On a encore touché les étoiles. Les indices battent des records. Encore. Et encore. S&P, Nasdaq et bien sûr : le SOX. Mais lui c’est un autre « level », il a encore explosé de +4,5% pour finir à +55% en cinq semaines – une performance jamais vue en un siècle et demi, même pendant la bulle dot-com ça montait pas comme ça. Intel s'envole de 13% de plus sur des rumeurs d'un partenariat avec Apple, AMD publie un trimestre canonissime. Le pétrole rebaisse juste avant que Trump ne mette son Project Freedom sur pause pour trouver un deal avec l'Iran. L'IA porte tout, ignore tout – sauf peut-être le 30 ans qui flirte avec les 5% et qui nous rappelle que l'inflation n'est pas partie en vacances.

L’Audio du 6 mai 2026

Télécharger le podcast

C’est de la bonne !

Nous sommes le 6 mai. Et c’est pas l’époque du Tour de France. Pourtant, par moment, je pense qu’il faudrait que l’agence anti-dopage passe faire un tour à Wall Street, histoire de voir à quoi on carbure. Là, on ne parle plus de tendance haussière, on ne parle plus d’arbres qui montent au ciel. Non, on parle de stratosphère, de lévitation collective, de transcendance boursière et peut-être même de mission sur Mars. Le S&P500 aligne un troisième record de clôture en quatre séances à 7’259, le Nasdaq aligne son quatrième record absolu intraday d’affilée à 25’326, et même le Russell 2000 – le truc des small caps qui monte quand plus personne ne sait quoi acheter, monte de 1,73% en se prenant presque pour un membre des Mag 7. Mais le héros du jour, le vrai, l’absolu, le nouveau membre des AVENGERS, c’est le SOX, l’indice des semi-conducteurs – LE PHILADELPHIA SEMICONDUCTOR INDEX – ce truc est en train de devenir une star, une lumière au fond du tunnel, peut-être même une religion : +5% en séance, +4,5% en clôture, +55% en cinq semaines, 17 records absolus en 25 séances. Plus de 2% de gain en moyenne par séance pendant un mois. Aucun indice américain n’a jamais réalisé ça depuis 150 ans. Peu importe la révolution industrielle dans laquelle nous étions. Même le rallye AVANT l’implosion de la bulle dot-com fait figure de parent pauvre anorexique. À ce stade, ce n’est plus du trading, c’est plus de l’investissement, c’est une partie de Monopoly où la banque a perdu les pédales.

Et puis, comme s’il fallait un dessert à ce menu stratosphérique, Bloomberg a balancé la rumeur qui tue. Dans la matinée, l’agence de presse a déclaré qu’on s’autorisait à penser dans les milieux autorisés qu’Apple serait en discussion préliminaire avec Intel et Samsung pour ÉVENTUELLEMENT fabriquer ses puces aux États-Unis. KABOOOM !!! Intel s’envole de 12,9% à 110$. Pour rappel, le titre traitait à 41$ fin mars et à 18$ il y a un an. Il a été multiplié par 2,7 en cinq semaines. Intel vient de battre son propre record absolu de capitalisation, celui qu’il avait établi le 31 août 2000. Au sommet de la bulle internet. On a mis 26 anspour revenir ici. Et on l’a fait en 12 mois. Accessoirement, l’Administration Trump, qui avait pris une participation au capital en août 2025, affiche désormais une plus-value de +420% et plus de 40 milliards de dollars de gains non réalisés. À ce rythme, Donald va racheter le Groenland avec les bénéfices. Ou alors, il fait encore 1’000 fois un trade comme ça et il solde la dette US en payant cash. Et il lui restera même un peu de pognon pour payer le budget de l’armée pendant un an.

Et ça continue en Asie…

Côté Asie, c’est le même délire en version K-pop. Samsung Electronics franchit la barre des 1’000 milliards de dollars de capitalisation et devient la deuxième entreprise asiatique à le faire après TSMC, et grimpe de plus de 10% sur la séance. Le bénéfice opérationnel du Q1 a été multiplié par huit. SK Hynix prend +9%, le Kospi explose les 7’000 points pour la première fois de son histoire. La mémoire HBM, c’est devenu le nouveau pétrole, sauf qu’au lieu de couler dans des pipelines, ça coule directement dans les datacenters de Nvidia. Et puis pour couronner le tout ou pour justifier l’explosion de tout ça, il y un rapport sur les semiconducteurs qui a été publié. Un rapport qui devrait tous nous faire trembler de peur mais qui a fait grimper Micron de +11%, Western Digital de +5% et Sandisk de +12%. Le titre de ce rapport c’est : « Cette fois c’est différent » et on parle des semiconducteurs. « Cette fois c’est différent », quatre mots qui devraient déclencher un signal d’alerte chez tout investisseur ayant connu 2000, 2007 ou 2021.

