Hier il y a eu deux séances dans une seule journée : l'avant et l'après. L'avant, c'était le doute — rumeurs en cascade que les négociations US-Iran à Islamabad partaient en eau de boudin, la fin du cessez-le-feu programmée pour minuit mercredi soir, le baril qui flirte avec les 100 dollars et Wall Street qui lâche 0,6%. L'après, c'était dix minutes après la cloche : Trump qui annonce que le cessez-le-feu est prolongé "indéfiniment" parce que l'Iran "est gravement divisé" et n'arrive pas à se mettre d'accord avec lui-même. PAF — UN TACO de plus, futures qui rebondissent. Ce que les marchés ont perdu hier, ils l'ont déjà repris cette nuit. Le blocus, lui, est maintenu.

L’Audio du 22 avril 2026

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Le TACO, encore et encore

Encore une fois le « pattern » identifié et identifiable a fonctionné. Encore une fois ce qui sert de Président aux Américains a fait une volte-face de dernière minute et encore une fois, c’était « en dehors des heures de trading ». Même si le marché semble épuisé, fatigué et désabusé par ces allers-retours dans tous les sens qui ne résolvent absolument rien à la fin, nous sommes encore une fois de retour à la case départ. Durant la séance d’hier, Trump nous parlait de ses visions de « bombardements » qui se rapprochaient et trois heures après, « POUF !!! », CESSEZ-LE-FEU prolongé. Mais indéfiniment cette fois. On n’a même plus de date à surveiller.

Hier on a donc vécu une nouvelle version de ce qu’on a déjà vécu : trois actes, de l’espoir, un cliffhanger à la cloche, et un TACO à 22h15 quand le clown en chef a publié son tweet salvateur. Levez le rideau.

Acte I — l’ouverture en hausse. Wall Street se réveille convaincue qu’on va finir, comme d’habitude, par s’asseoir autour d’une table avec Téhéran à Islamabad. JD Vance, censé mener la délégation, doit décoller. UnitedHealth balance des résultats canon, GE Aerospace aussi. Tout va bien dans le meilleur des mondes et on titille à nouveau les plus hauts de tous les temps.

Acte II — la trouille. Vance est toujours à Washington à midi. Première rumeur : le voyage est suspendu. Deuxième rumeur : l’Iran traînerait des pieds pour répondre aux positions américaines. Troisième rumeur : Téhéran exigerait que le blocus naval américain soit levé AVANT toute reprise des négociations. Quatrième rumeur : Tasnim, l’agence iranienne, sort 10 minutes avant la cloche que finalement non, l’Iran ne viendra pas — « c’est une perte de temps ». Le baril s’envole : Brent à 99,95$ en intraday, WTI vers 92$. Wall Street perd encore 0,3% dans les vingt dernières minutes.

À la cloche, on pousse presque un soupir de soulagement la journée n’a pas été simple et on se dit que ça aurait duré deux heures de plus, a aurait pu mal finir. Mais finalement c’est une petite claque contrôlée : Le S&P ne perd que 0.63%, le Nasdaq Composition 0.59% et le Nasdaq 100 s’en sort même mieux que les autres en ne baissant que de 0.42% ET en ayant quand même touché un nouveau « plus haut de tous les temps » en séance. Ça aurait clairement pu être pire. Sans compter que le SOX, le héros de ces dames, le secteur de génie, notre avenir radieux à tous, le SOX, lui, a terminé en hausse pour la 15ème séance consécutive et AMD était au plus haut de tous les temps aussi. On cherchait un truc en bourse qui ne fait que monter et qui ne baisse jamais, peut-être que la quête est terminée. Le SOX pourrait être le GRAAL. Autrement, si l’on tient compte du fait que les semiconducteurs sont un secteur à part, tout le reste finissait dans le rouge SAUF l’énergie — logique, c’est la magie du baril. L’immobilier mène la baisse. Le VIX se crispe à nouveau et repasse les 20. On a des doutes. La sérénité commence à se lézarder.

