Nous sommes dans une période d’instabilité géopolitique extrême. C’est pas moi qui le dit, il suffit d’ouvrir un journal qui parle un peu de finance et pas trop de football et vous verrez que c’est une terminologie qui revient assez régulièrement. En même temps quand on voit le bordel dans lequel nous sommes, dire que nous sommes en pleine instabilité géopolitique résume à dire que l’eau ça mouille et que le feu ; ça brûle. Et tout cela ne se résume qu’en un seul et unique point : « les posts sur les réseaux sociaux », mais uniquement ceux de Donald Trump. Le marché ne fonctionne plus que par Trump et le reste n’a plus la moindre importance. Ça en devient totalement débile.

L’Audio du 27 mars 2026

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Plus de vision

La séance d’hier était symptomatique de l’ambiance pourrie qui règne sur les marchés financiers. Non, parce qu’on ne va pas se mentir ; on ne va pas raconter ici que « tout va bien que les oiseaux chantent et que c’est le printemps !!! » Tout d’abord : NON, ça n’est pas le printemps, il fait froid, y a du vent et manger sur une terrasse est devenu un sport extrême. Après, le marché a perdu toute rationalité et, force est de constater qu’on ne peut pas lui en vouloir tellement la période est merdique. Vous l’avez compris, le seul et unique axe qui peut faire bouger les indices mondiaux, c’est le pétrole. Et le seul truc qui peut faire bouger le pétrole dans un sens ou dans l’autre, c’est les extrapolations que l’on peut faire en se basant sur ce que Trump raconte sur les réseaux sociaux. Oui, non, parce qu’il ne faut pas se leurrer, le compte « X » du gouvernement iranien est quand même vachement moins populaire.

Les bourses mondiales ont donc vécu une belle journée de merde basée sur le fait que TRUMP… oui, encore lui… avait proposé un plan de paix et que les Iraniens se sont plus ou moins assis dessus avec élégance. Les Iraniens disent qu’ils n’en veulent pas parce qu’il n’est pas « équitable » et pour ça, objectivement, on ne peut pas leur en vouloir, parce qu’il est peu probable que dans le plan de paix en question, il y ait la mention d’une distribution de « Green Cards » aux ayatollahs les plus gradés et un job au Congrès garanti en arrivant à Washington en jet privé. Donc le plan de paix en 15 points semblait tomber à l’eau, même si les hauts responsables américains continuent de dire que oui, en effet ; « ils continuent de discuter ». Pour être honnête, personne ne les croit.

Journée pourrie et entrée en correction

Dans cette ambiance bien immonde à souhait, les indices mondiaux ont repris le chemin du Sud sans panique et sans volume. Si l’on en croit les experts, c’est surtout les « algos » qui bossent alors que les humains, les traders, les gérants de fonds et les clients de base restent fermes sur leurs appuis en attendant d’y voir plus clair. Et pour être franc, quand on voit le merdier que cette guerre est en train de devenir, il y a de quoi se poser des questions et il y a de quoi avoir envie de ne rien faire. Et c’est plus ou moins ce qu’on a fait hier : rien. Mais pendant que nous, êtres humains ne faisions rien, les programmes de trading et autres sympathiques algorithmes gérés par l’IA se sont fait plaisir et sont partis du principe que si pas d’accord avec l’Iran, la guerre continue, si la guerre continue, le pétrole va remonter. Si le pétrole remonte, l’inflation va faire de même et si l’inflation remonter, la FED va devoir remonter les taux à nouveau. D’ailleurs les chances de voir la banque centrale américaine monter les taux prochainement est de 46.5%. On n’aurait pas parié là-dessus en début d’année.

Enfin bref, dans cette ambiance morose et pas très rose, les indices se sont effondrés et le pétrole est remonté, c’est un grand classique de la finance mondiale que l’on connait plutôt pas mal depuis un mois. En plus de la hausse du baril, on notera que les rendements du 10 ans ont également pris l’ascenseur et même si on en parle nettement moins souvent que le cours du brut, ça devient plutôt préoccupant et ça démontre bien le niveau de stress et de tension actuel, même si ça ne sont que des algos qui traitent et que les volumes sont faibles. Ça veut dire que même l’IA et la haute technologie financière sont très inquiets de voir une guerre qui traîne avec un jour le risque de voir l’inflation partir en vrille et finir totalement hors de contrôle dans un fossé. Bref, hier c’était très moche et comme d’habitude quand c’est très moche, on attaque la tech en priorité, parce que c’est toujours plus facile de faire baisser les marchés en tapant sur la tech.

