Je crois que la première fois que j’ai mis les pieds dans une salle des marchés, ça devait être autour de 1992. Depuis ce jour, je me suis toujours passionné pour ce monde parfois – souvent – un peu débile, mais tellement excitant à la fois. Le but ultime et peut-être parfois dissimulé au grand-public, c’était de « craquer le code » et de trouver la formule magique pour gagner à tous les coups. On va pas se le cacher, si demain on trouvait la solution pour expliquer à Claude comment passer des ordres de bourse qui sont gagnants à tous les coups, on ne se lèverait même plus le matin. Mais hier soir, je crois que j’ai ENFIN compris comment fonctionnait le marché. Enfin.

L’Audio du 7 mai 2026

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Identification de la pathologie

En fait, dans la finance, on parle BULLS et de BEARS, de gens qui sont haussiers envers et contre tout et de gens qui sont baissiers. Envers et contre tout aussi. Et parfois plus agressifs à la baisse que ceux qui prêchent la technique du BUY THE DIP – bordel – mais là, depuis quelques temps, il y a un truc qui a changé. Je ne sais pas si c’est la guerre, je ne sais pas si le fait que les marchés ne peuvent plus fonctionner sans leur « shoot » de géopolitique made in Trump, je ne sais pas si c’est parce que l’intelligence artificielle va changer le monde comme internet l’a fait au début des années 2000 et que cette fois c’est différent – comme je vous l’expliquais hier – ou alors si c’est UN PEU DE TOUT ÇA mélangé ensemble. Mais une chose est certaine, c’est que quelque chose a changé.

Tout d’abord, je crois qu’hier, que cette nuit, j’ai vu la lumière. En lisant les médias financiers, en revoyant des vidéos sur Bloomberg TV ou sur CNBC à propos du « comportement des marchés » – du « market behavior », comme on dit en anglais – soudainement les choses se sont éclairées. Et je vais vous l’expliquer simplement. Là tout de suite. Là tout de suite, je vais régler son compte une fois pour toute au mystère des marchés et comment ils fonctionnent en ce moment.

L’évidence révélée

Aujourd’hui, le marché, les bourses mondiales, peuvent aller dans deux sens : la hausse et la baisse. Quoi que la baisse, actuellement, est moyennement populaire et a même tendance à disparaître des écrans radar et des méthodes classiques d’investissement ; aujourd’hui ON NE VEND PLUS, c’est has been. C’est tellement plus cool d’être BULL et de s’auto-convaincre que oui, finalement que les arbres peuvent bien monter au ciel et que oui, tout ce qui fabrique des semiconducteurs peut largement faire 100% de performance par mois parce que cette fois c’est différent et que l’IA va tout changer.

Après, il y a une subtilité… Quand le pétrole baisse, la bourse monte. C’est devenu le « nouveau principe d’Archimède » appliqué aux marchés financiers. L’opposé était valable il y a encore trois semaines, mais depuis 10 jours ; c’est fini. Quand le pétrole monte, la bourse monte aussi. Oui, parce que c’est ça la magie de 2026 sous le règne de Donald Trump ; quand le pétrole baisse, c’est positif pour les marchés, pour l’inflation et les taux vont baisser. Mais quand le pétrole monte, ça veut dire que l’économie est forte – et que les gens consomment comme des fous. Alors oui, ça va coincer au niveau de l’inflation et des taux à un certain moment. Mais c’est pas grave, parce que c’est là que quelque chose a changé dans ce nouveau monde merveilleux de la finance, c’est que dorénavant, tout ce qui est censé ou supposé être négatif pour l’économie, la consommation, l’emploi ou même la croissance, est SYSTÉMATIQUEMENT REPOUSSÉ À…PLUS TARD, parce que – et c’est là que tout s’est transformé – on a découvert un nouveau moyen de faire de l’investissement en se basant sur une méthode toute simple, la méthode du « OUI, C’EST LA MERDE, MAIS IL FAUT ACHETER PARCE QUE ÇA IRA MIEUX DEMAIN !!! ». C’est là que tout est différent. Avant on voyait le mal partout et on avait peur de l’avenir. Mais aujourd’hui, c’est fini. Comprendre qu’il faut acheter quand il y a des bonnes nouvelles, c’est assez instinctif, mais acheter quand les nouvelles sont mauvaises ou tout simplement qu’il n’y a pas de bonne nouvelle est un nouveau comportement que l’on connaissait très mal et qui semble prendre le dessus de nos jours.

