On savait que la semaine serait compliquée, on devrait y voir un peu plus clair ce soir après la clôture, mais d’ici-là, tout peut arriver et il faut composer avec. Trump est étonnement silencieux et la seule chose que l’on sait c’est que le blocus d’Ormuz pourrait durer encore. Ce qui ne devrait pas aider la situation du pétrole qui ne sait faire plus qu’une seule chose : monter. Hier les Semiconducteurs ont enfin vécu une séance de profit-taking (pas pour tout le monde), l’UAE a quitté l’OPEP, Dimon parle de crise obligataire et on a les yeux rivés sur les attentes des grosses Berthas de ce soir, tout en sachant que ça se résume en 2 lettres : I A.
L’Audio du 29 avril 2026
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Les semis s’arrêtent ENFIN
Mardi, la séance aura été longue et chiante comme un dimanche de pluie. Je ne vous apprendrais rien en vous disant que la FED a commencé son meeting du mois d’avril, que c’est le dernier de Powell et qu’on attend tous les détails en fin de journée avec le dernier discours officiel de Powell en tant patron. Pas de raison de s’exciter. On savait aussi que ce soir, il y aura les publications de Microsoft, Meta, Alphabet slash Google et Amazon. Et que tant que cette bande de joyeux multimilliardaires n’ont pas annoncé tous leurs petits secrets du trimestre, il n’y a pas de raison d’entamer les grandes manœuvres. Pourtant, on a quand même trouvé moyen de s’en prendre à quelqu’un, et un fois n’est pas coutume, hier soir c’est les semiconducteurs qui se sont fait déglinguer. Le SOX a ENFIN fait mine de changer de direction : ça devait arriver, on savait que ça arriverait, mais quand ça arrive on est quand même un peu déçu. C’est triste quand un truc qui monte tout le temps arrête de rendre les choses trop simples.
La réflexion derrière la petite claque d’hier soir est assez simple et se nomme : OPEN AI. On l’a vu hier, on en a parlé hier, il semblerait que la croissance démesurée d’Open Ai semble avoir été freinée par la concurrence et peut-être aussi parce que son patron est un peu trop mégalo et que claquer des montagnes de milliards qui ne sont pas à nous pour développer un business qui ne rapporte pas assez, n’est peut-être plus tout à fait la stratégie rêvée pour motiver les troupes. Les intervenants ne se sont donc pas posé la question trop longtemps et ont appuyé sur le gros bouton rouge à droite du clavier où c’est marqué : « SELL, SELL, SELL, mais SEEEEEELLLLL, je te dis »… Et pour ceux qui se posent la question de savoir quelle EST la question que l’on se posait hier soir, il s’agissait de l’interrogation suivante :
« Si Open Ai n’a plus de fric pour acheter des montagnes de semiconducteurs aussi haut que l’Everest, qui va en acheter ? »
Je l’avoue, c’est un peu simpliste, mais en même temps, la finance c’est pas que des génies qui réfléchissent en détail, c’est surtout des algos et des traders épidermiques qui vendent d’abord et qui posent les questions ensuite. Notons quand même le petit détail amusant de la séance puisque pendant que le SOX se faisait éteindre de 3.6%, Sandisk et Micron s’envolaient respectivement de 8 et 5.6%. Ils ont donc sauvé les meubles dans le secteur mémoire pendant que le reste des semi’s prenait ses jambes à son cou. Morgan Stanley a tapé du poing en disant que la NAND continuait sa course, ce qui veut dire que tant que les hyperscalers stockeront des trillions de montagnes de données, on aura besoin de mémoire et puis c’est tout. Hier il y avait donc semiconducteurs et SEMICONDUCTEURS qui font de la mémoire. Et puis, si on devait justifier un peu plus loin ce Profit-Taking, on dira que c’est pas plus mal de réduire la voilure à quelques heures des publications du club des milliardaires de ce soir. À la fin de la journée, le S&P500 reculait de 0.5%, le Nasdaq de 0.9%, pendant que l’Europe était légèrement en baisse. On sentait bien que, vu la situation du moment et tout ce qui pourrait se passer ce mercredi, personne n’a vraiment le courage de faire quoi que ce soit. Pour faire simple, hier le marché était courageux, mais pas téméraire. Faut pas pousser quand même.
