Hier les marchés ont baissé. Oui. Vous avez bien lu. Dans le monde hallucinant de 2026, où les indices battent des records historiques pendant qu'un pétrolier se fait couler dans le Golfe Persique, une baisse est devenue un événement suffisamment rare pour mériter qu'on le souligne. S&P -0,74%. Dow Jones -620 points. Nasdaq -0,9%. Après plusieurs séances de hausse consécutives, le marché s’est arrêté net. Par quoi exactement ? Strictement rien de nouveau. L'Iran tirait toujours des missiles sur des bases américaines. Le Brent était toujours au-dessus de 97 dollars. Le Beige Book de la Fed confirmait toujours que l'inflation repart dans tous les sens.

L’Audio du 4 juin 2026

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À l’Ouest, rien de nouveau

Tout ça, on le savait déjà mardi, jour où on avait quand même terminé au plus haut de tous les temps. Donc la vraie réponse à la question « pourquoi ça a baissé ? » c’est probablement : la fatigue. Ou Broadcom. On va y revenir.

Kevin Warsh hérite d’un cadeau empoisonné

Le nouveau patron de la Fed — nommé par Trump précisément pour baisser les taux, rappelons-le, a donc découvert son premier Beige Book pour fêter sa prise de fonction. Et c’est savoureux. Inflation à 3,8% en avril. Les ménages du Kansas qui « optimisent chaque dollar avant de se résoudre à le dépenser » — citation réelle, extraite mot pour mot du Beige Book, ce chef-d’œuvre de la littérature institutionnelle. Les producteurs de pommes de New York qui ne peuvent plus se payer des engrais. Et en même temps, l’IA qui tire la croissance par le haut dans neuf districts sur douze. Heureusement qu’il y a l’IA. Sinon on serait dans une situation vraiment inconfortable.

Les marchés donnent maintenant 75% de probabilité à une hausse des taux d’ici la fin de l’année. Trump a nommé Warsh pour baisser les taux. Warsh va probablement les monter. J’espère sincèrement qu’on aura les images en direct le jour de l’annonce. Mais ce n’est que la moitié du problème de Warsh. Parce que le même Beige Book révèle aussi un truc sur l’IA et le marché du travail qui change complètement la donne — je vous explique tout ça dans la version longue sur Morningbull.ch, parce que sinon c’est plus une chronique express.

Broadcom, pas contents les actionnaires

Hier soir après la clôture, Broadcom a publié ses résultats. Revenus en hausse de 48%. Bénéfices au-dessus des attentes. Croissance IA de 143%. Guidance pour le prochain trimestre à 29,4 milliards, au-dessus du consensus. Dans n’importe quelle autre époque de l’histoire boursière, on aurait applaudi debout. Mais le titre perdait 13% en after-hours. Parce que la guidance IA manquait les attentes de 360 millions de dollars. Sur 16 milliards. Soit 2,2% d’écart. C’est tout. Pour fêter ça, SoftBank se prend -10% dans les dents à Tokyo ce matin et le secteur en entier va trinquer aujourd’hui.

La leçon du jour qu’il faut en tirer c’est que dans ce marché, il ne suffit plus d’être excellent. Il faut être surnaturel. Et le jour où vous livrez juste de l’exceptionnel, on vous punit à grands coups d’ordres de vente.

SpaceX : la plus grande IPO de l’histoire

Pour oublier Broadcom, ce matin les marchés ne parlent plus que d’une chose : l’IPO de SpaceX. 135 dollars par action. Valorisation : 1’765 milliards. Levée espérée : 85 milliards. La plus grande IPO de l’histoire, Saudi Aramco et ses 25 milliards peuvent aller se rhabiller. Quelques chiffres rapides pour cadrer l’enthousiasme : SpaceX a fait 18,7 milliards de revenus en 2025 pour une perte opérationnelle de 2,6 milliards. Les dépenses d’investissement ont dépassé les 20 milliards — soit plus que le chiffre d’affaires. La valorisation cible c’est 94 fois les revenus. Et le prospectus prévient lui-même que le capex va augmenter « substantiellement. »

Alors vous me direz ; « Oui mais Thomas, SpaceX c’est différent. » On a dit pareil pour WeWork. Et pour les 1’473 startups de 1999 qui allaient révolutionner la livraison de croquettes pour chiens via le haut débit. Ce qui est réellement différent cette fois — et c’est là que ça devient vraiment intéressant — c’est le montage financier autour de l’IA, le rôle d’Anthropic dans tout ça, et surtout ce que ça implique pour les trois méga-IPO qui arrivent en même temps sur un marché qui commence à montrer des signes de fatigue. L’analyse complète est sur Morningbull.ch. Parce que là on parle de 5 000 à 6 000 milliards à lever en quelques semaines, et les conséquences pour la liquidité des marchés méritent qu’on s’y attarde sérieusement.

Le reste, en bref

Trump a obtenu de l’Iran qu’il renonce à une bombe qu’il n’avait pas. C’est une percée diplomatique historique et nous sommes au jour 96 d’un conflit qui devait durer six semaines. Le détroit d’Ormuz est toujours fermé. Le Brent est à 97 dollars. Les NFP sortent vendredi et à voir ce qui a déjà été publié sur le thème de l’emploi, il faut s’attendre à un chiffre au-dessus des 95’000 créations d’emplois attendus, ce qui ne va pas simplifier la mission de Warsh. Nous sommes toujours dans le même cirque, dans même chapiteau, avec les mêmes clowns, il y a juste la musique qui change de temps en temps.

Excellente journée à tous, vous retrouverez la chronique complète avec des pépites de chocolat dessus, l’analyse de Warsh, le dossier sur SpaceX/Anthropic avec tout ce que ça signifie pour la fin de l’été sur Morningbull.ch – il suffit de vous abonner, il reste encore quelques abonnements annuels à prix discounté.

Thomas Veillet
Investir.ch

“My best successes came on the heels of failures.”

Barbara Corcoran