5 heures du matin, troisième café, sixième dose de vitamines, et ce sale sentiment qu'il y a un truc de pourri qui dégénère dans ce marché. Hier soir, le 30 ans américain a touché 5,19% — un niveau qu'on n'avait plus vu depuis juillet 2007. À l'époque, Lehman existait encore, l'iPhone venait de sortir et personne ne savait ce qu'était un "subprime". Et pourtant, le Nasdaq 100 n'est qu'à 3% d'un nouveau record historique. Wall Street tient la main de Wall Street en attendant un seul événement : les résultats de Nvidia ce soir. Une entreprise. Un seul rapport trimestriel. Et l'humeur de la planète entière qui en dépend.

Chronique express

L’Audio du 20 mai 2026

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Le cocktail toxique

À n’importe quelle époque depuis 100 ans, le cocktail qu’on déguste — taux longs en éruption, guerre au Moyen-Orient, Ormuz bloqué depuis fin février, inflation qui repart, pétrole à plus de 100 dollars — aurait collé le S&P au tapis. Une claque de -10% aurait été le tarif minimum. Mais en mai 2026, Wall Street refuse d’ouvrir les livres d’histoire. Pourquoi ? Parce qu’elle a décidé de croire à une histoire. Une seule. Celle de Jensen Huang, sorte de réincarnation de Jésus en veste de cuir, dont les sermons trimestriels rythment désormais la liturgie boursière mondiale.

Le problème, c’est que le marché obligataire, lui, n’y croit plus du tout. Et quand l’obligataire ne croit plus, c’est généralement le moment où les actions devraient commencer à se liquéfier. Sauf qu’elles ne se liquéfient pas. Elles attendent Nvidia. Comme on attend le retour du messie. Avec à peu près le même niveau de rationalité collective.

Pile ou face

Ce soir, c’est binaire. Soit Jensen délivre une guidance stratosphérique et le Nasdaq repart en orbite, les ETF IA s’embrasent, les analystes ressortent leurs price targets sous psychotropes, et tout le monde fait semblant d’oublier le 30 ans à 5,19%. Soit Jensen glisse sur la savonnette de la guidance — un mot mal choisi, une marge brute qui passe sous 75%, une phrase trop prudente sur Blackwell — et le marché découvrira qu’il dansait depuis longtemps au bord d’un précipice particulièrement profond. Le marché des options price un mouvement de ±6 à 7%, soit environ 350 milliards de dollars de capitalisation susceptibles de bouger en une nuit. L’équivalent du PIB de la Finlande. Sur une seule publication.

Pendant ce temps, le 62% des gérants mondiaux anticipent un 30 ans à 6%, Kevin Warsh prête serment vendredi à la Fed dans un bordel monstre, le Sénat américain — pourtant républicain — vient de voter 50-47 contre la guerre en Iran, et 47’000 employés de Samsung se mettent en grève demain. Tout le monde fait comme si de rien n’était.

Mais il y a un détail que personne ne veut voir, un mécanisme silencieux qui serre la gorge des marchés un cran à la fois, et qui explique pourquoi cette histoire ne se terminera pas comme les précédentes. J’en parle longuement ce matin sur Morningbull.ch

D’ici là, on attend. Avec du café. Beaucoup de café.

À ce soir pour la vidéo sur les chiffres de Nvidia, en ligne vers 1h du matin sur la chaîne YouTube de Swissquote — et bien sûr sur Morningbull.ch.

Belle journée à tous.

Thomas Veillet Investir.ch

« Perseverance is failing 19 times and succeeding the 20th. » — Julie Andrews

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Le pétrole, l’Iran, le détroit d’Ormuz qui paralyse 20% du transit énergétique mondial, le cliquet obligataire qui ne tourne que dans un sens, les 11 chiffres à surveiller ce soir chez Nvidia avec les niveaux qui déclencheront soit l’euphorie soit la panique, le « syndrome du parfait obligatoire » qui fait baisser Nvidia 3 fois sur 4 même quand les chiffres explosent les attentes, et pourquoi 75% des gérants mondiaux sont du même côté du bateau juste avant la vague…

Tout est sur  : Morningbull.ch

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