Si l’on se base sur les niveaux de clôture du S&P500, le marché se retrouve plus ou moins là où nous avions commencé l’année. Cette période où nous parlions plus de taxes douanières, d’intelligence artificielle et de possibles baisses de taux en 2026. Cette douce période où le baril de pétrole valait plus ou moins 60$ et où les stars de Wall Street les plus optimistes pariaient sur un pétrole à 70$ AU MAXIMUM. Hier soir le S&P500 a terminé sa séance à 6'824. Un niveau qui correspond aux niveaux du 4 mars. En ce temps-là, le baril valait 73$. Pour faire simple, les indices sont au même niveau qu’au début de la guerre et c’est comme si la situation mondiale n’avait pas changé.
L’Audio du 10 avril 2026
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L’optimisme est de retour
Le monde merveilleux de la finance a donc changé de costume. Oublié les angoisses. Terminées les peurs inflationnistes. Effacées les craintes de ralentissement économique induit par une hausse déraisonnable du baril de pétrole. Hier nous avons vécu notre 7ème séance de hausses consécutives. Même si la journée avait commencé dans le rouge à Wall Street, dans le sillage de l’Europe, puisque tout le monde pensait qu’il était plutôt sain de prendre les profits après la hausse explosive de mercredi. Hausse qui, je le rappelle, était due à un cessez-le-feu bricolé par le Pakistan pour entamer des négociations qui pourraient éventuellement déboucher sur une paix durable. Une des raisons qui justifiait les achats de fin de journée aux USA était justement, l’intensification et les espoirs toujours plus importants de voir cette paix être signée dans les 12 prochains jours.
Nous sommes donc enclins à ENTENDRE la moindre bonne nouvelle et l’optimisme qui caractérisait ce marché il y a encore quelques semaines semble à nouveau ancré dans nos gènes. Le pétrole frise toujours les 100$ et il n’y a que 8 bateaux qui ont franchi le détroit d’Ormuz hier – contre les 135 qui le faisaient régulièrement AVANT la guerre, mais comme 8 c’est toujours mieux que zéro, on trouve que c’est super. Personne ne soulève le problème du fait qu’il va quand même falloir une chiée de temps pour retrouver le rythme d’exportation qui permettait au monde de gober 20 millions de barils de plus par jour et que les barils qui n’ont PAS été exporté depuis fin février vont quand même manquer à l’appel. Non. Aujourd’hui nous sommes optimistes, on voit le verre à moitié plein et on essaie de ne pas penser à ce qui pourrait mal se passer. On préfère ne pas mentionner le fait que les exigences des Iraniens pour signer la paix sont aux antipodes de ce que les Américains pourraient accepter et que ces demandes sont inscrites dans le traité de paix, on pourra clairement considérer que les Américains ont capitulé. Et dans ce cas précis, je me réjouis de voir comment Trump va justifier ça auprès de sa base électorale. Je veux bien croire que les gars sont bas de plafond, mais à ce point-là, ça paraîtrait quand même irréel.
Même Israël s’y met
Enfin peu importe ce qu’on nous annonce, Wall Street semble avoir poussé le curseur en position « complaisance ». Hier les chiffres économiques qui ont été publiés aux USA montrent clairement que le pays est en mode « ralentissement » et que l’inflation reste soutenue MÊME SI les chiffre du PCE ne contient même pas l’explosion récente du pétrole. Il n’y a donc vraiment pas de quoi la ramener et si j’étais Trump je commencerais à m’inquiéter de la réaction à venir, parce qu’au bout d’un moment, quand le narratif du « victory lap » et du « on a quand même bien niqué les Iraniens » qu’on nous vend sur FOX NEWS et Truth Social, va s’étioler et quand Joe American Républicain va retourner faire le plein de son V8 à 4.50$ le gallon alors qu’il a voté pour un gallon à 2$, au bout de la huitième crise cardiaque, ça risque de commencer à se voir. En effet, ça risque, mais LÀ TOUT DE SUITE les marchés s’en tamponnent comme jamais, puisqu’ils sont en mode « chasse à la bonne nouvelle ».
