On ne va pas se raconter des histoires, les marchés financiers sont toujours en mode « Muppet Show ». On fonctionne uniquement en fonction des déclarations de Trump et quand on voit le nombre de déclarations et le rythme avec lequel il les fait, il est clair que ça n’est pas simple de mettre des stratégies en place et d’avoir une vision à plus de 12 minutes. Tout en sachant que le Président est capable de dire à peu près tout et son contraire dans les 36 prochaines minutes. Ce matin un grand média financier se demandait « pourquoi les indices ne sont plus capables de monter et de maintenir leurs gains ? ». Peut-être parce que le Président américain a totalement perdu la raison…
L’Audio du 31 mars 2026
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Introspection
Je vous l’avoue, au-delà de vous raconter ce qui se passe et ce qui s’est passé sur les marchés financiers lors de la séance d’hier, je suis en train faire une introspection sur moi-même personnellement tout seul, histoire de savoir et de de comprendre ce qui se passe. Non, parce que je dois reconnaître que ce matin j’ai dû relire ma propre chronique de la veille pour me souvenir où nous en étions restés dans les déclarations… que dis-je, dans les DÉCLAMATIONS de Donald Trump. Si je rembobine la vidéo dans le magnétoscope, hier matin à la même heure, nous en étions à analyser l’interview du Président dans le FT du dimanche. On apprenait que le mec était totalement largué, qu’il ne savait plus où il en était et sa stratégie allait de « faire la paix rapidement » à « envoyer des troupes au sol pour voler le matériel nucléaire iranien ». Si l’on relisait deux fois la publication du Financial Times, on en arrivait rapidement à la conclusion que l’autre est totalement en train de perdre la raison. Mais la bonne nouvelle c’est que selon lui, les Iraniens allaient laisser passer 20 grands bateaux plein de pétrole en signe de respect pour les USA.
Donc j’ai fait mon calcul à deux balles. Un méga-tanker ça représente plus ou moins 2 millions de barils. Donc 40 millions de barils si l’on tient compte du fait que les 20 grands, grands bateaux vont passer le détroit d’Ormuz. En gros, 40% des besoins de pétrole mondiaux journaliers. Rien qui règle le problème dans la journée. Alors oui, c’est un signe de détente. Sans compter qu’hier matin à la sortie du week-end, le WTI passait les 100$, les graphiques des indices américains ressemblaient plus à une maladie vénérienne qu’autre chose et on sentait que la panique était proche. Trump en a donc rajouté une couche en disant que : « les négociations avec l’Iran se passent extrêmement bien et que le cessez le feu pourrait être annoncé très bientôt ». Hier matin avant l’ouverture des marchés européens, le pétrole subissait quelques ventes et les indices repassaient dans le vert rien qu’à l’idée de voir la paix dans le monde se profiler à l’horizon. Enfin, dans le monde. C’est vite dit. Surtout dans le monde du pétrole et du prix à la pompe. Non parce que autres guerres dans le monde qui n’ont pas d’influence sur le pétrole, soyons clairs, Wall Street n’en a strictement rien à foutre. Et je pèse mes mots.
Le rebond en Europe
Toujours est-il qu’hier matin, l’Europe est repartie dans le vert en se basant sur la communication trumpienne et s’est dit que « peut-être cette fois ça allait fonctionner ». Bien sûr que c’était encore une fois du pipeau et les marchés américains se sont empressés de tirer l’Europe jusqu’à la clôture du Vieux Continent, de les motiver à y croire, les taux européens se sont même calmés pendant un instant et puis, dès que les Européens eurent bouclé leur journée, les indices américains se sont retournés pour terminer dans le rouge parce que Trump. Oui, encore lui, a quand même pris le temps de déclarer qu’il allait PULVÉRISER l’île de Kharg si les négociations avec ce qui reste du gouvernement iranien n’avançaient pas très très vite. Le pétrole est reparti à la hausse et, mis à part le Dow Jones, le reste des indices se faisaient taper dessus et terminaient dans le rouge. Alors oui, c’était moins pire que vendredi dernier, mais on peut le prendre comme on veut, la clôture était quand même plus bas et la seule bonne nouvelle c’est que le S&P500 n’est TOUJOURS pas en zone de correction. Il y a échappé de peu, mais il n’y est toujours pas.