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Les arguments faciles

Surtout qu’hier, pour faire baisser la tech, on avait tous les arguments qu’il fallait et c’était presque trop facile. À commencer par Meta qui s’est fait déchirer de près de près de 8% suite à la décision d’un jury débile, d’attribuer 6 millions de dollars à une post-ado qui est incapable de gérer son temps de « scroll » sur Instagram. Et comme, c’est tellement plus simple de déresponsabiliser ce genre de personne, c’est devenu tout de la faute à Meta et à Google. Alors attention, ne nous méprenons pas, je ne dis pas que les réseaux sociaux c’est génial et qu’on devrait apprendre à passer plus de temps dessus. Mais en revanche c’est juste pathétique que la justice américaine soit aussi stupide pour en arriver à déresponsabiliser des citoyens débiles qui sont incapables de se gérer et qui trouvent plus simple d’accuser un système plutôt que de prendre leurs responsabilités. C’est exactement, ce qui s’est passé avec les cigarettiers à l’époque et on recommence aujourd’hui avec les réseaux sociaux, c’est pathétique.

Bref, Meta s’est fait exploser et à effacé près de 120 milliards de market cap parce que ce jugement à deux balles remet en question tout le système des réseaux sociaux qui pourraient être amenés à revoir leurs produits et donc, in-extenso, réduire leurs marges et leurs bénéfices. Alphabet, la maison mère de Google, s’est également fait attaquer à cause de YouTube, mais dans une moindre mesure, parce que leur business modèle est mieux diversifié. Quoi qu’il en soit, qui que soit les vendeurs, ils se sont fait plaisir. Et ils se sont également éclatés sur le secteurs des puces mémoire, puisque depuis l’apparition du nouveau produit de Google qui diminuerait le besoin de ce genre de produit – le secteur s’est fait laminer et même si l’ensemble des analystes trouvent que Micron c’est quand même de la balle, le titre s’est fait massacrer et est entré en Bear Market – et pendant que Micron entre en Bear Market, le Nasdaq vient d’entrer en zone de correction, puisque l’indice est en baisse de plus de 10% depuis les plus hauts. Mais ça, c’était hier.

Et Trump est arrivé

Oui, c’était hier parce que ce matin – encore une fois – tout a changé. Tout a changé parce que Trump nous a fait un TACO. Enfin, une sorte de TACO. Le Président Américain a encore une fois sorti « la phrase qui tue » après la clôture du marché. Il est vrai que ça commence à sentir mauvais pour lui. Le gallon est en train d’exploser aux USA et ses fidèles consommateurs américains commencent à l’avoir mauvaise. Ce qui pourrait – à terme – se conclure par une défaite cuisante aux Midterms. On en est encore loin et ça n’est pas les déclarations d’hier soir qui vont changer la donne. Néanmoins, Washington a donc décidé de repousser les frappes prévues en Iran d’une dizaine de jour en « signe de détente » ou de bonne volonté – allez savoir. L’Iran aurait aussi offert de laisser passer une dizaine de tankers par le détroit d’Ormuz.

Pour le moment, les déclarations du « leader maximo » qui – entre nous soit – commence à donner clairement l’impression de perdre la raison – ont donc offert un peu de répis à ce marché qui était au fond du bac à la clôture d’hier soir. Ce matin, les futures sont en hausse de 0.45% et le WTI, tout comme le Brent, sont en baisse de 1%. On connait désormais le principe : pétrole qui baisse, marché qui monte et vice et versa. Pour l’instant et à l’heure où je vous parle, le Président a ENCORE UNE FOIS tenté de sauver le marché et les meubles. Pas sûr que ça suffise, mais pour le moment, c’est comme ça que fonctionne la finance mondiale ; en dépendant des humeurs de l’homme fort de Washington qui en profite pour manipuler les marchés et offrir à sa famille et ses copains, l’occasion de faire leur coup de trading de la journée. Elle pas belle la vie ? En conclusion, à l’heure actuelle, les frappes contre l’Iran sont repoussées de 10 jours. Mais pas sûr qu’on puisse lui faire confiance sur les délais. Je dirais même plus, il est plus que certain que le prochain « tweet » soit pour les 48 prochaines heures, puisque ce soir, c’est le week-end.

