C'est vendredi matin, vous êtes vivants — et c'est déjà pas mal. Hier, Wall Street a battu trois records pendant que vous dormiez. S&P 500 à 7'501, Nasdaq à 26'635, Dow Jones qui repasse les 50'000 points sans même transpirer. On ne compte plus les records depuis le 31 mars, c'en devient indécent. Trump est à Pékin avec Musk, Huang et Cook dans la valise, Xi promet d'aider sur l'Iran, le VIX dort à 17, l'IA va sauver le monde et Cerebras vaut 95 milliards après sa première journée de cotation. Tout va bien.
L’Audio du 15 mai 2026
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Sauf que… pendant ce temps, loin des paillettes et des Reels TikTok des analystes en chemise blanche, le 30 ans américain vient de franchir les 5% pour la première fois depuis 2007 (dix-neuf ans, pour ceux qui comptent), le 10 ans japonais frise les 2,70%, et le marché obligataire a déjà entrepris de menotter Kevin Warsh pour l’empêcher de faire quoi que ce soit avant même qu’il ait posé son fessier dans le fauteuil de patron de la Fed. Le gars n’est même pas arrivé qu’il ne peut déjà plus rien faire.
Et c’est là que ça devient drôle. Parce que pendant qu’on s’extasie sur Cisco qui s’envole de 13% en virant 4’000 personnes (grand classique du capitalisme moderne : on licencie, le titre monte, les actionnaires applaudissent, les ex-salariés sont priés de se taire), on oublie que 50% de la performance mondiale d’avril a été générée par 13 titres sur 4’250. Soit 0,3% des actions qui tirent la moitié du marché global. Si ça c’est pas de l’ultra-concentration, je ne sais pas ce qu’il vous faut.
Et puis il y a Cerebras. L’IPO de l’année. Prix de départ du book-building, entre 115 et 125. Puis on remonte la fourchette à 150/160, mais comme ça continue de SUR-souscrire comme des dingues, on arrive à un prix d’émission de 185$. Hier à 15h30, ça ouvre, les « professionnels de la finance » se disent : « Oh et puis merde, on achète au mieux », résultat le titre ouvre à 350$ en hausse de 89%, il monte à 386$ et là, on stoppe le titre parce que « trop de volatilité ». Petit détail croustillant que personne ne mentionne dans les communiqués enthousiastes : sur les 24,6 milliards de carnet de commandes, 20 milliards viennent d’un seul client — OpenAI. Vous savez, OpenAI, dont la CFO a expliqué la semaine dernière qu’ils étaient « un peu serrés au niveau du cash ».
Sans parler de Trump qui devait ramener 500 Boeing de Pékin (il en a obtenu 200, le titre se prend -4,7%), Trump qui a d’ailleurs acheté pour 1 à 5 millions d’actions Boeing ET Nvidia le 10 février — soit AVANT le voyage où Boeing et Nvidia devaient gagner gros — et dont la Trump Organization jure que tout est géré par des « portefeuilles modèles informatisés » sans aucune input du président.
Le vrai sujet, pourtant, n’est pas là. Le vrai sujet, c’est que le 2 ans US flirte avec 4%, ce qui est désormais AU-DESSUS de la fourchette haute de la Fed. Le marché obligataire monte les taux tout seul, sans demander la permission à qui que ce soit. Bank of America parle de « ligne Maginot » à 5% sur le 30 ans, et de « porte de l’enfer qui s’ouvre » quand elle est franchie. Charmant. La probabilité d’une hausse de taux d’ici décembre est désormais à 40%. La probabilité d’une baisse : moins de 2%. Trump qui hurlait après Powell pour qu’il baisse les taux va découvrir que son poulain Warsh va peut-être devoir les MONTER. Le visage du président va passer par des couleurs qui ne sont même pas dans le mode d’emploi.
Et le 10 ans japonais à 2,70%, dont personne ne parle, est en train de débrancher discrètement le carry trade global. Mais on s’en fout. On a Cerebras.
👉 La suite, la vraie, celle où on dissèque vraiment ce qui se passe à l’intérieur — les détails croustillants du Cerebras-OpenAI-Nvidia-CoreWeave en mode Ponzi élégant, les bond vigilantes qui reviennent comme dans les années 80, le piège de Thucydide que Xi a sorti à table à Trump, et pourquoi le 10 ans japonais devrait vous empêcher de dormir — c’est sur Morningbull.ch.
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Thomas Veillet
Investir.ch
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Marsha Petrie Sue