Dans ce document on apprend, les revenus des DRAM pourraient tripler à 418 milliards cette année, le NAND pourrait doubler à 174 milliards. Micron pèse désormais 690 milliards. Si vous m’aviez dit ça il y a 18 mois, je vous aurais suggéré d’aller consulter. Et vite. Et pendant qu’on nous dit que cette fois c’est différent, Michael Burry – le type de The Big Short – annonce sur Substack qu’il vient d’acheter des puts sur le SOX qui expirent en janvier 2027. Le mec qui avait shorté les subprimes en 2007 shorte les semis. Mais ne vous inquiétez pas, cette fois c’est différent et OUI, JE SAIS, Burry n’a pas eu vraiment souvent raison ces dernières années. C’est justement parce que c’est différent. Je crois que Sir Templeton, qui avait dit que les mots les plus dangereux dans la financeétaient justement « Cette fois c’est différent »…doit se retourner dans sa tombe tellement vite que l’énergie produite pourrait potentiellement remplacer l’énergie fossile d’ici la fin de l’année.

La tension est là

Donc hier matin, on était au bord de la guerre ENCORE UNE FOIS, le pétrole exprimait la tension au Moyen Orient, mais on a quand même pris l’option de tout arracher à la hausse pour aller pulvériser des records en partant du principe que DE TOUTES FAÇONS, LA GUERRE VA BIEN SE TERMINER UN JOUR. ET LE DÉTROIT D’ORMUZ VA BIEN ROUVRIR, UN JOUR. Alors oui, d’accord on ne sait pas et où sera l’inflation et les taux d’ici-là, mais que l’on soit BIEN CLAIR : IL NE FAUT PAS PISSER CONTRE LE VENT SINON ON VA AVOIR LES CHAUSSURES MOUILLÉES, il sera largement temps de paniquer quand il sera temps de paniquer. Oui, je suis un peu nerveux. Quand ça monte verticalement, peu importe ce qui monte verticalement, je suis un peu nerveux. Et je ne suis pas le seul à être un peu nerveux. Y a un gars chez MarketWatch qui a sorti la statistique qui fout la trouille ; si on calcule la performance du SOX sur 25 jours, on n’a jamais vu ça. La dernière fois qu’on s’est approché d’une hausse pareille en termes de pourcentage, nous étions le 9 mars 2000. Le 10 mars 2000, le Nasdaq atteignait son sommet de la bulle et les trois années qui ont suivi, il a perdu 80%. Il lui a fallu 15 ans pour récupérer. Les trois meilleurs performers du SOX sur ces 25 dernières séances – Intel, Credo Technology et Astera Labs – ont chacunes pris plus de 100%. En cinq semaines.

ALORS OUI ; je sais, cette fois c’est différent. Et je suis bien conscient que la probabilité que le mouvement de la bulle internet se reproduise au jour près et dans le même timing est proche de zéro. Il y a plus de chance que l’équipe d’Italie devienne championne du monde de foot cette année, que cet évènement se reproduise. Mais vous avouerez quand même que ces hausses paraboliques poussent quand même à la réflexion ET à la prudence. Et puis alors, comme si ça ne suffisait pas, hier soir après la clôture, il y a eu les chiffres d’AMD. Et là aussi, tout le monde était prudent parce que le titre était beaucoup monté AVANT. EH BEN, ça a pas suffi. Chiffre d’affaires de 10,25 milliards (consensus 9,90), EPS de 1,37$ (1,29 attendu), centres de données à +57% à 5,78 milliards, guidance Q2 à 11,2 milliards (consensus 10,54). Bref, ils ont fait mieux PARTOUT ET SANS EXCEPTION et Lisa Su – la CEO – a sorti la phrase parfaite – « l’inférence et l’IA agentique stimulent une demande croissante » – et le titre, qui avait clôturé à 355$ en hausse de 4%, s’envole de +16% en after close et se traite à 412$. Multiplié par deux en cinq semaines. PE supérieur à 70. Mais c’est OK, parce que c’est l’IA et puis c’est tout. Wedbush vient de relever son objectif de cours de 290 à 400 dollars, et le titre l’a déjà dépassé… Bienvenue dans le monde où les analystes sont en train de courir derrière les cours parce que leurs spreadsheets excel n’ont pas encore assez d’intelligence artificielle dedans pour anticiper les performances futures.