Et ce matin, ça remonte à toute vitesse, parce que… DEVINEZ QUOI ? OUIIIIIIIII, Trump a reparlé cette nuit !!! Encore !!! Et là cette fois c’est sûr, il y a un truc qui est en train de changer, la paix est à nos portes, les colombes se regroupent à Téhéran et on pense même à nommer Benyamin Netanyahou et Donald Trump comme Prix Nobel de la paix conjoint. Tout est possible de nos jours, puisque même Zelensky est sur la liste des Lauréats pontentiels. Mais trêve de tergiversations, revenons aux faits, selon le Wall Street, Donald Trump serait prêt à terminer la campagne militaire en Iran rapidement sans pour autant rouvrir le détroit d’Ormuz. Ça serait trop long, trop risqué — et au-delà de son calendrier de 4 à 6 semaines de campagne. Selon le Wall Street, le Président se contenterait d’avoir neutralisé la marine et les missiles iraniens, et laisserait à ses alliés européens et du Golfe le soin de gérer la réouverture diplomatique. Sauf que l’Iran, lui, ne bouge pas — et continue de bloquer le pétrole dans la région. Le détroit, qui représente 20 % de la consommation mondiale de pétrole, reste donc fermé. Et le baril, sous pression. Traduction pour les marchés : l’escalade militaire s’éloigne, mais le choc énergétique, lui, n’est pas près de se dissiper. Mais bon, pour l’instant, on s’en fout ce qui compte c’est la paix. Ça suffit amplement pour faire DE NOUVEAU monter les marchés, les futures et laisser croire aux Européens que tout va bien. Même le pétrole a rebaissé un peu ce matin, finalement le WTI n’est plus « qu’à 102.75$ » alors que dans la nuit nous étions quand même à 106.86$. C’est un vrai cadeau et à la pompe ce matin on va sûrement passer de 2.15 Frs le litre à 2.12 Frs… On sent tout de suite le soulagement sur le portemonnaie et sur la consommation qui va repartir comme un boulet de canon dans la matinée…
Bullshit
Non, je déconne. On va sûrement nous dire que les pétroliers doivent d’abord écouler les stocks qu’ils ont payé hyper-chers ces dernières semaines et les effets des 4 $ de baisse de ce matin devrait se répercuter dans notre consommation autour du mois de février 2034. MAIS PEU IMPORTE, peu importe LA NOUVELLE DE CETTE NUIT suffit amplement à Wall Street pour s’emballer. Les Futures sont en hausse de 0.75% et c’est la fête au village, on n’a pas encore les horaires de la parade de la paix qui sera organisée conjointement entre Iraniens et les Amércains. Je n’inclus pas Israël, parce que pendant que Trump parlait paix, Netanyahou ne semblait pas vraiment d’accord pour cesser les hostilités, on sait que de son côté, il préfèrerait aller « jusqu’au bout », bien qu’on ne soit pas très au clair sur la signification de « jusqu’au bout ». Bref, j’ironise beaucoup ce matin, mais disons que quand on voit les réactions puériles et radicales des marchés financiers alors que le pétrole est toujours nettement au-dessus des 100$ et que l’on parle de plus en plus de récession américaine pour la fin de l’année et qu’on préfère ne pas mentionner la stagflation, il n’y a pas grand-chose d’autre à faire « qu’ironiser ».
On ne va pas se mentir, les marchés sont complètement largués au milieu de cette géopolitique mondiale qui est pilotée par un type qui n’est pas foutu de garder une ligne directrice dans ses discours pendant plus de 5 minutes et plus il y a des news contradictoires, plus les intervenants sont noyés dans leurs stratégies et font n’importe quoi. Ce matin nous sommes donc en mode REBOND EUPHORIQUE avec un baril à 102.75$ et la question que l’on peut se poser – au-delà de savoir pourquoi les marchés sont incapables de maintenir leurs gains durant la journée – c’est plutôt : « Est-ce que Trump va nous sortir une news contradictoire AVANT midi ou APRÈS le déjeuner ??? ». Dans le doute, en ce qui me concerne, je crois que je vais jeûner pour ne rien rater.

En Asie on bat des records de baisse
Les marchés asiatiques ont passé leur dernier jour du mois à faire semblant de ne pas paniquer — avec un succès mitigé. La Corée du Sud s’effondre de 17% sur le mois de mars, plombée par Samsung et Hynix qui découvrent, apparemment avec surprise, que l’IA n’a pas besoin de tous les chips du monde en même temps. Merci à Google et sa nouvelle technologie. Les stars des puces à mémoire viennent tous de vivre un mois de merde apocalyptique. Hier encore des boîtes comme Micron ou Sandisk se sont fait massacrer propre en ordre. Micron a perdu près de 33% depuis ses résultats canonissimes. Le Nikkei perd 9%, l’Inde 9%, l’Australie 7%, ces variations sont mensuelles, bien sûr. Là tout de suite, le KOSPI est en baisse de 4% et le Nikkei recule de 1.13%, à titre indicatif.
