jones Industrial démontre une bourse en belle santé et une rotation sectorielle avec des questionnements sains sur l’IA.

Conclusions. Depuis le 28 janvier, le marché craint le mauvais scénario pour l’IA: investissements ruineux pour les hyperscalers, retour sur l’investissement pas assez rapide et surinvestissement. L’IA va freiner la croissance des éditeurs de logiciels; on évite ce segment avec des marges sous pression. Sur les coûts, le secteur bancaire serait un grand bénéficiaire de l’arrivée de l’IA. Alphabet voit un début de monétisation de ses investissements. Les atouts de Google: revenus, moteur de recherche traditionnelle, Gemini, production de ses propres puces. Introductions en bourse en 2026 de Anthropic et OpenAI qui seront un test important sur les valorisations, avec un risque pour les bourses et/ou le secteur de la technologie/IA s’il n’y a pas de validation des valorisations. Toutefois, nous restons positifs sur l’IA avec une approche plus spécifique que globale. On surpondère toujours les Big Techs Alphabet, Meta et les semiconducteurs Nvidia, Broadcom. Nous aimons les sociétés mixtes techno et IA Palantir et Tesla. Microsoft et Apple ont des profils d’investissement plus défensifs.

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