Il est cinq heures du matin et voilà ce qu'il faut savoir : la panique de vendredi est déjà oubliée. Les semiconducteurs sont repartis à la hausse, Trump a annoncé une « victoire totale » dans les deux prochaines semaines — ce qui fait environ la vingt-sixième fois depuis mars qu'il annonce la fin imminente de la guerre — et le marché l'a cru. Encore. Le Brent a d'abord bondi de 5% sur les frappes du week-end, puis calmé à +1,2% sur une seule phrase de Truth Social. C'est ça, la bourse en 2026. Une phrase, un demi-point de pétrole. Un post, un rebond. On vit une époque formidable.

L’Audio du 9 juin 2026

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Le S&P a repris 0,3%. Le Nasdaq 0,86%. Le SOX — l’indice des semiconducteurs — a bondi de 5,6%. Voilà la réalité de la séance de lundi : trois secteurs dans le vert sur onze, un Dow Jones en baisse de 0,16%, et une reprise quasi-exclusivement portée par les puces. Le reste du marché était dans le rouge. Les valeurs en baisse dépassaient les valeurs en hausse sur le NYSE. Le « breadth » dont on parle depuis des semaines — était encore une fois catastrophique. Ce que nous avons vécu lundi n’est pas un rebond de marché. C’est un rebond de thème.

Intel a bondi de 11% sur un article non confirmé — du conditionnel pur, aucune des parties n’a commenté — disant que Google et Nvidia réfléchissent à en faire leur fabricant de secours parce que TSMC n’arrive plus à suivre la demande. Micron +10%. Marvell +9,6%. Le SOX est reparti, le Nasdaq a suivi, et tout le monde a écrit « rebond technique » dans son rapport du soir. C’est la sixième fois consécutive que le S&P clôture en hausse après une baisse de 2% ou plus — record depuis 2020. Depuis le krach COVID, le marché a été conditionné à acheter chaque dip, chaque correction, et ça n’a jamais été une mauvaise idée depuis cinq ans. Le problème avec ce conditionnement-là, c’est qu’il crée un excès de confiance qui finit toujours par se payer. On ne sait juste pas quand. Mais vu la tronche du marché obligataire, vu le niveau d’endettement de l’Américain moyen et vu le levier actuel dans le marché, ça ne laisse pas des masses de place pour se planter.

Ce qui m’inquiète vraiment, c’est ailleurs.

Le dix ans américain est à 4,57%. Le deux ans à 4,17%. Et le trente ans vient de repasser au-dessus des 5%, à 5,04%. Ce n’est pas une anomalie passagère, c’est une tendance lourde. On en parle en détail dans la version longue sur MORNINGBULL.CH. Depuis vendredi et des NFP qui ont torpillé les espoirs de baisse de taux, la courbe subit un bear steepening classique et la Fed qui non seulement ne va pas baisser ses taux, pourrait être forcée de faire l’inverse. Et pendant qu’on s’excite sur le SOX, le CPI de demain est attendu à 4,2%. Contre 3,8% le mois dernier. Plus du double de l’objectif officiel de la Fed. L’inflation accélère, portée par un pétrole à 94 dollars et un détroit d’Ormuz bloqué depuis cent jours.

Kevin Warsh — le nouveau président de la Fed nommé par Trump pour être « plus accommodant » que Powell — a son premier meeting de politique monétaire la semaine prochaine. Il va devoir répondre à une inflation à 4,2% dans un contexte où son patron réclame des baisses de taux sur Truth Social. Un stratège de Wall Street résumait ça lundi sans détour : « L’inflation n’est plus une question. C’est un problème accepté. » Traduction : on a arrêté d’espérer qu’elle disparaisse toute seule. La question maintenant, c’est qui va clignoter en premier. Warsh ou Trump.

Ce qui rend ce sujet encore plus brûlant, c’est le paradoxe structurel que personne ne veut nommer : les grandes techs émettent de la dette en masse pour financer leurs data centers IA. Google fait des émissions secondaires. Microsoft aussi. Elles ont besoin de liquidités colossales pour construire l’infrastructure qui va justifier leurs valorisations. Et quand le trente ans dépasse 5%, le coût de cette dette commence à devenir très inconfortable. Le marché actions refuse d’en tenir compte. Pour le moment.

Le feuilleton Trump-Iran-Israël

Lundi, l’Iran et Israël ont suspendu leurs frappes réciproques après un week-end de tirs croisés — la confrontation la plus directe depuis la trêve d’avril. Trump a demandé « l’arrêt immédiat des tirs » sur Truth Social. Netanyahu a dit qu’il cessait ses frappes sur l’Iran — mais pas au Liban. L’Iran a suspendu ses opérations « pour l’instant. » Trois comptes-rendus d’un même appel téléphonique qui décrivent trois réalités différentes. On commence à avoir l’habitude. Le clou du spectacle, c’était lundi soir lors d’un rassemblement virtuel pour les républicains de Caroline du Sud : Trump a déclaré que les États-Unis allaient « déclarer la victoire totale dans les deux prochaines semaines » et que « les prix du pétrole allaient s’effondrer. » C’est pathétique.

La réalité sur le terrain, elle, ne change pas. Les stocks mondiaux de pétrole continuent de baisser et se rapprochent de niveaux « dangereusement bas d’ici la fin juin. » Et même si un accord était signé demain matin, rouvrir le détroit à pleine capacité prend du temps — ce que tout le monde sait et que le marché continue d’ignorer royalement.

Le grand bazar des entreprises

Apple a présenté sa WWDC avec le nouveau Siri et sa plateforme Apple Intelligence. L’action a terminé en baisse de 1,9% — vendre la nouvelle, comme souvent. Mais ce qui est vraiment intéressant, c’est ce qu’Apple n’a pas pu annoncer : Siri AI ne sera pas disponible sur iPhone et iPad dans l’Union Européenne, parce que les clowns de la Commission européenne refusent le compromis proposé. Open AI fait— exactement comme Anthropic il y a quinze jours, valorisation de référence à 852 milliards. SpaceX, elle, entre en bourse vendredi avec une valorisation de 1’750 milliards — mais le carnet d’ordres n’est que deux fois sursouscrit, ce qui est considéré comme faible pour ce qui devrait être « la plus grande IPO de l’histoire. »

La suite et l’analyse complète sur Morningbull.ch — ce que le CPI de demain va vraiment changer, pourquoi le comportement du marché obligataire est le signal que personne ne veut voir, et ce que l’entrée en bourse de SpaceX dit sur l’état réel de l’appétit pour le risque en ce moment.

Bonne journée.

Thomas Veillet
Investir.ch