Acte III — le retournement. Je ne sais plus au combientième nous en sommes, mais ça commence clairement à faire beaucoup et la diplomatie gérée par une bande de gamin de 8 ans qui la joue à pile ou face, ça commence à devenir usant. Mais bon, c’est pas grave, on y retourne quand même : À 22h15 heure de Paris : Trump poste sur Truth Social.

« Étant donné que le gouvernement de l’Iran est sérieusement fracturé, et à la demande du Field Marshal Asim Munir et du Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, j’ai demandé à notre armée de suspendre l’attaque jusqu’à ce que leurs dirigeants nous présentent une proposition unifiée. J’ai donc prolongé le cessez-le-feu. Le blocus continue. »

Et hop. Le WTI replonge sous les 90$, le Brent revient à 98.42$ ce matin et les futures effacent la baisse de la journée en moins de temps qu’il ne faut pour dire « TACO TRADE ». Bref, la finance c’est pas des chiffres, c’est de la psychologie de cour de récré, qui ne fonctionne que sur les déclaration d’un vieux clown usé de presque 80 ans.

Heureusement, il y a les chiffres du trimestre

Côté résultats du Q1, on a eu à boire et à manger. UnitedHealth explose de +7% après avoir relevé ses prévisions pour 2026 et comme on ne s’y attendait pas trop, ça ramait pour courir derrière. D.R. Horton, meilleur qu’attendu : +5,8%. On pourra aussi noter dans les livres d’histoire que la démission de Tim Cook aura coûté 2.5% à Apple, ce qui est pire que lors de l’annonce du décès de Steve Jobs, puisque le titre n’avait baissé que de 0.3%. Pour l’instant, le marché marque le fait qu’il n’aime pas l’inconnu, surtout quand l’inconnu remplace une légende. Le bonnet d’âne du jour, c’est Tractor Supply qui plonge de 12%. Les résultats du Q1 sont sous les attentes, plombés par la division « animaux de compagnie » qui patine. Et puis, si l’on revient aux secteurs, le carnage du jour était pour la défense. Ce qui peut être contrintuitif à l’heure actuelle. Et pourtant. Ces boîtes engrangent des commandes à la pelle à cause de la guerre au Moyen-Orient et des gouvernements européens qui sont passés en mode « shopping compulsif » depuis près d’un an. MAIS, parce qu’il y a toujours un MAIS ; leurs prévisions ne convainquent personne. Tout le monde est passé au peloton d’exécution, RTX, Northrop Grumman, GE Aerospace et même les européens comme Thalès et Rheinmetall y avaient droit. Faire la guerre, c’est bien. Prévoir précisément combien on va gagner avec, c’est mieux. L’un dans l’autre les chiffres ne sont pas « mauvais », le problème est encore une fois une question d’attentes. Les analystes, ceux qui détiennent le « grand sachoir », eh ben eux, ils voulaient plus.

Du côté macro, les ventes au détail bondissent de +1,7% en mars, leur plus forte progression depuis mars 2025. Le consensus tablait sur +1,5%. Mais attention, la moitié de la fête c’est la facture d’essence : hors carburants, la hausse est de +0,6% seulement. Enfin, seulement, tout est relatif. Disons que l’on s’attendait à pire et si les prix montent c’est aussi que les gens paient encore. Les promesses de ventes de logements grimpent aussi de +1,5% – nettement au-dessus des attentes qui étaient de 0.1% et EN PLUS, février est révisé à la hausse de +1,8% à +2,5%. Le consommateur américain, increvable, continue de signer, continue d’acheter des maisons comme si de rien n’était et comme si la croissance était folle. On notera aussi que, malgré les tensions qu’on a pu ressentir pendant la journée, les intervenants ne sont pas allés se planquer dans l’obligataire. Peut-être une preuve que l’on s’attendait un peu trop à une nouvelle volte-face de Washington. Le 10 ans US est à 4.3% et même LE REFUGE en cas d’angoisse, l’or, était en baisse hier. Le métal jaune est à 4’772$ ce matin. On aurait presque pu dire que le marché avait déjà la conviction que « ça finira par se calmer ». Et il avait raison.