Et l’Asie

Et là tout de suite, comme on pouvait s’y attendre, les marchés asiatiques sont en train de récupérer le terrain perdu en début de séance. Même si la Corée a encore de la peine à cause de la thématique des puces mémoires et de la concurrence éventuelle générée par Google, le Hang Seng repasse en terrain positif, tout comme la Chine. Alors que la Japon hésite entre rouge et vert. Pendant ce temps, l’or est à 4’488$, le pétrole 93.98$ sur le WTI, le Bitcoin oscille autour des 69’000$ et le rendement du 10 ans est à 4.43%.

Les marchés sont donc toxicodépendants des déclarations de Trump et il n’y a plus que ça qui peut faire bouger les indices ou décider de l’avenir. Hier soir le Nasdaq est entré en zone de correction, le S&P500 est au bord du gouffre et franchement, sa configuration technique est presque aussi sexy qu’une épidémie de fièvre Ebola et la psychologie du marché est complètement détruite par la géopolitique. Pour être franc, on espère tous que l’on va pouvoir revenir à une vie normale très rapidement, mais ça n’a pas l’air simple et on peut même se demander dans quelle mesure tout ce merdier convient parfaitement à Trump qui peut ainsi se permettre de faire gonfler sa caisse de retraite et de garder le marché sous sa coupe jusqu’aux Midterms, période à laquelle il pourra commencer à déclencher le rebond et montrer aux Américains qui est le patron.

Pour le reste et l’histoire du jour

Vous l’aurez donc compris par vous-même, le marché, les marchés, les indices et les matières premières sont à la botte de Trump et ce que je vous raconte ce matin à 8 heures peut être totalement inversé dans les 30 minutes qui viennent selon l’humeur du patron de la Maison Blanche. Et vu qu’au bout d’un moment, c’est un peu fatiguant ne parler que de ça, je m’en vais vous compter une histoire qui montre qu’au-delà la crise géopolitique que nous traversons, nous avons toujours au fond de nous, cette intention de faire du trading pour devenir très très riche en 3 jours. Voici donc l’histoire du Fundrise Innovation Fund. Il aura fallu exactement six jours pour que le rêve devienne cauchemar. Le Fundrise Innovation Fund, coté sous le symbole VCX, s’est effondré de près de 50 % hier — et ceci après avoir flambé de 1’840 % depuis son introduction en bourse le 19 mars. Une leçon brutale sur ce qui se passe quand le FOMO rencontre une structure financière mal comprise.

L’idée de base est assez simple : offrir au grand public un accès aux licornes de la Silicon Valley avant leur introduction en bourse. Anthropic (21 % du portefeuille), Databricks (18 %), OpenAI, SpaceX — Fundrise a réussi, entre 2022 et 2026, à constituer un portefeuille d’exception, générant environ 85 % de rendement depuis sa création, avec des frais de gestion raisonnables à 1,85 %. Sur le fond, personne ne conteste la qualité des actifs ou tout au moins l’intérêt d’être investit dans ces valeurs que l’on qualifiera de « tendance ». Le problème n’est pas quoi, mais plutôt comment ça fonctionne. VCX est un fonds qui investit dans des sociétés qui ne sont pas encore cotées en bourse – ce qui veut dire que ça n’est pas un fonds sur lequel on peut calculer la NAV en faisant des simples règles de trois. De plus, seulement 6 à 7 % des parts totales sont en circulation libre sur le marché — les 100 000 investisseurs d’origine sont bloqués par un lockup de six mois jusqu’en septembre 2026. Ce qui a pour conséquence une offre microscopique, une demande frénétique, et DONC une volatilité explosive. Après trois jours de trading près de 25 % du flottant avait déjà changé de mains — une rotation qui laisse supposer que les gens derrière ces trades ne sont pas des investisseurs long terme, mais plutôt des algos décérébrés.