LE scoop du mardi
Pendant que la diplomatie mondiale s’épuise à essayer de réconcilier les Américains et les Iraniens. Chose qui doit être à peu près aussi facile que de faire dire à un Valaisan que le vin vaudois est « pas mal », les Émirats arabes Unis ont annoncé hier qu’ils quittaient l’OPEP. Et l’OPEP+. Ils vont donc se priver des cocktails avec les Ferrero Rocher dans les hôtels de luxe de Vienne. Le départ est effectif vendredi 1er mai. Cinquante-neuf ans de mariage avec le cartel, balayés en un communiqué laconique évoquant « la vision stratégique à long terme et l’évolution du profil énergétique qui n’est plus la même ». Traduction brute pour ceux qui n’ont pas fait HEC (ce qui est mon cas) : « On en a marre que Riyad nous dise combien on a le droit de produire alors qu’on pourrait faire deux fois plus de pognon. On se casse donc à cause de l’argent. Bisous à tous ». Je dois dire qu’au-delà de ce que ça représente du point de vue du baril, je parle au nom de tous ceux qui essaient de comprendre le monde merveilleux de l’or noir en ce moment : « ON N’AVAIT PAS BESOIN DE ÇA, c’est déjà assez pénible de gérer les tweets au sujet d’Ormuz ». Mais passons, personne ne m’écoute de toutes façons…
Pour ce qui est des chiffres, l’UAE c’est 4% de la production mondiale, 4,8 millions de barils/jour de capacité (alors qu’ils n’en pompent que 3,2 sous quotas OPEP), et la deuxième mamelle financière du cartel avec 77 milliards de revenus pétroliers en 2025 (sur 455). Le ministre de l’Énergie, a même précisé qu’ils n’avaient « consulté aucun autre pays ». Pas même Riyad. Bonne ambiance. Même entre eux, ils ne se parlent pas. Le truc savoureux, c’est que l’OPEP commence à ne plus servir à grand-chose et leur « toute puissance » semble s’effondrer comme un château de sable qui aurait été construit un peu trop près des vagues. On entend déjà certains qui sont en train de prendre les paris pour la prochaine défection. Apparemment c’est le Kazakhstan le suivant. Si ça arrive, l’OPEP deviendra une coquille à moitié vide où Riyad et Bagdad se demanderont qui paiera l’addition de l’hôtel à la prochaine réunion de Vienne. Et Trump, qui a passé son premier mandat à hurler que l’OPEP arnaquait la planète, doit être en train de baver de joie en applaudissant des deux mains. Il n’a même plus besoin d’allumer le feu : ça brûle tout seul. Il y a quand même un petit problème momentané : tant que Ormuz est fermé, l’UAE ne peut pas exploiter sa nouvelle « liberté de produire ». C’est un peu comme acheter une Ferrari pour la garer dans son garage et ne pouvoir la sortir que quand l’Iran te laissera faire. Donc à court terme : zéro impact sur le baril. À moyen terme : si la guerre se termine, l’UAE balance sa production sur le marché et le pétrole repart vers le bas. À long terme : on aura tous oublié qu’il y a eu une OPEP un jour. Bon, peut-être pas. Mais on s’en rapproche.
La saison des résultats : un trimestre, quatre humeurs
Mis à part les semi’s et le fait qu’on attendait ce soir, hier il y quand même eu deux-trois chiffres qu’il faut survoler. Tout d’abord Visa — que l’on qualifiera de « carton de la journée ». Net revenue à 11,2 milliards, plus 17% sur un an. Un bénéficie de 3.31$ par action pour des attentes à 3.10$. Pulvérisé. La cerise sur le gâteau, c’est un nouveau shares buy-back de 20 MILLIARDS de dollars. Et 9,2 milliards déjà reversés en buybacks et dividendes ce trimestre. Les volumes prouvent que les gens continuent de claquer leur fric – surtout à l’étranger malgré le pétrole, malgré la guerre, malgré l’inflation. Le titre prenait 3,67% en after-close. Et si quelqu’un cherchait un signal comme quoi le consommateur américain est increvable, Visa vient de l’imprimer en lettres dorées sur fond noir. Ou alors c’est qu’il n’a plus d’autre choix que de s’endetter avec des taux à 20% pour pouvoir manger. Ça dépend l’angle où on se place.
Chez NXP Semiconductors, ont le mot « semiconducteur » dans le nom, c’est que tout va bien ». C’est 90% du travail qui est fait. Ils ont néanmoins publié un trimestre canon. Ils ont battu toutes les attentes et ont annoncé une guidance de malades mentaux à 3.45 milliards en hausse de 18% sur l’année. Le titre s’envolait de 16% after close. On change de crémerie et on parle rapidement de Robinhood, le broker en ligne qui ne fait pas payer de commissions mais qui revend vos données persos aux Hedge Funds. Les revenus sont plus faibles qu’attendus, le bénéfice par action est 3 cents en-dessous des attentes. Bref, autant NXP a tout battu, autant Robinhood a tout raté. Ils ont lancé un nouveau produit qui s’appelle « Trump accounts », ça leur a coûté une blinde mais ça n’a pas suffi pour motiver le marché, le titre s’est fait flinguer hier soir. Et puis en Suisse, on avait Novartis. Comme prévu : plus faible. Des revenus à 13,1 milliards (-5% à change constant), EPS à 1,99$ contre 2,10 attendus. Vas Narasimhan a mis ça sur le compte de l’« érosion des générique aux US » — entendez : les vieux blockbusters tombent dans le domaine public, la concurrence débarque. La guidance est confirmée. Côté médicaments, c’est Kisqali et Pluvicto qui tiennent la baraque et l’acquisition d’Avidity Biosciences pour la modique somme de 12 milliards vient d’être bouclée. C’est pas le trimestre le plus sexy de l’histoire de Novartis, mais le titre terminait quand même en hausse hier soir.