Et quand je dis « chasse à la bonne nouvelle », je suis sincère, parce que le dernier coup de boost à la hausse d’hier était dû à l’annonce faite par le gouvernement de Benyamin Netanyahou. Annonce qui expliquait qu’ils allaient entamer des discussions de « paix » avec le gouvernement Libanais. Juste après avoir balancé 2-3 frappes chirurgicales qui ont tué plus de 250 personnes à Beyrouth. Mais que l’on se rassure, ces 250 personnes sont sûrement tous des terroristes du Hezbollah qui étaient tous équipés de ceintures explosives. Enfin bref, là n’est pas le sujet. Le sujet qui nous préoccupait, nous les investisseurs mode 2026, c’est qu’il y ait de nouvelles discussions de PAIX EN PLUS de celles qui avaient été annoncées dans la nuit de mardi à mercredi. Visiblement, les bourses mondiales sont très fortes pour saluer la paix et ne semblent pas douter le moins du monde du résultat final de ces « négociations ». Personne n’imagine UNE SECONDE que tout ça pourrait foirer et peut-être même bien avant la fin des deux semaines de cessez-le-feu. On s’en fout royalement, ne cherchez pas, nous sommes en mode optimiste et hier, en plus de ces dizaines de vols de colombes qui avaient des rameaux d’olivier dans le bec qui partaient en direction du Moyen Orient, on s’est reconcentré sur la tech et l’IA qui sont quand même les deux mamelles du Bull Market.
L’enthousiasme avant tout
Dans cet environnement de bonheur absolu où les oiseaux chantent et où le soleil brille et où la saison des apéros bat son plein, on a donc soigneusement ignoré que la croissance du PIB américain pour le quatrième trimestre 2026 a encore été revu à la baisse. Elle s’affichait à +0,5% contre 0.7% prévu auparavant, alors que – souvenons-nous – juste avant Noël, les clowns du gouvernement Trump annonçaient des chiffres délirants qui frisaient parfois les 4%. Eh ben ça, POUF ! Envolé, annulé, oublié, tout le monde à la niche. Mais surtout TOUT LE MONDE S’EN FOUT de voir que la croissance économique américaine est au bord du gouffre et qu’en plus, on n’a pas encore intégré la hausse du choc pétrolier dans les chiffres…
Mais finalement tout ça n’est pas grave, tout ça n’est pas grave parce que la paix en Iran et au Liban arrive et que selon Trump, l’âge d’or au Moyen Orient va commencer. J’ai un tout petit peu l’impression qu’aujourd’hui, à Wall Street, on veut tellement croire au Bull Market qu’on devient de plus en plus capable d’écouter absolument n’importe quel narratif et de trouver ça génial. Je suis à deux doigts de me dire qu’on est en train de perdre la raison et que plus rien ne pourra plus jamais nous faire baisser. Hier le S&P500 a donc enquillé sa septième séance de hausse consécutive et un analyste s’est pointé à la télé pour nous annoncer que « statistiquement, quand on a 7 séances de hausses consécutives, la probabilité de voir une huitième séance de hausse est de 50% ». C’est génial non ? Il est littéralement en train de nous dire qu’aujourd’hui, ça peut SOIT BAISSER, SOIT MONTER. Il y a une chance sur deux. Comme tous les jours en gros. Mais c’est pas grave, fort de cette statistiques, on se sent plus grand, plus fort et plus intelligent. Surtout si on écoute jusqu’au bout, parce qu’en plus de la probabilité de voir le marché monter ou baisser cette après-midi, le Monsieur nous a dit qu’en plus « statistiquement quand on vit des périodes où l’on peut constater 7 séances de hausses consécutives, 1 mois plus tard, le marché est généralement en hausse de 1% ». Ouf, là je suis refait.
Que demande le peuple
En conclusion, tout va bien. L’économie US est pourrie et elle va se prendre un double-uppercut à la mâchoire quand les prix du pétrole seront intégrés dans l’économie, l’emploi est en train de partir en vrille et l’inflation va plus que probablement nous péter à la figure. Et au milieu de tout ça, le petit Kevin qui va reprendre la FED dans trois semaines veut nous faire croire qu’il va baisser le taux pour faire plaisir à tonton Trump ? Franchement je me réjouis de voir ça. Mais bon, en attendant ça ne sert à rien de pinailler et de geindre, le marché veut monter, il veut croire à la paix dans le monde et au gallon qui va redescendre à 2$ quand le détroit d’Ormuz sera rouvert à plein balle dans deux jours et que les Iraniens ne chargeront « que » 2 millions de dollars par tanker pour payer la reconstruction en MIEUX de la résidence des Ayatollahs et des gardiens de la révolution, qui vont sûrement (ENSUITE), s’atteler à reconstruire un monde meilleur où la liberté de l’être humain et des femmes en particulier sera leur préoccupation principale.
