Ce matin, le monde est sauvé. Trump est un héros. L'Iran signe vendredi à Genève. Le détroit d'Ormuz va rouvrir. Le pétrole dégringole. La tech s'envole. Et on nous explique très sérieusement que les marchés "reflètent les fondamentaux"
L’Audio du 16 juin 2026
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Retour à la case départ
Parce que si on regarde la situation avec deux secondes de recul, ce qui a été annoncé n’est pas vraiment un accord de paix. C’est un accord de principe, entre deux pays qui ont chacun leur propre version de ce qu’ils auraient signé, pour revenir plus ou moins à… la situation de fin février. Avant que tout le monde se mette à se bombarder. Trois mois et demi de guerre pour revenir au point de départ. En plus cher — parce qu’il va aussi falloir payer la reconstruction de l’Iran. Avec les mêmes cinglés au pouvoir des deux côtés. Mais les marchés adorent ça. Les détails, c’est pour les historiens.
L’IA et la tech, toujours
Le Nasdaq a bondi de 3,07% — son meilleur jour depuis mars. Le S&P 500 +1,65%. Le Dow Jones à un nouveau record. Meta, Amazon, Alphabet, Microsoft — tout le monde à la fête. Et le SOX, l’indice des semi-conducteurs, termine la séance au plus haut de tous les temps.
Petit problème : l’accord n’existe toujours pas sur papier. Aucun texte publié. L’Iran dit qu’il percevra des péages sur le détroit. Washington dit que non. Et Bimco — le groupement mondial des armateurs — a publié une note lundi soir : situation « à très haut risque », n’envoyez pas vos bateaux là-bas. Selon certains analystes, dans le meilleur des cas, on atteindra 40 transits par jour dans les 30 premiers jours — contre 100 avant la guerre.
Mais le marché a déjà signé l’accord, rouvert le détroit, réembauché les tankers et précommandé le champagne pour vendredi. C’est ça, la beauté des marchés modernes : le détail est un obstacle à l’euphorie.
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Ce que les obligations savent et que les actions ignorent
Pendant que les actions faisaient la fête, les obligations regardaient ça avec l’expression de quelqu’un qui a déjà vécu trop de fêtes qui finissent mal. Le 10 ans américain à 4,45% — à peine bougé. Le 30 ans frôle toujours les 5%. Les paris sur une hausse des taux de la Fed avant la fin de l’année restent au-dessus de 50%.
Traduction : le marché obligataire n’y croit pas tout à fait. Il sait que le pétrole qui passe de 114 dollars à 83 dollars ne fait pas disparaître l’inflation par magie. Les coûts de fret, les marges compressées, les contrats signés en mars et avril — tout ça va atterrir dans les résultats du deuxième trimestre quoi qu’il arrive. Et les stocks stratégiques de pétrole américains ? Au plus bas depuis 1983 : 340 millions de barils contre 415 en février. Le gouvernement a brûlé ses réserves d’urgence pendant la guerre. Ça ne se règle pas avec un tweet de Trump.
Dès aujourd’hui, Kevin Warsh tiendra sa toute première réunion de politique monétaire. Taux inchangés, c’est certain. Mais son discours de mercredi sera scruté comme les tables de la loi — et les options sur le S&P 500 pricent déjà une oscillation de 70 points de base dans un sens ou dans l’autre. Énorme, pour une réunion où « on ne fait rien ».
Et il y a la BOJ. Parce que tout le monde dans l’euphorie iranienne a oublié que la Banque du Japon rend sa décision aujourd’hui même. Une hausse de 25 points de base à 1% — son plus haut depuis 1995 — est attendue. Le Nikkei est au sommet de tous les temps ce matin. Si la BOJ surprend avec un ton plus agressif que prévu, la matinée asiatique pourrait vite changer d’ambiance. Pendant que l’Occident célèbre la paix, c’est Tokyo qui pourrait couper la musique.
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SpaceX et la manipulation que personne ne veut voir
SpaceX +19,6% hier. Deuxième jour de cotation. Valorisation : 2’500 milliards. Musk promet 1’000 milliards de revenus en 2030 — soit une croissance de 100% par an pendant quatre ans. La société est valorisée 90 fois ses revenus. Starlink est son seul segment rentable. Les data centers en orbite, c’est pour 2028. Cathie Wood a acheté 534 millions de dollars de SpaceX dès le premier jour, en vendant des Tesla pour financer l’opération. Donc tout va bien.
SpaceX ne peut pas rejoindre le S&P 500 avant douze mois minimum post-IPO. C’est la règle. Pourtant, le titre pèse déjà dans les flux du Nasdaq, dans les ETF momentum, dans les grands fonds institutionnels — dès la première semaine. Les options SpaceX démarrent aujourd’hui, créant un flux d’achat mécanique via les market makers. Ce n’est pas une IPO ordinaire. C’est une opération d’ingénierie financière conçue pour forcer l’entrée dans les indices sans attendre les délais habituels. Et personne ne dit rien — parce que tout le monde est dans la fusée. Et quand on est dans la fusée, on ne demande pas si le pilote a sa licence.
Happy Friday
Vendredi, l’accord sera signé. Ou pas. Ou partiellement. Warsh parle mercredi. La BOJ dans quelques heures. Le triple witching jeudi. Une semaine de quatre jours qui concentre plus d’explosifs qu’un mois ordinaire — et des marchés qui ont choisi de la commencer en mode euphorie totale.
À demain !
Thomas Veillet
Investir.ch