Ailleurs dans le monde à notre connaissance

Pendant que les marchés US terminaient leur séance chez le psy et s’interrogeaient sur leur addiction aux élucubrationx du Président Américain, l’Europe a pris cher. Logique : quand l’Iran tousse, le Vieux Continent attrape la grippe et le Moyen-Orient lui éternue carrément dessus. Et en plus, comme les nouvelles qui font rebondir ont la fâcheuse tendance à sortir APRÈS la clôture, le bilan est mitigé. Paris, Londres, Francfort, Milan, Zurich, c’est pas le programme d’un interail pendant l’été, c’est juste la liste des places boursières qui ont décroché entre 0.6 et 1.2%. Et puis alors, autant nous, en Europe, on est mal placé sur la carte des fuseaux horaires, puisqu’on ferme AVANT New York, il y en a qui rigolent, c’est l’Asie. Oui, parce qu’eux, c’est APRÈS. On voit que ce matin, l’avant et l’après sont clairement deux mondes différents.

Ce matin en Asie, on surfe donc sur le TACO du jour. Que ça soit à Tokyo, Shanghai ou Hong Kong, ils ouvrent avec le post de Truth Social déjà digéré. Les futures S&P 500 qui rebondissent after-hours et donc au moment où l’Asie se met à ouvrir les yeux, on est immédiatement dans un la tendance du « ouf, le baril rebaisse » et du « ouf, l’autre a tourné la veste, comme d’habitude ». Il faut pourtant mettre tout ça au conditionnel, parce que ça n’est pas si simple. Si j’osais je dirais même que l’effet Trump commence à ne plus être aussi efficace que par le passé. Même si les nouvelles sont bonnes et que le baril reflue, on est prudent et on se dit qu’il est capable de re-re-retourner sa veste à tout moment. Le Japon est en hausse de 0.4%, mais Hong Kong rebaisse de 1.27%, tout comme la Corée du Sud, on parle de « prises de bénéfices », pendant que Tokyo monte « grâce à la techno ». Moi je dirais que l’épuisement et le brouillard mental commencent à se faire sentir. Vivement que Trump trouve un nouveau sujet qui remotive les troupes.

Les sujets du jour qu’il faut aborder

Pendant qu’on joue au poker menteur avec le Moyen Orient, hier au Sénat, il y avait l’audition de confirmation de Kevin Warsh. Le mec a fait son numéro de séducteur indépendant : « Trump ne m’a JAMAIS demandé de m’engager à baisser les taux, et je n’aurais JAMAIS accepté de le faire. » Quand on doit insister deux fois sur un « jamais » pour que le gars en face de toi te croie, c’est qu’il y a un problème de confiance. Grosso modo, Warsh a répété ce qui avait déjà fuité la veille. Sans surprise. Il se qualifie « d’indépendant » et il faut lui reconnaître qu’il au moins de l’humour. Il pense que c’est normal que Trump donne son avis sur les taux. De toutes façons, Trump donne son avis sur tout et hier il a même déclaré qu’avec lui, la guerre du Vietnam aurait été pliée en trois semaine. Normalement, demain il devrait annoncer que c’est lui qui a organisé le débarquement du 6 juin 44 et que sans lui, l’Europe parlerait allemand. Même s’il est né en 46. Mais revenons à Warsh qui juge que le potentiel de croissance US est en hausse, mais qu’il faut « garder l’inflation sous contrôle ». SANS BLAGUE ??? C’est le minimum syndical d’un patron de Fed. Il n’a pas annoncé officiellement de quel côté du poulailler il penchait, mais on va dire que sa posture est « hawkish » modéré, pro-marchés sans être pro-Trump, tout en étant assez copain avec les colombes. On notera quand même que la partie « sans être pro-Trump » reste de la théorie.

