La liste des incertitudes qui nous pèsent sur les épaules est trop longue. C’est devenu trop compliqué d’avoir une réflexion profonde sur la situation macro-économique, sur les futures décisions de la FED, sur les délires de Trump à chaque fois qu’il se connecte sur Truth Social, tout en essayant d’analyser ce qui se passe au niveau des chiffres économiques qu’on nous publient qui disent tout et son contraire, tout ça pendant que les États-Unis tentent de « soi-disant » négocier avec les Iraniens en leur demandant des trucs qui sont totalement délirants et qu’ils ne pourront jamais accepter. Hier soir on a réduit les risques pour se préparer au PCE, au PIB et à la triple échéance.

L’Audio du 20 février 2026

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La guerre en point de mire

Sans oublier qu’au milieu de tout ça, les chaînes d’infos tournent en boucle pour annoncer une « imminente » attaque américaine contre l’Iran. Bon, après quand on dit imminente, ça peut vouloir dire tout et n’importe quoi, parce que depuis hier soir j’ai entendu : ce week-end, la semaine prochaine ou en tous les cas si dans deux semaines les Iraniens ne se sont pas mis à genoux en chantant du Bruce Springsteen, Trump commencera à bombarder. Mais un bombardement diplomatique selon les dires du Président lui-même. Un bombardement diplomatique, c’est comme un meurtre amical ou un massacre en douceur. Mais peu importe, c’est pour dire que l’incertitude grimpe encore un peu sur l’échelle du doute et si l’on en croit certains journalistes-experts en politique washingtonienne, l’attaque est imminente. Je n’ai pas encore eu le temps d’examiner la consommation de pizzas à emporter autour du Pentagone, mais c’est en train de chauffer.

Dans le doute, le pétrole explose à la hausse – ce matin le WTI est à 66.75$ – et ça aide une chiée pour rassurer les intervenants au sujet de l’inflation. Oui, parce que comme le PCE sera publié tout à l’heure, on en parle beaucoup et les ventes de fin de séance hier soir montraient bien que l’appétit au risque pour cette dernière journée de la semaine était au plus bas et que personne n’avait envie de se mouiller – la probabilité qu’il se passe un truc qui pourrait provoquer un « spike » de volatilité dans les trois prochains jours est un peu trop élevé pour avoir envie de prendre des risques.

Les perfs

En termes de performances, les marchés américains et les marchés du vieux continent étaient tous d’accord pour se parer de rouge. Le S&P reculait de 0.28%, le DAX plongeait de près de 1% et la France abandonnait 0.36% pendant que la Suisse terminait en baisse de 0.05%, première séance de baisse depuis bien longtemps, malgré Nestlé qui s’envolait après ses publications d’hier matin. Airbus a vécu une sale journée, le titre était en chute libre de 6.75% alors qu’on se rendait compte qu’un A320 qui n’a pas de moteurs, ça vole beaucoup moins bien et que pour partir en week-end à Barcelone, ça va prendre plus de temps. Et puis hier, Walmart a publié ses chiffres trimestriels. On en attendait beaucoup et finalement, la seule chose qu’on a apprise, c’est qu’en 2026, tu peux être solide et montrer une résilience de fou, si t’annonces pas que dans les 6 prochains mois tu vas aller sur Mars en vélo électrique, t’es juste ENCORE un autre TOCARD qui n’a pas vraiment d’avenir.

Walmart a donc publié de bons chiffres. Ils battent les attentes sur le trimestre. Ventes en hausse de 5%. Explosion du e-commerce avec un +27% – un chiffre d’affaires qui reste néanmoins inférieur à celui d’Amazon. Mais dans les chiffres il y a un truc de bien, c’est que la cconsommation américaine tient bon. La machine tourne. Même très bien. Et pourtant, Walmart était en baisse à la fin de la journée. Alors oui, 1.4% – c’est pas non plus un profit warning. Mais pour l’année à venir, ils annoncent un bénéfice un peu en dessous de ce que les analystes espéraient. Pas en baisse. Juste moins euphorique que prévu. Le message du management est lacunaire :

“On préfère être prudents, le contexte reste instable.”