Et pendant ce temps-là, à Washington

Et pendant que tout ce petit monde célèbre l’apocalypse haussière du plus gros BULL MARKET de ces 1’000 dernières années, on oublierait presque qu’il y a une guerre. Et c’est bien normal, parce qu’on sait qu’elle va se terminer. Un jour. Du coup, en fin de séance, le futur Prix Nobel de la paix, Donald Trump, a décidé de mettre son projet Freedom sur pause. Pour, je cite : faire « de grands progrès » vers un « accord complet et final » avec l’Iran. Project Freedom, c’est l’opération lancée dimanche pour escorter des navires marchands à travers le détroit d’Ormuz, après deux mois et demi de blocage. Lundi, les Iraniens ont tiré sur des bateaux, lancé des drones sur les Émirats arabes unis, et la marine américaine a coulé plusieurs vedettes rapides iraniennes. Pas exactement le climat propice à une croisière Costa dans la région. Trump met donc en pause les escortes, mais maintient le blocus naval contre les ports iraniens. C’est ce qu’on appelle un « instant stratégique ambigu », un instant où le plus mauvais des élèves de West Point commencerait à se demander où est la logique du Président. Mais comme on ne comprend plus rien à la stratégie du Président en question, dans le doute on se dit que c’est une bonne nouvelle. Le pétrole replonge donc en direction des 100$ et là ce matin, le WTI est à 100.56$.

Avant le tweet présidentiel, Marco Rubio avait déjà déclaré que la phase offensive du conflit était « terminée », le secrétaire à la Défense Pete Hegseth avait minimisé les attaques iraniennes qui n’étaient – je cite encore : « pas suffisantes pour justifier une reprise des hostilités », et le général Dan Caine a précisé qu’il y avait eu neuf tirs iraniens sur des navires commerciaux, deux porte-conteneurs saisis et plus de dix attaques contre les forces américaines depuis le cessez-le-feu, mais que tout ça restait « en-dessous du seuil ». Sous le seuil de quoi, on ne sait pas trop, mais sous le seuil de tolérance, on suppose. Pendant ce temps, 1’550 navires commerciaux et 22’000 marins sont toujours coincés dans le Golfe Persique, Lufthansa a annulé 4’000 vols rien qu’en mai (et 20’000 entre mai et octobre), 2 millions de sièges et 12’000 vols ont été supprimés à l’échelle mondiale en 15 jours, le kérosène a doublé depuis février, Singapour et Tokyo demandent aux compagnies de ne pas ajouter de capacité, le Vietnam rationne le carburant. Pendant que Wall Street fait la fête, l’aviation civile mondiale est littéralement en train de se désintégrer. Mais bon, AMD a battu le consensus et prend 16% after close, parce que cette fois, c’est différent.

Et l’Europe ?

Même l’Europe s’est offert un petit rebond technique de bonne facture après la déculottée de lundi. Le CAC 40 reprend 1% le DAX 1,67% et Milan bondissait de 2,27%. Du classique lendemain-d’hier avec quelques achats à bon compte avant la fin de la guerre, parce que là c’est sûr, la guerre est presque finie. Si, c’est Trump qui l’a dit. Dans trois semaines les cinglés du régime islamique de Téhéran seront toujours au pouvoir et continueront allégrement à massacrer leur propre peuple, ils continueront même à faire de l’enrichissement d’uranium, parce que c’est ce qu’ils veulent envers et contre tout et nous on dansera dans les salles de trading parce que la guerre est finie. D’ailleurs ça fait un moment qu’on danse, parce qu’on est les rois de l’anticipation. On notera quand même que Londres qui était fermé lundi pour cause de week-end de trois jours, a réagi avec 24h de retard à la déprime de la veille et perdait 1,40%. Et histoire de rendre les choses un peu plus folkloriques, les taux à 30 ans britanniques ont touché 5,77%, leur plus haut depuis 1998. Et puis, sur les actions individuelles, AB Inbev a fait un carton avec des chiffres au-dessus des attentes. UniCredit prend +5,87% sur un bénéfice trimestriel record à 3,2 milliards d’euros. À l’inverse, Fresenius Medical Care plonge de -10,68% sur des résultats jugés décevants, et Ferrari perdait 3,95% malgré un Q1 solide – faut croire que les attentes étaient stratosphériques, comme tout le reste.

