Chronique Express : 4 heures du matin. Café noir. Page Word blanche. Et cette impression désormais familière de regarder le grand cirque financier mondial monter ses chapiteaux pour la énième fois. Hier soir, pendant que les Américains se goinfraient de hot-dogs pour Memorial Day, l'Europe a fait la fête toute seule, avec personne au bureau et des volumes affligeants de pauvreté.
L’Audio du 21 mai 2026
Télécharger le podcast
Euphorie
+2% à Francfort. +1,76% à Paris. Sixième séance consécutive pour le Stoxx 600. La raison ? Un accord de paix avec l’Iran. Un accord qui n’est pas signé. Un accord qui n’existe pas. Un accord dont les principaux intéressés disent eux-mêmes qu’il n’est pas imminent. Et pendant qu’on s’extasie sur cette paix imaginaire, les Américains bombardaient les sites de missiles iraniens dans la nuit. Détail technique. On a recyclé ça en « progrès vers la paix » en moins de douze heures.
Le KOSPI a pris 3,20%, record absolu, +92% depuis le 1er janvier. Je l’écris en chiffres parce qu’écrit en lettres, ça donne envie de pleurer : NONANTE DEUX pourcent. Pour l’instant tout monte, pour des raisons diverses et variées, mais surtout sur du vent. Sur une signature qui n’existe pas. Sur des frappes que les Américains ont décrétées « défensives » pour pouvoir continuer à faire semblant. C’est beau. Ça fait presque pleurer.
Show Time
Mais le clou du spectacle, c’est Trump qui a balancé entre deux 18 trous une proposition d’élargir les Accords d’Abraham. À qui ? Tenez-vous bien. À l’Arabie saoudite, au Qatar, au Pakistan, à la Turquie, à l’Égypte. Et certains analystes spéculent déjà : pourquoi pas l’Iran tant qu’on y est ? L’Iran. Dans les Accords d’Abraham. C’est comme demander à un végan de venir s’occuper du barbecue du week-end : techniquement c’est possible, philosophiquement c’est très compliqué. Surtout que dans le détail du deal, il y a quelques minuscules détails à régler — l’uranium enrichi, le détroit d’Ormuz, les « services de navigation » qui ne sont absolument pas un péage déguisé, le Hezbollah, et accessoirement, l’ayatollah Khamenei qui est mort en début de guerre. On négocie donc avec un régime décapité dont personne ne sait plus trop qui décide quoi. Mais bon, on est à 95% du deal, selon Fox News. Moi, ce qui m’inquiète, c’est les 5% qui restent.
L’obligataire qui ne fait pas de bruit
Et pendant qu’on se passe la pommade dans le dos, il y a un sujet qu’on n’a pas le droit d’aborder : le 30 ans américain qui est très haut. 62% des gérants de fonds anticipent un 30 ans à 6% dans les douze mois. SIX pourcent. Avec Kevin Warsh qui débarque à la Fed avec mission de baisser les taux, une inflation qui remonte à 3,8%, la confiance des consommateurs à son plus bas historique de tous les temps, et un marché obligataire qui price désormais une hausse des taux. Sans oublier la vague d’IPO géantes qui arrive — SpaceX, OpenAI — et l’été des midterms qui historiquement, depuis 1928, n’a jamais été particulièrement joyeux. Mais bon, cette fois c’est différent, parce que cette fois c’est pas pareil.
Psychiatrie
Le marché est devenu mono-maniaque. Il n’y a plus qu’un seul sujet, un seul carburant, un seul horizon : le prochain tweet de Trump qui dira que « ça va super bien ». Et tant pis si la Fed est piégée, si la dette explose, si l’inflation reprend, et si — soyons fous — les frappes américaines de cette nuit étaient peut-être le signe que tout ça est quand même un peu plus fragile que ce qu’on veut bien nous dire.
Le reste de l’analyse — pourquoi le pétrole peut nous rejouer une mauvaise farce, pourquoi Kevin Warsh est tombé dans un piège à ours dès le premier jour, pourquoi la Ferrari électrique à 640’000 dollars est tellement moche qu’on préfère relire « L’Art du deal » de Trump, et pourquoi Zepto vaut un milliard pour livrer du lait en dix minutes — c’est sur Morningbull.ch.
À demain, mêmes écrans, même café. Et probablement, même narratif. Et un accord de paix qui sera « PRESQUE » là.
Thomas Veillet
Investir.ch