Au pire ils surprendront à la hausse les trois prochains trimestres et ça ne gênera personne. On retiendra surtout que le consommateur américain n’est pas mort. Le digital devient central, Walmart continue de gagner des parts de marché. Mais de nos jours, en bourse, c’est pas le présent qui compte, c’est comment on fait rêver l’investisseur pour demain.
Bienvenue dans ce monde où être solide ne suffit plus.

Réduire le risque

En résumé de la séance d’hier, on va dire qu’après quelques jours de surperformance de la part des marchés européens et trois jours de hausse consécutifs aux States, on a pris les profits et réduit les risques sachant que les prochaines heures seront cruciales pour l’économie – avec la publication du PIB – pour la FED et les taux, avec la publication du PCE – et pour les Mollahs qui se demandent avec combien de vierges ils vont finir le week-end. Et puis, pour saupoudrer tous ces doutes et ces angoisses, n’oublions pas que ce vendredi est un vendredi d’échéance.

Aujourd’hui c’est le « triple witching », l’échéance des trois sorcières. C’est donc à ce moment-là, je vous ressors ma tirade habituelle qui me fait gagner 3 lignes dans ma chronique. Là où je vous dis qu’à chaque triple witching ou à chaque quadruple witching, on nous fait le même cinéma et que CHAQUE fois, il ne se passe strictement rien. Mais c’est pas grave, ça donnait un peu plus de relief pour la justification du léger « sell-off » d’hier. Vous pourrez donc résumer la chose en expliquant à qui veut l’entendre que le marché s’est mis en mode « risk-off » à cause de l’Iran, de Trump, de l’inflation, des taux, du PCE, du prix du baril et aussi parce que c’est la triple échéance du 20 février. Et le pire, c’est que vous aurez l’air crédible.

Ah oui. Et puis j’ai oublié un truc. Un truc que l’on peut – que l’on doit rajouter – dans n’importe quel résumé boursier ; c’est le fait que la COUR SUPRÊME des États-Unis d’Amérique pourrait – au conditionnel – rendre sa décision sur les tarifs douaniers et si Trump a abusé de son pouvoir. Vous savez le truc qu’on attend depuis des semaines et qu’on nous sort à toutes les sauces en disant que « c’est peut-être demain » – ou en tous cas dans les 12 prochaines semaines ou les 9 prochains mois. Bref, pour faire simple on ne sait pas DU TOUT quand les branquignols de la Cour Suprême vont rendre leur verdict, mais on le rajoute régulièrement dans les commentaires pour faire genre « on n’a pas assez de doutes et de questions à se poser ». Donc, en plus de la guerre, du PCE, du PIB, de l’inflation, de la météo pourrie et des avalanches hors de contrôle, n’oubliez pas la Cour Suprême, même si eux-mêmes ne savent pas quand ils vont parler, ils sont toujours capables de nous surprendre…

En Asie

Ce matin en Asie, on sent clairement que personne n’a envie de jouer les héros non plus. Entre les doutes persistants sur les taux américains et les ultimatums et les pressions de Trump à l’Iran – les investisseurs ont également préféré ranger les actifs risqués au placard en attendant d’y voir plus clair. Le Japon a corrigé franchement, pris en étau entre une inflation qui ralentit fortement, mais reste au-dessus de l’objectif de la Banque du Japon, et une industrie qui tourne bien grâce à la demande extérieure. Des chiffres mitigés qui sont parfaits pour ne rassurer personne. À Hong Kong, la tech a reculé, plombée par le climat mondial et par la mention d’Alibaba, Baidu et BYD sur une liste américaine évoquant des liens supposés avec l’armée chinoise, ce qui a largement suffit à déclencher quelques ventes nerveuses, surtout après quelques jours de vacances. Ailleurs, c’était mou, attentiste, presque suspendu aux prochains chiffres américains d’inflation et de croissance, comme si toute l’Asie retenait son souffle en regardant Washington décider de l’humeur du jour.