La folie de la hausse

Au sommet de la folie, il y a 48 heures, l’action atteignait 575 $ — soit 31 fois sa valeur d’inventaire qui était autour de 18,26 $. Autrement dit, les acheteurs payaient 31 dollars pour chaque dollar d’actifs réels détenus par le fonds. C’est encore une fois Andrew Left, fondateur de Citron Research, qui a précipité la chute jeudi en annonçant publiquement une position vendeuse sur VCX, qualifiant l’écart entre le cours et la NAV de déconnexion pure et simple. Mais Citron n’a pas seulement joué sur la valorisation. Le vendeur à découvert a demandé à la SEC d’enquêter sur d’éventuelles promotions non déclarées par des influenceurs, des YouTubeurs ou des newsletters — notant que Fundrise Advisors avait déjà été sanctionné par la SEC en 2023 pour avoir rémunéré plus de 200 influenceurs sans le dire à personne. Le site GetVCX.com, domaine promotionnel du fonds, a lui aussi été pointé du doigt comme potentiellement trompeur.

Déjà vu

Cette histoire ressemble trait pour trait à celle de Destiny Tech100, qui avait atteint 105 $ en mars 2024 malgré une NAV inférieure à 5 $. Aujourd’hui, DXYZ navigue autour de 30 $ pour une NAV de 20 $ — une prime de 50 % qui reste élevée, mais sans commune mesure avec le délire initial. Si VCX venait à suivre la même trajectoire, le prix implicite tomberait autour de 26 $ — soit une chute de plus de 93 % par rapport aux tops de cette semaine. Le vrai test n’est peut-être pas encore arrivé. En septembre 2026, les 100’000 investisseurs initiaux pourront vendre leurs parts. L’afflux massif d’offre nouvelle pourrait comprimer la prime de façon spectaculaire. Et si Anthropic, OpenAI ou SpaceX s’introduisent en bourse d’ici là — ce que tout le monde anticipe — la raison d’être même de VCX disparaît : pourquoi payer une prime pour un accès indirect quand on peut acheter l’action directement ? La morale est cruelle, VCX est un bon fonds, mais il est mal acheté par des investisseurs mal informés. Les actifs sont réels, la gestion est sérieuse — mais la structure fermée et la rareté artificielle du flottant ont transformé un produit financier en terrain de jeu spéculatif. Le cours actuel, encore à plus de 11 fois la NAV « théorique », suggère que la leçon n’est pas tout à fait terminée.

Les choses à suivre

Comme nous venons de le voir ce matin, tout tourne autour de l’Iran et de Trump, mais si on gratte un peu sous la surface, il se passe quand même des choses, il faut juste avoir envie d’aller chercher un peu plus loin. Aujourd’hui, il y aura les chiffres de la confiance du consommateur version Université du Michigan et c’est à peu près le seul chiffre intéressant de la journée, même si ce dernier est plus que discutable si l’on se réfère à sa méthode de calcul.

En résumé :

Trump a de nouveau repoussé son ultimatum — de 10 jours — laissant à l’Iran un délai supplémentaire pour conclure un accord avec les États-Unis, sous peine de subir des frappes sur ses infrastructures énergétiques. L’Iran a indiqué être toujours dans l’attente d’une réponse, après avoir rejeté un plan américain en 15 points visant à mettre fin au conflit, tout en proposant ses propres conditions. Israël affirme avoir frappé dans la nuit des sites de production de missiles balistiques ainsi que des systèmes de défense aérienne à travers l’Iran. Le Brent, référence mondiale du pétrole, s’échange juste en dessous des 103 dollars le baril après avoir effacé un repli initial, et se dirige vers un gain mensuel record pour le mois de mars. La Malaisie a déclaré que l’Iran avait autorisé certains de ses navires à transiter par le détroit d’Ormuz. Et nouveau coup dur pour les acheteurs asiatiques, trois installations australiennes — représentant environ 8 % de la production mondiale de gaz naturel liquéfié, le GNL — ont vu leur production réduite en raison d’un cyclone.

Et pendant ce temps, tout le monde attend le prochain « tweet » de Trump. Passez une très belle journée, un très bon week-end et pour ceux qui voudraient voir la récap de la semaine en vidéo, je vous retrouve sur la chaîne Swissquote en français dès demain, autour de midi, et sur YouTube, sans pour autant vouloir vous forcer à être dépendants des réseaux sociaux.

Excellent week-end à tous et à lundi !

Thomas Veillet
Investir.ch

“A bull market is like sex. It feels best just before it ends”
― Peter Bevelin