En Asie
Ce mercredi, les marchés asiatiques font du surplace-. Ils sont coincés entre les tensions USA-Iran (Trump prépare un blocus prolongé de l’Iran) et les attentes de ce soir. L’histoire des doutes autour de la croissance d’Open AI continue de faire circuler un vent froid sur la tech de la région, parce que visiblement « révolutionner l’humanité » ça ne suffit pas si le chiffre d’affaires ne suit pas. En Australie, l’inflation a accéléré franchement au premier trimestre et l’inflation annuelle est au plus haut depuis deux ans, portée par la flambée des carburants — merci qui ? Merci le détroit d’Ormuz, les posts de Trump et le merdier mis en place depuis 2 mois), et la RBA qui a déjà relevé ses taux deux fois cette année menace d’en remettre une couche, on sent l’impuissance qui commence à se faire sentir. Côté positif, la Chine et Hong Kong résistent plutôt bien et le Japon est fermé, ce qui évite de réfléchir.
Du côté de l’or c’était une sale journée hier, les taux sont trop hauts – pas plus que la veille – mais fallait bien une excuse, il y avait aussi le fait que c’est beaucoup monté et qu’on prenait les profits. Autre excuse. Ajoutez à ça que la FED va pas baisser les taux et donc on vendait l’or. Rien de neuf, mais hier il y avait plus de vendeurs que d’acheteurs sur l’or. Ce matin le métal jaune est à 4’615$, le WTI frise les 100$ et le rendement du 10 ans US est à 4.34%, pendant que la version japonaise est à 2.46%, mais en congé.
Les trucs du jour qu’il faut retenir
Pendant que les quatre MAG7 du jour s’échauffent dans les vestiaires, Jamie Dimon était à Oslo, à la conférence du fonds souverain norvégien. Et le patron de la première banque américaine a profité de l’occasion pour balancer une phrase qui devrait nous empêcher de dormir, je cite: « Vu comment les choses évoluent, il y aura une forme de crise obligataire, et ensuite il faudra la gérer. » Et pour ceux qui penseraient que c’est juste une vanne, il a précisé : « Nous n’avons pas eu de récession du crédit depuis tellement longtemps que quand elle arrivera, ce sera pire que ce que les gens pensent. Ça pourrait être terrible. »
TERRIBLE. Le mot est lâché. Pour rappel, Bessent — qui généralement tape sur Dimon depuis des mois en disant qu’il « prédit l’apocalypse depuis toujours » — n’a pas commenté hier.
Donc ce soir, nous vivrons le Statu quo de la FED, le dernier discours de Powell qui parlera pour ne rien dire, si ce n’est : « je pars ». Normalement à 16h heure suisse, le Senate Banking Committee votera pour faire avancer la nomination de Kevin Warsh. Tillis a levé son blocage dimanche. Et si tout va bien (pour Trump), Warsh prendra ses fonctions le 15 mai. Et puis alors, ce soir, après 22h heure de chez nous, place aux Mag 7 : Microsoft, Amazon, Alphabet et Meta publieront. Apple, c’est demain. Mais ce soir, ça ne sera pas des publications trimestrielles, ça sera un référendum sur l’IA. Je crois que le meilleur conseil à donner pour ce soir, c’est d’oublier les chiffres et regarder si les outils IA rapportent vraiment. On devra aussi voir comment le cloud se comporte – au moindre ralentissement, il pourrait y avoir du sang sur les murs et puis, surtout, on voudra savoir si les milliards engagés valent VRAIMENT la peine. Le marché veut du retour sur investissement.
En gros, Amazon ne doit pas décevoir sur AWS, Microsoft doit montrer que l’IA est une révolution qui fonctionne, Meta ne doit faire aucune erreur nulle part, tellement on attend beaucoup et Alphabet doit confirmer que l’IA ne bouffe pas le business des moteurs de recherche (pas trop) et qu’ils sont en train de prendre leur place dans l’IA (justement). La conclusion des chiffres de ce soir c’est que si l’IA, le Cloud et le retour sur investissement fonctionne, c’est carton plein et on repart à la hausse. Si c’est trop flou, y aura pas de cadeau. Et si c’est très clair et mauvais, on va se faire défoncer.
Pour le reste…
Côté chiffres macro, c’est pas aujourd’hui qu’on va se rouler par terre d’excitation, pour ça on attendra demain avec le PCE. Côté trimestriels, mis à part les 4 de ce soir, il y aura aussi AbbVie, Astrazeneca, Total, Glaxxo et Deutsche Bank. Il y aura aussi Ford et Qualcomm, mais comme c’est APRÈS LES MAG7, tout le monde s’en foutra comme de l’an quarante.
On savait que la semaine ne serait pas simple et ça se confirme. Aujourd’hui tout spécialement, il va falloir être super-AWARE comme disant Jean-Claude, super-AWARE pour ne rien rater. Pour le moment, les futures sont en hausse de 0.22% et dans 13 heures la FED confirmera qu’elle ne fait rien, 30 minutes après Powell va causer et ensuite ça sera « SHOW TIME » jusqu’à tard dans la nuit.
Soyez-forts et à demain, histoire de voir si on a survécu !
Thomas Veillet
Investir.ch
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Winston Churchill