N’importe quoi…

Vous l’aurez compris, ça fait 1 page et demi ou 5 minutes que je raconte n’importe quoi, mais je dois dire que je suis frappé par la capacité des marchés – en ce moment à magnifier tout ce qui va bien ou tout ce qui POURRAIT ÉVENTUELLEMENT PEUT-ÊTRE aller bien un jour et d’ignorer totalement tout ce qui VA MAL ou même tout ce qui POURRAIT ALLER MAL. En mai 2026, le camp des BEARISHS a été totalement laminé, on est juste bullish et puis c’est tout. Donald Trump menace l’Iran, on achète parce que ça ira mieux demain. Le détroit d’Ormuz est fermé et les compagnies aériennes font face à des problèmes d’approvisionnement et de shortage en kérozène, c’est pas grave, on achète parce que ça ira mieux demain. On nous dit que même si Ormuz réouvre demain, il faudra 6 à 9 mois pour retrouver un état normal, c’est pas grave on achète parce que ça ira mieux demain. Le pétrole est à 100$ et c’est un signal de récession et ça va faire super mal à l’inflation ? C’est pas grave on achète parce que ça ira mieux demain d’autant plus qu’en plus ça aurait pu être pire, parce que le baril était à 105 il y a trois jours, donc ça va mieux !!!

Et puis alors il y a la situation que nous vivons depuis le début de la semaine où Trump posts toutes les deux minutes des annonces comme quoi la guerre est finie et que les discussions se passent bien et que si ça se trouve dans 15 minutes il va revenir avec un accord de paix qui donnera le Groenland aux Iraniens et qu’ensuite, si le détroit réouvre comme prévu, il leur donnera Hawaï, l’Alaska et quelques tonnes d’Uranium au passage et ça, ça motivera les marchés à aller à 10’000 sur le S&P à la fin de l’année. Ensuite, Warsh va baisser les taux à 0% en une fois, la croissance va reprendre à la vitesse de la lumière et l’inflation… bah on s’en fout de l’inflation… surtout quand l’emploi va reprendre à toute vitesse et que le BLS n’aura plus besoin de mentir sur les chiffres. Bref, tout va bien se passer et d’ailleurs, tout se passe bien sur les marchés parce qu’à l’époque on disait que quand ça baissait, c’était parce qu’il y avait plus de vendeurs que d’acheteurs, mais là y a plus de problème, IL N’Y A PLUS DE VENDEURS, PLUS DE MAUVAISES NOUVELLES, PLUS DE CHIFFRES ÉCONOMIQUES NÉGATIFS (OU MÊME PRUDENTS), PUISQUE NOUS AVONS TOUS INTÉGRÉ QUE…ça ira mieux demain. Alors rappelez-vous, il y a dorénavant deux axes principaux sur les marchés :

1) La HAUSSE parce que tout va bien et que l’IA c’est des montagnes de croissance
2) ET LA HAUSSE, parce que tout va mal et que ça peut pas être pire et que ça ira mieux demain !

Elle est pas belle la vie ? En quelques minutes, je viens de vous expliquer comment faire pour gagner de l’argent tout le temps. Il suffit juste d’acheter. Et je ne serais même pas étonné que Trump annonce des peines de prison pour ceux qui osent vendre une action de leur portefeuille parce que c’est anti-américain. Bref, vous l’aurez compris ; la bourse est ENFIN devenue facile et à la fin, c’est TOUJOURS LES BULLS QUI GAGNENT…