Et puis il y a la Corée du Sud, qui fait bande à part avec un KOSPI enchaînant les records, porté par la tech mais aussi par les valeurs financières et de la défense, dans un élan surtout alimenté par les investisseurs locaux, pendant que les étrangers allègent. Même la condamnation à perpétuité de l’ex-président Yoon n’a pas troublé la fête. Comme quoi, parfois, la Bourse vit vraiment dans sa propre réalité. Au-delà du pétrole qui vit sa propre vie, l’or est à 5’034$, l’argent vaut 78.65$, le Bitcoin est à 67’750$, le rendement du 10 ans US est à 4.07%, pendant que le Nikkei reculait de 1.2%, que le Hang Seng abandonnait 0.65%, le Kospi enchaînait donc son Xième record d’altitude avec une hausse de plus de 2%.

Dans les choses à retenir

Dans les nouvelles neuves et les trucs qui grattent, on notera que Sumitomo Pharma a plongé de 12%… le lendemain même du feu vert gouvernemental pour sa thérapie révolutionnaire contre Parkinson basée sur les cellules souches, après un rallye de plus de 300% en 2025. Le marché a simplement pris ses profits, estimant que malgré le potentiel “blockbuster” à long terme, les retombées financières immédiates seront quasi nulles. Excellente nouvelle scientifique, mais action déjà surchauffée… donc on vend. Autrement, Nvidia discute d’un investissement pouvant aller jusqu’à 30 milliards de dollars dans OpenAI, dans un tour de table qui valoriserait la start-up à 730 milliards. Ce chèque serait distinct du méga-accord d’infrastructure de 100 milliards annoncé en septembre, et ne serait lié à aucun jalon technique précis — autrement dit, c’est un pari stratégique pur sur l’IA. Rien n’est encore signé – comme pour les 100 milliards – mais si ça se confirme, on parlera d’un des plus gros tickets jamais posés dans l’histoire de la tech… et d’une nouvelle étape dans la fusion quasi organique entre Nvidia et OpenAI. En même temps, ça fait 6 mois qu’ils brassent de l’air sur le sujet et la HYPE n’est plus tout à fait la même.

Et puis alors On pensait avoir tout vu avec les tarifs douaniers et les bras de fer avec la Fed… mais voilà que Trump dégaine maintenant les dossiers extraterrestres. Le président américain annonce qu’il va ordonner au Pentagone et aux agences fédérales de publier des documents sur les OVNI, les “phénomènes aériens non identifiés” et tout ce qui touche de près ou de loin à une éventuelle vie extraterrestre, officiellement “vu l’intérêt énorme du public” sur le sujet – officieusement ; ça fait toujours diversion. Ça arrive après qu’Obama, dans un podcast, a expliqué que l’univers est probablement rempli de vie… tout en précisant qu’il n’a vu aucune preuve d’un contact avec la Terre ni de secrets planqués à Area 51. Le Pentagone, de son côté, reconnaît des centaines de signalements récents d’objets étranges, dont une petite vingtaine mériteraient analyse… mais sans aucune preuve d’origine alien à ce stade. En résumé : beaucoup de fascination, un timing politique intéressant, zéro preuve concrète… mais un nouveau feuilleton qui promet d’occuper les réseaux pendant un moment ou d’aller téléphoner maison.

Private credit : la porte de sortie est fermée (mais c’est pour votre bien)

Finalement, il y a une chose dont je dois vous parler ce matin. C’est pas le truc qui va changer nos vies et encore moins la performance des futures, puisque de toutes façons, ils sont en hausse pour jouer la thématique du « buy the dip » après la correction d’hier, mais dans la finance il y a toujours des phrases qui foutent les jetons et la phrase : « les retraits ne rouvriront finalement pas » en fait clairement partie. Cette semaine, le canari dans la mine de charbon s’appelle Blue Owl, géant du private credit, qui a décidé que son fonds OBDC II destiné aux investisseurs particuliers resterait fermé à la sortie, officiellement pour protéger tout le monde, officieusement parce que les demandes de retrait commençaient à accélérer un peu trop vite pour un produit censé être “semi-liquide”.