Côté américain, PayPal s’est pris une baffe sur des prévisions plus que tièdes – l’action a perdu plus de 20% depuis le début de l’année. Shopify s’est fait massacrer de 15% sur une guidance pourrie et Pinterest a fait l’inverse. Et toujours dans le thème mythique de l’IA, Super Micro, après la clôture, gagnait presque 20% sur des marges qui se redressent de façon spectaculaire. Et ce, même si le chiffre d’affaires a manqué le consensus de 2,2 milliards. Oui, Vous avez bien lu, vu et entendu : le management a foiré son CA de 2,2 yards, et le titre explose de près de 20%. Ben oui, d’abord c’est de l’IA et en plus, cette fois c’est différent ! On vous l’avait pas dit ? Petit détail pour la bonne bouche, Alphabet a battu un nouveau record absolu sur la rumeur que Anthropic se serait engagé à dépenser 200 milliards de dollars chez Google Cloud. Deux cents milliards. Et c’est pour une une boîte qui n’existait pas il y a quatre ans. À ce rythme, d’ici la fin de la semaine, on va finir par voir Microsoft signer un deal de 500 milliards avec une IA qu’OpenAI n’a pas encore inventée mais qu’elle inventera après la guerre qui est bientôt finie. Google est en train de rattraper Nvidia et pourrait bien devenir rapidement la plus grosse capitalisation boursière du monde.

Et la macro

Côté macro américain, on a le pied droit sur l’accélérateur et le pied gauche sur le frein. Les ventes de logements neufs en mars ont surpris à la hausse, les permis de construire sont en hausse de 11%, le déficit commercial à -60,3 milliards (un peu mieux qu’attendu). Mais l’ISM non-manufacturier a reculé à 53,6 (vs 53,7) et le PMI services à 51 (vs 51,3). Les offres d’emploi JOLTS sont sorties à 6,866 millions, légèrement au-dessus du consensus, et les marchés obligataires ont accueilli tout ça plutôt bien : le 10 ans US se détend de 2,3 points à 4,426%, le 30 ans de 3 points à 4,995%. Vendredi, c’est NFP. Vendredi, on saura si l’économie réelle commence vraiment à craquer ou pas – pour autant que le BLS dise la vérité, ce qui est de loin pas gagné – parce que les Mag 7 ne suffiront pas éternellement à porter une économie qui prend des coups dans le pétrole, le kérosène, les loyers et l’alimentation. Et puis alors, il y a un dernier truc qui m’amuse ce matin ; pendant que le SOX entre en orbite avec Saturne et que tout le monde veut acheter des semiconducteurs, le sentiment sur l’or est à un plus bas extrême. L’or a même reculé pendant deux mois alors que la guerre fait rage en Iran – ce qui, sur le papier, ne devrait pas pouvoir arriver. C’est exactement ça, le contrarian indicator dans le manuel : tout le monde déteste l’or, donc statistiquement, l’or devrait remonter. Pendant que Wall Street se shoote aux semis, peut-être que la véritable opportunité est dans le coffre-fort que personne ne regarde plus depuis 6 semaines.

En conclusion, Le S&P500 affiche un dividend yield global à 1,08%, son plus bas historique. Le SOX vient de réaliser sa meilleure performance roulante sur 25 séances depuis le 9 mars 2000. Michael Burry rachète des puts. Un rapport titré « This time is different » circule un peu partout pour se rassurer. Trump met en pause son opération militaire après 36 heures pour finaliser un deal qui n’existe peut-être que dans sa tête. Et nous, on regarde Intel multiplié par 2,7 en cinq semaines en attendant qu’AMD multiplie son cours par deux d’ici juillet, pendant que 22’000 marins moisissent dans le Golfe Persique et que les compagnies aériennes sont en train d’envisager de recycler leurs avions en chars à voile.

Vous savez quoi ? En temps normal, j’aurais eu discours assez agressif en disant que ce marché est débile et qu’on est en train de marcher sur la tête. Mais là, maintenant que je sais que « CETTE FOIS C’EST DIFFÉRENT », je me sens comme apaisé et beaucoup plus serein dans mon regard vis-à-vis des marchés.

Peace. Et que votre journée soit belle.

À demain.

Thomas Veillet
Investir.ch

« Talent wins games, but teamwork and intelligence win championships. » – Michael Jordan