Le marché est en mode on recommence encore et encore

Vous l’aurez compris, le scénario d’hier matin était écrit avec la subtilité d’un épisode de Plus belle la vie version Pentagone. Le poisson rouge sous Xanax a non seulement oublié les missiles balistiques iraniens de mardi, il a en plus décidé de racheter des semiconducteurs à la pelle comme si ça guérissait le cancer. Le Nasdaq cartonne, le S&P500 termine au plus haut de tous les temps, encore et même le Dow Jones sort officiellement de sa zone de correction et flirte avec les 50’000 points pour la première fois depuis février. Neuf secteurs sur onze sont dans le vert. Seuls l’énergie et les utilities se font déglinguer, forcément quand le baril perd 7%, les pétrolières remettent le champagne au frais pour plus tard. Et derrière tout ça, le VIX tombe à son plus bas depuis trois mois — plus bas qu’avant le début du conflit iranien. Plus personne ne se couvre, plus personne n’a peur, plus personne n’achète d’options. Parce que ça ira mieux demain, c’est bien connu.

Mais la star de la séance, c’était AMD +18,6% en une journée. Pourquoi ? Parce que les chiffres étaient canon, parce que tout le monde upgrade le titre et les objectifs. BofA prédit qu’AMD captera la moitié d’un marché serveurs à 120 milliards d’ici 2030. Dans le sillage : Arm +13%, Intel +4%, Nvidia +5,8% (qui en profite pour mettre 500 millions sur Corning qui prend 12%, parce qu’apparemment Jensen veut aussi posséder l’optique (sûrement le prochain secteur à entrer en transe. C’est du grand délire collectif. Le SOX est en hausse de 62% depuis le 30 mars. Le 30 mars de cette année, pas de 2022. Et hier il a encore pris 4.5%. L’ETF du secteur est 40% au-dessus de sa moyenne mobile à 200 jours, RSI à 70 depuis 17 séances consécutives, et 230% de hausse depuis avril 2025. Mais Dan Ives chez Wedbush nous explique que les 3’000 milliards de capex IA prévus sur trois ans vont tout justifier. Cette fois c’est différent. Promis. Juré. Croix de bois croix de fer. D’ailleurs, ce matin le Nikkei se réveille d’un week-end prolongé de 5 jours et vient en rajouter une couche avec une hausse de 5% pour aller chercher de nouveaux records historiques. Tout va tellement très bien que ça en est indécent.

Le pétrole : le sketch continue

Avec les commentaires de Trump qui nous annonce pour la 212ème fois que les discussions avec les dégénérés qui dirigent l’Iran se passent bien, mais que cette fois elles se passent vraiment très très bien et qu’il y aura sûrement un accord de paix, demain, dans une heure, dans une semaine, mais un jour, forcément le WTI s’est pris une tôle -7% à 95 dollars, le Brent a même brièvement plongé sous les 100. Il faut dire qu’en plus de Trump, Axios a sorti l’info que Washington est sur le point de signer un mémorandum d’une page avec l’Iran. UNE page. Pour mettre fin à dix semaines de guerre, à un blocus, à la fermeture d’Ormuz, et à la flambée de l’inflation énergétique mondiale. On a réduit le conflit à sa plus simple expression. Les livres d’histoire apprécieront. L’accord de paix définitif devrait d’ailleurs tenir dans un « post » de moins de 280 caractères. Tout ça pour gérer la réouverture progressive d’Ormuz, la levée du blocus, un moratoire sur l’enrichissement, négociations nucléaires plus tard. L’Iran doit répondre dans 48 heures via le Pakistan, mais pour l’instant, ils ont tout ce qu’ils voulaient. Trump est ridicule – toujours un peu plus – mais il menace de rebombarder en cas d’échec. Mais c’est pas grave, parce que ça ira mieux après. Netanyahu, lui, il fait la gueule et envoie ses sbires bombarder Beyrouth dans la foulée — première frappe sur la capitale libanaise depuis le cessez-le-feu de l’autre cessez-le-feu. Pas sûr qu’il apprécie qu’on renvoie les négociations du nucléaire aux calendes grecques. Mais bon, visiblement on ne lui demande pas son avis.