L’Asie ressemble à un bulletin scolaire qu’on ne veut pas montrer à ses parents, tout en sachant qu’un de ces quatre, on ne va pas éviter la sanction. La Chine, elle, affiche des PMI positifs en mars et chute quand même de 6%. Parce que sur ces marchés-là, les bonnes nouvelles sont traitées comme des rumeurs suspectes. La raison officielle de tout ce carnage, c’est bien sûr la guerre en Iran et la fermeture d’Ormuz — 20% du pétrole mondial coincé, et personne n’a l’air d’avoir un plan B. Surtout maintenant que Trump ne veut même plus trouver de solution pour la réouverture du détroit. Pour le reste, l’or est à 4’580$, le baril remonte à 103.25$ et plus j’écris, plus ça remonte et plus la hausse des futures américains se dégrade. Quand j’ai commencé à écrire cette chronique, le future S&P était en hausse de 1%, là c’est 0.6%. On atteint des niveaux de N’IMPORTE QUOI ça en devient risible…
Pour le reste des choses à dire
Dans les news du jour, on notera que le Financial Times pense savoir que Pete Hegseth, le Secrétaire de la Défense américain, aurait tenté d’acheter des ETF’s sur le secteur de l’armement la semaine qui a précédé l’attaque sur Téhéran. Mais que l’on se rassure, ce fervent chrétien n’est pas le genre à se rouler dans la fange capitaliste, le Pentagone a confirmé que tout était bidon est que c’est absolument faux. Si c’est le Pentagone qui le dit, y a pas de raison de douter. On peut donc passer à autre chose. Je vais donc me permettre une petite analyse perso pour vous démontrer à quel point ce que l’on vit est complètement con. Si l’on va sur le site de CNBC et que l’on regarde les trois dernières news les plus importantes en haut à gauche du site – et que l’on fait abstraction des « mensonges » au sujet de Pete Hegseth, les deux AUTRES news sont les suivantes :
News 1) : « Donald Trump déclare que les États-Unis détruiront les puits de pétrole de l’Iran et l’île de Kharg si aucun accord n’est conclu, afin de rouvrir “immédiatement” le détroit d’Ormuz. »
Et News 2) : « Les Futures sont en hausse, tandis que les prix du pétrole baissent, après un rapport indiquant que Trump cherche à mettre fin à la guerre avec l’Iran sans pour autant rouvrir le détroit d’Ormuz »
Nous en sommes à un tel point de connerie au niveau de la communication de la Maison Blanche, que même CNBC n’a pas assez de news pour effacer la précédente qui contredit la seconde… C’est du pur délire et ça ne choque plus personne.
Powell parle encore
Ah oui, Powell a parlé hier soir. Vous n’étiez pas au courant ? Normal. On a tellement la tête dans le détroit d’Ormuz en ce moment qu’on pourrait annoncer la fin du capitalisme en bas de page d’un article sur les Houthis, personne ne ferait attention. Donc, pendant que tout le monde écoutait Trump déblatérer n’importe quoi, Jerome Powell — vous savez, le type qui dirige encore la Fed pour encore quelques semaines avant d’être remplacé par un gars que le Sénat bloque pour des raisons d’affaires immobilières louches — Powell donc, a pris la parole à Harvard. Et il a dit, en substance : « Le pétrole monte, l’inflation frémit, mais on ne va pas monter les taux pour autant. » Pourquoi ? Parce que les effets d’un resserrement monétaire mettent tellement de temps à se faire sentir que le choc pétrolier serait déjà terminé avant qu’on ait fini de serrer la vis.
Les marchés, qui avaient encore vendredi matin une probabilité de hausse de taux autour des 50% ont immédiatement ramené ça à 2,2%. Deux virgule deux. Ce qui, dans le jargon, s’appelle « changer d’avis en deux heures et avoir la capacité d’attention d’un enfant de 3 ans ». Les anticipations d’inflation à 5 ans son bien ancrées à 2,56% et en baisse. Le crédit privé qui s’effondre dans son coin n’est pas systémique selon le patron de la FED — ce qui est très exactement ce que disait tout le monde sur les subprimes en 2006, mais passons, on n’est pas là pour dire du mal. Bref : pas de hausse de taux, pas de panique, et un président de la Fed qui part en mai avec la satisfaction du travail accompli — ou du moins, c’est ce qu’il espère, parce que son successeur a déjà dit qu’il voulait des taux plus bas. Ce à quoi Powell a répondu : « Je ne vais pas swinguer sur cette balle. » Ce qui est, avouons-le, la sortie la plus élégante de toute la conférence. Il ne veut pas dire du mal de son successeur et on ne parle pas non plus de la dette abyssale des États-Unis qui vient discrètement de franchir les 39’000 milliards, qu’elle devrait franchir les 40’000 milliards cet automne et que les intérêts de la dette sont de plus de 1’000 milliards par année et qu’avec 1’000 milliards on pourrait s’acheter 2 millions de Ferrari SF90 et créer le plus grand embouteillage de l’histoire entre Maranello et Genève. Oui, je me suis dit qu’au point où on en est, moi aussi je peux dire des conneries qui n’ont aucun sens…
Passez une très belle journée, aujourd’hui il y aura le CPI en Europe et en France, le chiffres du trimestre de Nike, les inventaires pétroliers aux USA. Les Futures dansent la gigue et on attend le prochain post de la vague orange…
À demain pour plus d’incohérence boursières et géopolitiques…
Thomas Veillet
Investir.ch
“The two most important days in your life are the day you are born… and the day you find out why.”
~ Mark Twain