Le marché est moyennement convaincu — le Sénat doit voter dans les prochaines semaines, la confirmation est probable mais pas garantie (les démocrates ont des questions, certains républicains aussi sur la séparation Maison-Blanche/Fed). Powell sort en mai, Warsh devrait entrer mais c’est pas encore 100% certain, le feuilleton est blindé de suspense pendant qu’on se pose toujours la GROSSSE QUESTION QUI OBSÈDE : « savoir si le mec va couper en juin, en juillet, ou pas du tout en 2026. Hier je vous ai parlé d’AVIS. Je vous en reparle ce matin par ce que là aussi, le feuilleton continue. Après avoir été multiplié par six ces derniers temps, le titre a été stoppé trois fois durant la séance d’hier. Ce qui en langage boursier veut dire : « il y a un putain de gros merdier sur ce titre à la con ». Le SHORT SQUEEZE est toujours d’actualité et les shorts continuent de se faire marcher dessus. Aujourd’hui AVIS se traite à 175 fois les bénéfices. En gros : une valorisation lunaire. Et on parle d’une émission de 5 millions de nouvelles actions qui sont en attente. Deux banques d’affaires ont downgradé la valeur. Si émission il y a, ça pourrait calmer le jeu, s’il n’y a pas, il y a des « shorts » qui vont aller tresser une corde avec les cordons de leurs téléphones pour se pendre. Nous sommes en plein casino à la mode GameStop, manque plus qu’un influenceur ou deux qui viendrait donner son avis. Pour ceux qui ont envie de briller en société ce soir, notez encore un chiffre : les options AVIS se traitent avec une volatilité implicite de 350% alors que le S&P est autour des 18/20… Pour faire simple, on s’attend à peu près à tout et n’importe quoi sur les mouvements du titre. Date de publication des chiffres du trimestre : le 4 mai. Et performance d’hier : 17%.

Tesla ce soir — les chiffres ne compteront pas

Toujours au chapitre bagnoles, Tesla publiera ce soir après la clôture. Là je pourrais vous dire que l’on s’attend à 0.37$ par action avec un chiffre d’affaires de 22.2 milliards en hausse de 15%, un EBITDA de 3.2 milliards en progression de 17%. Mais pour être franc : TOUT LE MONDE S’EN FOUT… Ce qui va compter ce soir, c’est le story-telling. Le robotaxi (lancé timidement à Dallas et Houston ce weekend, mais avec 4 voitures recensées au total sur les deux villes — quatre. Ce n’est pas un déploiement, c’est une démo). L’objectif de neuf villes d’ici fin juin commence à puer le warning. Ensuite Optimus, le robot humanoïde dont la v3 devait être révélée en mars et a été repoussée parce que « y a encore quelques bugs ». Et on parlera de la Terafab, ce projet d’usine de chips géante chiffré entre 5’000 et 13’000 milliards — oui, des milliards de dollars, j’ai relu trois fois. On parle d’un « écart qui se creuse entre vision et exécution » et évoque même la « logique » d’une fusion future avec SpaceX. En gros, il y a tellement de trucs à dire, lire, écouter et interpréter que tout dépendra de ce que Musk racontera sur le call. Une bonne phrase sur Optimus, un calendrier crédible sur le robotaxi, et le titre fait +5% demain. Une mine défaite, des excuses techniques, et c’est -8%. Au moins, y aura des trucs à raconter demain matin.

Les chiffres

Sinon dans les chiffres du jour : il y aura AT&T, Boeing, GE Vernova, CME Group et Moody’s publient avant ouverture. Et après la clôture, en plus de Tesla, il y aura ServiceNow, Lam Research et IBM. À titre de « reminder », Lam Research est en hausse de 360% sur 11 mois. Va falloir délivrer. En Europe, on regardera L’Oréal, ABB et Danone. Côté macro, il n’y a rien. C’est à se demander si on n’a pas abandonné les publications économiques tant que Trump a un smartphone dans les mains.

Pour ceux que ça intéresse, la nouvelle chaîne YouTube « Les Financiers » vient de publier sa seconde émission avec Nicolas Chéron, Gauthier Haem de Yomoni et moi aussi j’étais invité. SI vous avez un peu de temps libre, allez voir, likez et partagez, le lien est ici : Émission n°2 – Les Financiers 

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui et n’oubliez pas, sans Trump, nous ne sommes rien. Pour l’instant. Belle journée, bonne séance et on se voit demain !

Thomas Veillet
Investir.ch

« A day of worry is more exhausting than a week of work. »

John Lubbock