Mais le vrai scandale – ENCORE UNE FOIS – c’est qu’entre 4h00 et 4h50 du matin, soit dans l’heure AVANT l’annonce, 17’300 contrats pétrole sur le WTI ont changé de main pour 1,7 MILLIARD de dollars. À 4 heures du matin. À une heure où le volume habituel ressemble plus à celui d’une boulangerie un dimanche soir au fond du Valais. On parle de « volumes suspects ». Et d’autres osent carrément l’insulte suprême en parlant d’insider trading. MAIS NOOOOONNNN… PAS DU TOUT, c’est juste du pur hasard !!! Pour rappel, ce n’est pas la première fois : 950 millions sur la baisse du brut le 7 avril, 760 millions vingt minutes avant l’annonce iranienne sur Ormuz une semaine plus tard. À chaque fois quelqu’un sait avant tout le monde, à chaque fois le pari gagne, à chaque fois on nous dit que c’est probablement une coïncidence. Je vous encourage à vous refaire ma vidéo sur le sujet – en ligne depuis le 1er mai : Ils ont parié 2 MILLIARDS contre le pétrole 15 MINUTES avant Trump… le lien est ici

Ou alors la version écrite sur Investir.ch

Qui savait AVANT Trump ? Les paris à 2 milliards qui sentent l’insider trading

Mais quoi qu’on en dise, on nous prend pour des cons.. Et pas qu’un peu.

Le club des billionaires et le cercle vertueux.

Et tant qu’on y est, retenez bien : Anthropic prévoit 200 milliards de dépenses cloud chez Google, on en parlait hier. Selon les estimations, environ la moitié du carnet de commandes cloud de 2’000 milliards chez Google, Microsoft, Oracle et Amazon viendrait de DEUX entreprises : Anthropic et OpenAI. SpaceX vient de signer avec Anthropic. Donc Elon vend à Anthropic qui dépense chez Google qui revend à Microsoft qui… bref, on est dans un cercle vertueux ou vicieux, je ne sais pas, mais je commence à avoir le tournis.

Vous vous rappelez « too big to fail » ? Maintenant c’est « too circular to ask a question ». Mais on se souviendra QUAND MÊME que la CFO d’Open Ai disait dans le Wall Street Journal d’il y a une semaine, qu’ils avaient quand même de la peine à trouver le cash qu’ils ont besoin. Imaginez un instant si sur les 2’000 milliards de dépenses prévues, on devait réduire ne serait-ce que de 30%. Non, mais je dis n’importe quoi, ça ne peut pas arriver, parce que ça ira mieux demain, de toutes façons..

Conclusion grinçante

Donc on a un marché qui efface dix semaines de guerre en 24 heures grâce à une feuille A4. AMD qui prend 19%. Disney +7,5% grâce à un dessin animé, Apple à un nouveau plus haut historique en attendant que Siri sache enfin allumer une lampe, Warner Bros qui pleure 2,9 milliards, IonQ qui se prend -5% pour avoir « seulement » fait +55% sur le trimestre, les chiffres ADP à 109’000 emplois (plus forte croissance depuis 14 mois et plus fort que les attentes alors que META vire des employés comme si c’était du bétail). On nous dit maintenant que les risques sont passés sur l’inflation, mais tout le monde s’en tape parce qu’on sait que ça ira mieux demain et si c’est pas demain, c’est plus tard. Le 10 ans à 4,35%, le yen à 155 (le carry trade japonais qui couine en silence), le 10 ans japonais est toujours autour des 2,5%, et 1,7 milliard de pétrole qui changent de main une heure avant un communiqué — pour la troisième fois en un mois.

Mais comme je vous l’ai expliqué en intro : tout ça n’a plus aucune importance. Plus aucune. Parce qu’on a craqué le code. Le marché ne veut plus baisser. Pétrole haut ? On achète, ça ira mieux demain. Pétrole bas ? On achète, ça ira mieux demain. Iran qui tire des missiles ? On achète, ça ira mieux demain. Manipulation à 1,7 milliard ? On achète, ça ira mieux demain. SOX en mode mars 2000 ? Le poisson rouge a retrouvé la forme et il achète tout ce qui bouge. Il n’y a juste plus personne pour sonner l’alarme.

Nous on se voit demain, parce que demain, c’est toujours mieux qu’hier. Ce le Monsieur d la méthode Coué qui m’a dit ça.

Belle journée à tous !

Thomas Veillet
Investir.ch