Ce matin Les marchés asiatiques montent. Pourquoi ? Parce qu’il pourrait y avoir des négociations Iran-USA. Peut-être. Si l’Iran confirme qu’il participe. Ce qu’il n’a pas encore fait. On achète donc le marché sur la foi d’un rendez-vous que l’une des deux parties n’a pas encore accepté. Le KOSPI grimpe de +1,9%, quasi +10% sur la semaine — rebond « en partie dû aux achats à bon compte après les lourdes pertes de mars ». C’est ce qu’on nous dit ce matin mais la traduction honnête c’est que les gens avaient vendu dans la panique, ils rachètent dans l’euphorie. Personne n’a changé d’avis sur rien. C’est juste que là on est plus optimiste et on a moins peur que Google fasse du mal à Samsung. C’est ça, « l’analyse de marché ». Le Nikkei prend +1,5%, mais le TOPIX ne fait rien parce que l’inflation à la production surprenait à la hausse. On parle aussi du baril qui commence à faire mal à l’économie japonaise et du gouvernement qui ouvre encore une fois les réserves stratégiques. Mauvaise nouvelle, techniquement — mais on est vendredi, alors on ne va pas gâcher l’ambiance. Le WTI est à 98.37$, mais ça va bien se passer, après tout c’est juste quand tu fais le plein que ça fait mal, après ça passe. L’or est 4’784$ et le rendement du 10 ans japonais est à 2.42% – euh, c’est quand qu’on panique ? À 2.5% ? Non, je pose la question, c’est pour un ami.

Récapitulons
Récapitulons. Il y a un cessez-le-feu — annoncé mardi — sauf que mercredi il y avait encore des frappes, jeudi le Koweït s’est pris des drones, Israël bombarde Beyrouth, et Ormuz est toujours plus ou moins fermé. Mais à part ça, on y croit, merci. Trump qui – comme à son habitude est optimiste le matin et menaçant l’après-midi – balance sur Truth Social que si l’Iran perçoit des frais sur les tankers, ils ont intérêt à arrêter tout de suite. Intimidant. L’Iran n’en a rien à foutre des menaces de Trump et Trump s’énerve parce que c’est pas ce qui était prévu. Peut-être qu’il devrait finalement lire les 10 points du plan de paix iranien, mais visiblement c’est au-dessus de ses forces.
Les chiffres du jour sont les suivants : en temps normal, 135 navires traversent Hormuz par jour. Mercredi : trois. 800 cargos coincés dans le Golfe. Le WTI finit à 98 dollars (+4%), après que l’Arabie Saoudite ait perdu plus d’un demi-million de barils/jour de capacité suite à des attaques sur ses infrastructures. Et les marchés asiatiques montent quand même. Septième hausse consécutive à Wall Street. C’est beau la résilience et l’optimisme exacerbé.
Welcome to Pakistan
Il y aura des négociations demain à Islamabad : JD Vance côté américain, un plan en 15 points et de vagues promesses sur les sanctions. Côté iranien, on exige des réparations de guerre et le contrôle permanent d’Hormuz et le droit de faire joujou comme on veut avec le nucléaire. Les deux délégations ont donc des « agendas profondément divergents », ce qui est une façon élégante de dire qu’elles ne sont d’accord sur strictement rien. Les porte-parole disent que « les discussions avancent bien ». Personne ne les croit. La vraie question est donc de savoir si on envisage un échec total dès samedi et ce que ça pourrait coûter au bull market actuel ? Et si ça foire d’entrée, est-ce que le baril peut être à 120$ lundi matin ?
En attendant aujourd’hui on a le CPI américain qui sortira pour nous ramener à la réalité. Même si je crois que nous baignons tellement dans l’euphorie de la paix que même si ça sort trop fort, on dira que c’est transitoire et sous contrôle, parce que le baril, il va bien finir par baisser. Un jour.
Excellent week-end et souvenez-vous d’une chose : Trump s’énerve toujours le dimanche soir.
À lundi.
Thomas Veillet
Investir.ch
« Some people want it to happen, some wish it would happen, others make it happen »
Michael Jordan