L’annonce a été repérée hier par Mohamed El-Erian qui a simplement signalé la chose au FT en disant que ça ressemblait furieusement à ce qui s’est passé JUSTE AVANT la crise des subprimes. Et quand Mohamed El-Erian parle, ça vaut quand même la peine de faire attention. Non, parce qu’il y a plein de mecs qui causent pour ne rien dire. El-Erian ça aurait plutôt tendance à être l’inverse. Mais revenons à l’annonce

Au départ, Blue Owl promettait des fenêtres trimestrielles, 5% des actifs maximum pouvaient sortir, histoire de donner l’illusion d’une porte entrouverte. Sauf que les investisseurs ont commencé à se présenter un peu plus nombreux que prévu : 150 millions retirés sur neuf mois, +20% sur un an, et au troisième trimestre déjà 6% de la valeur nette qui partait, donc au-delà du plafond. Plutôt que de rouvrir et de devoir rationner officiellement les sorties, Blue Owl a choisi la solution élégante : on ne rouvre pas, on vend des prêts, et on vous remboursera progressivement, au fil des ventes, peut-être sur plusieurs trimestres, peut-être sur plusieurs années. En clair, ton argent reviendra… quand les actifs auront trouvé preneur. Ce qui peut durer très, très, mais alors très très longtemps. Dans la foulée, le groupe a vendu 1,4 milliard de dollars de prêts, dont 600 millions issus du fonds retail, soit environ 30% des actifs, et surtout à 99,8% de la valeur comptable. Message très clair envoyé au marché : “nos valorisations tiennent, pas de décote massive, pas de feu sous la maison”. La communication est propre, maîtrisée, presque chirurgicale. Ce n’est pas une crise de défaut, c’est une crise de liquidité.

La machine

Et c’est là que ça devient intéressant, parce que le private credit, cette machine de 3’000 milliards de dollars, a prospéré pendant des années sur des taux ultra-bas, des spreads compressés et une chasse effrénée au rendement. On a prêté à des entreprises plus petites, plus endettées, avec des coupons généreux qui ont attiré de plus en plus d’investisseurs particuliers via les BDC (Business Development Company) et autres fonds promettant 11%, 12%, parfois 16% de rendement, dans un monde où le high yield classique faisait beaucoup moins rêver. Sauf que “high yield” veut dire risque élevé, et que des prêts privés à long terme financés par des investisseurs pouvant demander leur argent tous les trimestres, c’est un équilibre qui tient tant que tout va bien.

Le contexte n’aide pas : quelques défauts médiatisés, des doutes sur certaines entreprises technologiques qui empruntent massivement et pourraient souffrir de la vague IA, des valorisations opaques, et les avertissements de Jamie Dimon qui rappelle que les risques peuvent être “cachés à la vue de tous”. Chez Blue Owl, on ne parle pas d’effondrement systémique, mais on découvre que la liquidité vendue au retail était en réalité conditionnelle. Alors est-ce que l’on vit un moment Lehman Brothers ? Apparemment non. Puisque les actifs se vendent proche du nominal, le système ne s’écroule pas. Mais c’est un rappel brutal que l’illiquide reste illiquide, même emballé dans un joli packaging marketing. Si d’autres fonds semi-liquides commencent à bloquer les retraits et que la confiance se fissure, on pourrait passer d’un cas isolé à un vrai problème de perception sectorielle. Et en finance, on le sait depuis longtemps : la perception finit souvent par créer la réalité. Pour l’instant, pas de panique. Mais clairement, ce genre de dossier mérite qu’on garde un œil dessus, parce que les crises ne commencent jamais là où ça hurle et où ça fait du bruit. Elles commencent toujours là où tout le monde pensait que c’était tranquille.

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Les chiffres du jour

La journée commence donc avec des futures en hausse, des doutes sur le Private Credit et les Américains qui attendent l’occasion qu’il faut pour aller bombarder l’Iran et Trump qui sort des punchlines sur le sujet toutes les 24 heures au moins. Aujourd’hui nous aurons donc le PCE à 2.8%, le CORE à 2.6% et le PIB à 2.8% de croissance, mais au vu des déclarations récentes de Bessent et de Trump, pas sûr que le PIB soit si faible….

En attendant, observons, soyons prudents et on se revoit la semaine prochaine à la même heure et au même endroit pour décortiquer encore une fois le monde merveilleux de la finance.

À lundi.

Thomas Veillet
Investir.ch

« A stock market decline is as routine as a January blizzard in Colorado. If you’re prepared, it can’t hurt you. A decline is a great opportunity to pick up the bargains left behind by investors who are fleeing the storm in panic. »

Peter Lynch